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Qu’est-ce qui freine nos TPE et PME en matière de robotique ?

Patrick Dehlinger

Publié le 18 octobre 2021 à 08:53 - Mis à jour le 18 octobre 2021 à 08:55

robot-cuisinier 4.0

Photo d'illustration

iStock

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OPINION. La robotique n'est plus un mot qui effraie les entrepreneurs français. Mais aux yeux des dirigeants de TPE et de PME, la robotique mobile, certes désirable, équivaut à un doux fantasme et reste inatteignable... Par Patrick Dehlinger, CEO Wyca Robotics.

La robotique, un mastodonte pour des mastodontes ?...  C'est une fausse croyance, dont il faut se défaire urgemment pour sauvegarder sa rentabilité. Cette robotique autonome de co-activité prouve tous les jours son efficacité.

Au même titre que l'informatique, la robotique recouvre une grande variété de concepts. Dans l'imaginaire collectif, abreuvé de reportages sensationnels montrant des usines pourvues d'immenses chaînes automatisées, la robotique n'est réservée qu'aux grands groupes capables de lourds investissements.

Il existe effectivement une robotique industrielle massive, en France bien sûr et, si l'on s'en tient à l'Europe, en Allemagne en particulier. Pays à l'ADN industriel, notre voisin se montre très en avance sur ces sujets notamment parce qu'il a su, au moins en partie, simplifier l'accès à leur financement privé ou via les aides publiques.

Même si la robotique industrielle, dans ses performances et son envergure, reste celle dont on parle le plus, le marché regorge de technologies autrement plus adaptées aux entreprises de taille moyenne et petite. Il s'agit de la robotique mobile, conçue pour remplir des tâches souvent difficiles, ingrates, dangereuses ou trop répétitives. Cette robotique, fonctionnant surtout en co-activité et intégrée dans les processus de production en place, vient en soutien des équipes dont le temps est libéré à des missions à plus haute valeur ajoutée.

Et pourtant, cette robotique à la mise en œuvre simple et source de rentabilité ne passe que rarement la porte des TPE et des PME françaises. Ainsi, pour 100% de robots mobiles vendus en Europe, 60% le sont en Allemagne, contre environ 16% en France. Ne pensons pas que c'est une spécificité française. Les entreprises américaines ne sont pas mieux loties. Là-bas comme ici, la robotisation marque le pas dès qu'il s'agit de s'adresser à la petite entreprise. Aujourd'hui, il faudrait parler de réelle fracture technologique en matière de robotique et donc d'optimisation de la rentabilité.

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Des robots mobiles pensés surtout pour les ETI

A cela, une raison en particulier saute aux yeux. Jusqu'à fort peu de temps encore, la robotique mobile était une robotique asservie, que l'on trouvait principalement dans les usines dites organisées. Autrement dit, elle nécessitait un logiciel de production (ou un gestionnaire d'entrepôt) ainsi qu'un gestionnaire de flotte afin de contrôler les robots. Le système informatique conduisait à transformer la totalité de l'organisation de l'entreprise, sans correspondre d'ailleurs aux modèles de gestion des TPE et PME, au tempo bien différent de celui des grands groupes. De quoi faire reculer le dirigeant le plus téméraire en somme.

Conçu pour des ETI, ce type de robotique mobile provient principalement du Japon, des États-Unis et de Chine, dont le talent a souvent été de savoir transformer commercialement le fruit de la R&D européenne à coût de rachats multiples lors du début de la phase de commercialisation, mal financée en France.

C'est en outre sans compter sur les exigences techniques de ce type d'appareil, qui a besoin d'une couverture Wifi homogène et d'un réseau haut débit en suffisance pour fonctionner.

Or, ces contraintes illustrent combien les fabricants n'ont jamais pris en compte les réalités de terrain d'une PME française. De quel Wifi dispose-t-on dans un atelier, un sous-sol ou un entrepôt et pour quelle qualité en cas de perturbations électro-magnétiques ? Avec quelle liaison internet ou couverture réseau efficace ailleurs que près des grandes agglomérations ?
C'est une illusion de croire que l'équipement robotique entraîne dans son sillage l'accélération du développement des infrastructures réseau. Le résultat est autrement plus simple et consternant : à défaut de Wifi ou de 4G, les entreprises reculent sur ce qui pourrait améliorer les conditions de travail de leurs collaborateurs et leur rentabilité.

La robotique de co-activité, un allié des collaborateurs, moteur de réindustrialisation

La robotique mobile moderne s'affranchit des traditionnelles contraintes de WiFi, de réseau haut débit et de paramétrage laborieux. Pouvant être indépendante d'une quelconque informatisation de l'entreprise, elle n'impose aucun changement de process ni compétence nouvelle.

La robotique de co-activité évolue autour des hommes et à leur service. Autonome, elle ne s'impose ni ne contraint et n'est souvent pas plus compliquée à installer qu'un chariot à roulette.

L'on croise déjà ces petits robots dans les allées de certains magasins. Circulant entre les rayons pour y redéposer les articles invendus, ils amusent certes, mais interpellent, surtout. Très à l'aise en atelier, ils transportent la production en cours d'un poste à l'autre et parcourent des kms, en lieu et place des salariés affranchis des lourdes charges et des tâches sans valeur ajoutée. Leur succès ne se dément pas dans les salons dédiés à la robotique, particulièrement quand la démonstration est faite de leur paramétrage simplifié.

Alors que l'industrie manufacturière ne détruit plus d'emplois depuis 2017, elle peine au contraire à recruter. La robotique mobile de co-activité doit être vue aujourd'hui comme un argument majeur d'attractivité qui, grâce à l'assistance qu'elle apporte, permet en sus de l'augmentation de la productivité, la réduction de la pénibilité du travail et des risques RSP-TMS.

Qu'en est-il de la place de nos PME et TPE sur le marché extérieur ? Une chose est certaine, l'absence de robotique aujourd'hui freine durablement la rentabilité d'une société, en monopolisant le temps des salariés à des tâches dépourvues de plus-value. Cela représente des milliers d'heures de production annualisées perdues, qui auraient déjà amorti le coût d'un robot autonome, souvent moins cher qu'une camionnette.

Ne nous trompons pas. La rentabilité reste le premier critère de relance et de résistance face à la concurrence, la condition première de la préservation des emplois et le premier levier d'expansion.

Patrick Dehlinger

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