Quel est l’effet de l’épidémie du SARS-CoV-2 sur la surmortalité en France ?

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(Crédits : BENOIT TESSIER)
OPINION. Depuis le début de l’épidémie, le SARS-CoV-2 a fait près de 90 000 décès dans notre pays selon le décompte de Santé publique France. Comment cette situation se traduit-elle en termes de surmortalité ? Par Gilles Pison, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et France Meslé, Institut National d'Études Démographiques (INED) (*)

Le nombre journalier de morts, toutes causes de décès confondues, est connu en France avec un délai de 10 jours - le temps que les bulletins de décès remontent des mairies à l'Insee.

On peut ainsi retracer l'évolution du nombre total de décès journalier, qu'ils soient dus au Covid-19 ou à une autre cause, comme dans le graphique animé ci-dessous qui va du 1er janvier 2019 au 22 février 2021.

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En 2020 (courbe rouge), les deux pics de surmortalité correspondent aux deux vagues de l'épidémie de Covid. Ils se détachent bien de la courbe des décès de 2019 (en bleu) qui sert ici de comparaison. Le deuxième pic, de l'automne 2020, est asymétrique, contrairement au premier pic, du printemps 2020, la surmortalité se poursuivant plus longtemps que lors de la première vague et débordant sur l'année 2021 (en jaune).

La surmortalité semble cependant terminée mi-février 2021, le nombre de décès journalier étant repassé en dessous de celui de 2019 à la même période - mais le nombre de décès était alors relativement élevé pour la saison en raison d'une épidémie de grippe meurtrière. Il est proche de celui de février 2020, période où la grippe saisonnière avait été peu meurtrière et l'épidémie de Covid n'avait pas encore commencé.

Comment se fait-il que le nombre de décès journalier ait retrouvé un niveau relativement normal pour la saison depuis une quinzaine de jours (autour de 1.800 par jour) alors que le nombre journalier de morts dus à la Covid reste élevé et se situe à plus de 300 par jour début mars ? Le bilan des décès de l'année 2020 permet de comprendre les raisons de cette situation.

Les décès dus à d'autres causes que la Covid-19 sont en recul

En 2020, la France métropolitaine a enregistré 654.000 décès, soit 55.000 décès de plus que les 599.000 de 2019. C'est une hausse de 9,2%.

Cependant, cette hausse n'est pas uniquement due à l'épidémie : une partie - de l'ordre de 12.000 décès - est due au vieillissement de la population qui s'observe chaque année en l'absence de gain d'espérance de vie. Restent donc 43.000 décès supplémentaires en 2020, qui sont eux effectivement liés à la pandémie de Covid-19. C'est 22.000 décès de moins que les 65.000 imputés à la Covid en 2020 par Santé publique France. L'écart est un peu plus important encore, car l'agence décompte les décès à l'hôpital et en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), mais pas à domicile.

Ces derniers, qui sont a priori peu nombreux, ne sont pas connus. On peut les estimer à environ 5% des décès, si l'on s'aligne sur les taux observés à l'étranger : 4% en Suède, 5% en Angleterre-Galles, 6% aux États-Unis. Compte tenu de ces corrections, le total des décès liés à la Covid-19 en 2020 serait donc d'un peu plus de 68.000, soit un habitant sur mille.

Comment expliquer que ce chiffre de 68.000 décès dus à la Covid dépasse largement les 43.000 décès supplémentaires comptabilisés par l'Insee par rapport à 2019 toutes causes de décès confondues une fois défalqués les 12.000 décès dus au vieillissement de la population ? Cela tient au recul d'autres causes de décès.

L'épidémie de grippe saisonnière de l'hiver 2019-2020 n'a pas occasionné de surmortalité notable au début de l'année 2020, contrairement à celle de l'hiver précédent (2018-2019), qui s'était soldée par un surcroît de 12.000 décès, concentrés sur le début de 2019, dont environ 8.000 directement attribués à la grippe. Autre recul notable : la mortalité routière a été moindre en 2020, en raison des restrictions de circulation.

Mais un autre phénomène a également joué : la comorbidité. Les décès par Covid-19 ont frappé en partie des personnes fragiles souffrant d'autres maladies. Une fraction d'entre elles seraient de toute façon décédées en 2020, même en l'absence d'épidémie de Covid. On aurait alors attribué leur décès à une autre cause (diabète, maladie cardiovasculaire, insuffisance respiratoire chronique, etc.). D'où la probable baisse en 2020 du nombre de décès attribués à ces diverses causes. Il faudra attendre de disposer d'une statistique complète des causes de décès pour estimer l'importance de ce phénomène.

