Relancer le BTP est indispensable pour accélérer la croissance et l'emploi

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi
Dernier évènement en date, l'annonce le 9 novembre dernier, des mesures de renforcement du prêt à taux zéro par la ministre du logement Sylvia Pinel. Le but, faciliter encore plus l'accession à la propriété des ménages pour relancer la construction. Un activisme qui peut surprendre mais qui s'explique parfaitement bien car le bâtiment est LE secteur clé de la relance de l'emploi en France. Il suffit de superposer deux courbes pour bien se rendre compte de l'enjeu.
La première c'est celle de l'évolution des effectifs dans l'ensemble de la construction.
La seconde, en échelle inversée, c'est celle du taux de chômage.
Visiblement, le lien entre les deux est très fort, notamment depuis le déclenchement de la crise. Quand les emplois flanchent dans la construction, le taux de chômage augmente mécaniquement et immédiatement. Cela n'a pourtant rien d'une évidence. Le bâtiment emploie directement environ 1 million 90 mille salariés. Même en lui ajoutant, les quelque 361.000 artisans, ce ne fait que monter le nombre d'actifs à 1 million 451 mille, soit 5,5% de l'emploi total.
La filière française des matériaux de constructions lui est ainsi totalement dédiée. Toujours en amont, il faut ajouter les cabinets d'architectes, d'ingénieurs qui interviennent dans la conception des locaux. Autre élément, à ne pas négliger, l'ensemble des acteurs qui participent au financement, l'acquisition d'un logement, par exemple, donnant lieu le plus souvent au déclenchement d'un crédit. Et une fois l'achèvement des travaux réalisé, il faut encore intégrer, toutes les professions liées à la gestion des bâtiments. Ainsi, selon les calculs de la Fédération Française du Bâtiment, 1 logement construit amènerait la création de 1,6 emploi. Un chiffre qui monte à 2 selon la Fédération des promoteurs immobilier et jusqu'à 2,5 selon Century 21. Une variation qui s'explique par le nombre plus ou moins grands d'emplois indirects retenus avec, ne soyons pas naïf, comme intérêt de gonfler les chiffres pour renforcer son assise dans la discussion avec les autorités publiques. Mais le chiffre de 2 semble une bonne base de départ. A cela s'ajoute 4 caractéristiques très appréciables du marché du travail du bâtiment :
1- Ce sont des emplois non-délocalisables, à l'exception près des travailleurs détachés.
2- Ce sont des emplois géographiquement disséminés qui concernent donc tout le territoire, même les zones sinistrées.
3- Ce sont des emplois à la faible productivité et faible qualification qui agissent en masse sur la frange de la population la plus affectée par le chômage.
Dans le jargon économique on appelle cela la richesse de la croissance en emploi et elle très forte dans le bâtiment.
Pas besoins de grosses dépenses d'équipement pour passer à la vitesse supérieure. Nous ne sommes sur des chaines de montages qui nécessitent plusieurs centaines de millions d'euros d'investissement et plusieurs mois de délais d'attente. Un peu de calculs pour finir : l'objectif de Sylvia Pinel est de doubler le nombre de PTZ pour le porter à 120.000. C'est 60.000 logements de plus dont une partie serait quand même sortis de terre sans la réforme. Notre prévision à Xerfi est plus prudente, avec des mises en chantier qui passeraient de 352.000 à 390.000. C'est 38.000 logements de plus. Avec potentiellement à la clé 76.000 emplois de plus.
A ce détail près : le taux d'utilisation des capacités de production dans le bâtiment et dans les professions liées sont si basses que les entreprises seront capables de répondre à une partie de cette demande avec les effectifs en place : 50.000 emplois créés semblent plus crédibles. On comprend mieux ainsi l'empressement à jouer la carte de la construction, car c'est bien là que se joue l'inversion de la courbe du chômage.
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