Russie-France : la relance de Saint-Pétersbourg

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Laurence Daziano.
Laurence Daziano. (Crédits : DR)
La rencontre entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ce jeudi est une occasion pour relancer la coopération entre Moscou et l'UE. Le contexte international s'y prête, et les intérêts économiques sont convergents notamment avec la France. Mais pour cela, il faut trouver un accord sur la levée progressives des sanctions imposées à la Russie. Par Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du Conseil scientifique de la Fondation pour l'innovation politique.

Alors que le président de la République est attendu au Forum économique de Saint-Pétersbourg, la question de la relance des relations économiques et commerciales sera au premier plan de l'agenda, tant les divergences demeurent significatives sur les questions politiques malgré les rapprochements récents sur la Syrie ou l'accord nucléaire iranien. Le choix de Saint-Pétersbourg est symbolique, la plus « européenne » des villes russes, fondée par Pierre le Grand, le lieu de naissance de Vladimir Poutine, et la ville qui a marqué, au début des années 1990, le début de son ascension politique aux côtés de la grande figure libérale, Anatoli Sobtchak.

Certes, les sanctions économiques occidentales demeurent et l'affaire Skipral a entamé les relations entre les Européens et Moscou. Cependant, le retrait américain de l'accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement brutal des sanctions américaines les plus élevées a sonné comme un désaveu pour Emmanuel Macron et Angela Merkel, laquelle ne cesse de répéter que l'Europe doit désormais assumer seule son destin.

Moscou peut espérer jouer un rôle d'intermédiaire

De son côté, Vladimir Poutine se retrouve en arbitre international. Allié de l'Iran en Syrie, le Kremlin affiche une neutralité bienveillante à l'égard d'Israël, à l'heure où le leadership américain recule dans la région. Moscou peut même espérer jouer un rôle d'intermédiaire entre les grandes puissances, alors que la colère et le sentiment d'impuissance des Européens après le retour des sanctions américaines qui menacent leurs entreprises, vont dans son sens.

Pour refonder une relation bilatérale, Emmanuel Macron pourra s'appuyer sur les dossiers économiques et commerciaux. Bien qu'affaiblies, les relations commerciales n'ont jamais cessé de se développer entre la France et la Russie. Renault a été la première firme automobile étrangère à démarrer une production de voitures, en 2005, et est aujourd'hui l'actionnaire majoritaire du constructeur historique Avtovaz, qui fabrique les Lada. Auchan développe ses hypermarchés, supermarchés et minimarchés sur tout le territoire. Total participe au projet gazier de Yamal LNG en Arctique, au gisement gazier de Termokarstovoïe et au projet pétrolier de Kharyaga.

L'énergie, un secteur en pointe

Dans ces relations complexes entre l'Europe et la Russie, le secteur de l'énergie est en pointe. Moscou a toujours respecté les livraisons gazières en Europe malgré les sanctions. Le projet de gazoduc Nord Stream 2, défendu par Berlin, va entrer dans une phase active. La France et la Russie auraient un intérêt conjoint à travailler sur les questions énergétiques, notamment en raison du poids et de la structure des grandes entreprises françaises et russes, présentes à toutes les étapes industrielles de l'exploitation des matières premières énergétiques, comme par exemple dans l'industrie nucléaire.

Le rapprochement entre Paris et Moscou pourrait être l'occasion de travailler à une levée progressive des sanctions européennes avec la conclusion d'un accord politique global qui porterait sur trois volets : le règlement du dossier ukrainien, la sécurisation des approvisionnements gaziers et la relance des projets de coopération industrielle pour favoriser la montée en gamme et la diversification de l'économie russe.

La sécurité du continent européen, comme la prise en main autonome de notre avenir, passent par une politique extérieure indépendante, ce qui signifie une plus grande indifférence à l'égard de Washington, tout comme la relance du dialogue avec Moscou sur des sujets d'intérêt commun, au premier rang desquels l'ouverture de l'économie russe.

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Commentaires
a écrit le 24/05/2018 à 15:47 :
On ne peut pas dire que l'Europe soit ouverte aux produits russes excepté le gaz et l'on voudrait que la Russie s'ouvre. La Russie est plutôt ostracisée en Europe et l'âme russe n'y est ni reconnue ni respectée. Les Russes se sont toujours battu pour leur intégrité territoriale et ont toujours cherché à contenir territorialement les turcs et les européens occidentaux, n'hésitant pas à recourir à la guerre aux frontières. Parler aux Russes est une brillante initiative.
a écrit le 24/05/2018 à 11:08 :
"La sécurité du continent européen, comme la prise en main autonome de notre avenir, passent par une politique extérieure indépendante, ce qui signifie une plus grande indifférence à l'égard de Washington"

Totalement en décalage par rapport à la réalité dans laquelle on voit un mac admiratif de trump, le craignant donc lui obéissant.

L'indépendance c'est un état d'esprit, si on ne l'a jamais connu on ne peut pas l’appliquer.

Par ailleurs il faudrait que la Russie fasse un minimum d'effort vers la démocratie hein... L'argent à tout prix on voit ce que ça a mené en UE, à Mike le poulet sans tête.

Alors qu'avec l'europe on devait écraser les autres nations diplomatiquement nous nos représentants politiques ne sont plus que des guignols oligarchiques et nous voilà donc obligés d'essayer de revenir à des diplomaties nationales avec des comptables à leurs têtes, c'est peine perdue.

Vite un frexit.

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