Rappelons cependant que le retour à la normale du nombre journalier de décès toutes causes confondues fin février 2021 ne doit pas conduire à minimiser l'épidémie de Covid : elle a déjà tué autour de 90.000 personnes en France et continue à en tuer plus de 300 par jour début mars 2021.

The Conversation _______

 (*) Par Gilles Pison, Anthropologue et démographe, professeur au Muséum national d'histoire naturelle et chercheur associé à l'INED, Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) et France MesléDémographe, Institut National d'Études Démographiques (INED).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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Commentaires
a écrit le 14/03/2021 à 22:14 :
Le problème ce n’est pas le covid 19 en France , le problème c’est lrem.
Ce clan ne laisse pas les populations tranquilles, en pleine pandémie ils viennent avec l’euthanasie quand ce ne sont pas des réformes pour le travail ou la retraite , polémique , crise sanitaire , pénurie de vaccins et comme - ci ça ne suffit pas ce clan pousse le bouchon plus loin , l’euthanasie , apparement 90 000 morts ceci ne leur fait ni chaud ni froid ,
Techniquement il n’existe pas un bouton stop à ce clan lrem jusqu’aux élections ?
Je ne les supporte plus , quelle indifférence arrogante , ignorante , inhumaine ,face au vécu actuel des populations.
a écrit le 14/03/2021 à 18:08 :
Surmortalité de 10%, c'est regrettable.
80% des morts ont environ 80ans.
c'est regrettable, mais combien n'arriveront jamais à cet âge ?
Certains vieilliront plus longtemps, quelques uns en assez bonne condition physique, la majorité avec des problèmes de santé, dans un établissement pour vieux, dont l'Ephad est le summum de l'inhumanité de nos sociétés soi disant "modernes". Et pendant ce temps, on débat encore du droit à mourir dans la dignité, où au Sénat
les "vieux" (sages!) sont opposés.
a écrit le 14/03/2021 à 17:42 :
Quel est l’effet de l’épidémie du SARS-CoV-2 sur la surmortalité en France ?

Macron et les Parlementaires LREM sont en train d'établir un nouvel Etalon de mesure :

l'Etalon CMM+ pour plus de cent mille morts ;

LREM Macron vont établir un records absolut, les Français vont rebaptiser les marcheurs en mortifères le parti des CMM+
a écrit le 14/03/2021 à 11:42 :
La gestion de l'épidémie par la gouvernance Macron a été carastrophique , aucune anticipation , alors que l'on suivait sur les divers médiats la progression de cette épidémie de pays en pays pour atteindre l'Europe . Cela est la cause d'une tragédie comme l'on a jamais vu dans notre pays , ne prenant aucune précaution en ne fermant pas les frontières de toutes parts et laissant la circulation transfrontière de toute nature s'effectuer .
Ils n'acceptent pas leur propre bilant , le pays est à terre économiquement à cause de ce manque d'anticipation à la menace épidémique certaine . Il devrait faire sa propre introspection , voir ne pas se représenter pour l'histoire .
a écrit le 14/03/2021 à 9:45 :
Concernant les Ehpads ,difficile de savoir de quoi sont morts les résidents puisque l'OMS a fortement déconseillé aux médecins il y a un an maintenant de faire des autopsies pour vérifier la cause exacte .Dès le décès ,la personne âgée est mis dans une housse et direction le cimetière sans que la famille puisse regarder une dernière fois le visage du proche.On finit d'ailleurs par ne plus avoir le distinguo entre les morts en Ehpad et les autres dans les derniers chiffres de mortalité. On peut rappeler qu'il y a environ 120.000 morts par an en Ehpads chaque année hors covid soit un sur sept .
a écrit le 14/03/2021 à 3:27 :
"le retour à la normale du nombre journalier de décès [...] ne doit pas conduire à minimiser l'épidémie de Covid", il serait bon aussi d'arrêter de l'exagérer et d'entretenir la psychose. Si le covid était vraiment grave, on n'aurait pas viré du personnel hospitalier ni des chercheurs (de Sanofi). On pourrait rappeler aussi que le vrai danger de ce siècle c'est l'effondrement de notre civilisation.
a écrit le 13/03/2021 à 20:25 :
A titre de comparaison :

L’Italie qui n’a pas confiné ( confiné à partir de ce Lundi )bars et café ouverts , pas de couvre feu depuis 1 mois , à le même nombre de morts de Covid ( grosso modo )que la France , qui a un couvre feu à 18 heures depuis x temps + vaccination .

La raison est simple :
Le fait d’interdire les commerces ( grandes surfaces )provoquent des stagnations de personnes sur le même point ( complètement idiot cette mesure ) avec le couvre feu à 18 heures.

l’état de M.Macron , ( je suis désolée de l’écrire mais c’est la vérité) est complètement à côté de la plaque .

Il aurait fallu vacciner tous nos soignants , tous par Pfizer ou Moderna , pour sécuriser les hôpitaux, , ensuite laisser les populations et les médecins traitant choisir le vaccin adequate par rapport à chaque individu avec son dossier médical,

... mais bon ils espèrent que le bitcoin atteint 100 000 avant de réagir et encore ?
...d’ici là ... les bobards de v .... continuent.
a écrit le 13/03/2021 à 20:03 :
Il faudrait que nos dirigeants s'expliquent parce que c'est énorme leur truc quand même, soit ils ont bêtement paniqué, peur de perdre leur si précieux électorat, soit il y avait d'autres raisons à ces confinements et autre couvre feu.
Réponse de le 14/03/2021 à 3:23 :
Bien sur, qu'il y a d'autres raisons, c'était un prétexte pour des privations de liberté. Le COVID-19 est le bouc émissaire idéal, pour cacher la crise financière de 2020-2021
Réponse de le 14/03/2021 à 9:13 :
Pour qu'il y ai une crise financière encore faudrait il que celle-ci soit corrélée à l'économie réelle, or actuellement on voit bien qu'elle en est totalement déconnectée, puisque euphorique tandis que l'économie mondiale s'est effondrée.
Réponse de le 14/03/2021 à 10:19 :
A votre avis, Mr Macron candidat 2022 préfère avoir pour sa nouvelle campagne avoir la gestion covid actuelle ou les manifestation tout les samedis et les gilets jaunes et les infirmière en grève et les ronds points ?
Entre devoir expliquer pourquoi des personnes perdent définitivement leurs yeux durant des manifestation alors que eux sont calme et tranquille ou faire croire qu'ils ont fait au mieux en précisant qu'il fond mieux que les autres pays, leur choix est fait... Désolé mais le covid sera encore là début d'année prochaine vu qu'il les aide...
Réponse de le 14/03/2021 à 12:26 :
Il est vrai que les violences policières françaises étaient dénoncées par de plus en plus d'institutions internationales telles l'ONU. Et comme nos hurluberlus ne savent faire que soigner les apparences ça pèse lourdement dans la balance en effet.

L'empire des faibles.
Réponse de le 14/03/2021 à 18:16 :
@reponse de citoyen blasé
La Bourse n'est pas l'économie.
Ça devrait pourtant !
Il y a donc un problème quelque part. Il y a une solution, mais elle s'éloigne tous les jours, au fil de la perte de pouvoir des États.
(Qu'on peut considérer complices).
Réponse de le 15/03/2021 à 8:33 :
Leur cupidité leur a fait générer de l'argent qui n'existe pas ainsi que le cercle vicieux qui va avec, c'est pas difficile à comprendre, Nietzsche nous avait prévenu: "Seul devrait possèder celui qui a de l'esprit autrement la fortune est un danger public. Car celui qui possède, lorsqu'il ne s'entend pas à utiliser les loisirs que lui donne la fortune, continuera toujours à vouloir acquérir du bien: cette aspiration sera son amusement, sa ruse de guerre dans la lutte avec l'ennui. ".
a écrit le 13/03/2021 à 18:40 :
On peut donc logiquement se dire qu'a la fin de l'épidémie, la mortalité sera inférieure a celle constaté avant l'arrivé de la covid! Non?
a écrit le 13/03/2021 à 18:04 :
"une partie - de l'ordre de 12.000 décès - est due au vieillissement de la population qui s'observe chaque année en l'absence de gain d'espérance de vie" : Il serait temps, effectivement, de le reconnaitre. Lire l'article de Thomas Fernique, "It's the demography, stupid!", il est éloquent. Il faut aussi ajouter, que 2020 a été une année "moisson", où la mortalité des personnes affaiblies, a rattrapé celle modérée, des années 2018-2019. Bref, le discours catastrophiste des médias depuis un an, est en train de se dégonfler complètement.
Réponse de le 14/03/2021 à 10:27 :
Ils aiment jouer avec les chiffres et leur faire dire ce qu'ils souhaitent. Mais si on prend juste un calcul simple a savoir le nombre de citoyens français (65 millions) divisé par l'age moyen (83 ans je crois) et divisé par 365 pour l'avoir par jour, on obtient un chiffre logique de mort "naturelle" annuel 'j'aime pas trop ce "naturel" car il regroupe aussi un mort de 30 ans d'un accident compensant le centenaire)...
Maintenant aujourd'hui on sait qu'on est dans le papi boomer donc qu'on soit au dessus de cette moyenne est aussi complètement normal pourtant. Donc sur les courbes données on voit facilement que les courbes sont toutefois normal, on pourrait même penser que le covid existe pas...

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