Santé : en finir avec les idées reçues sur l'internationalisation
Nicolas Saint-Pierre

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Quatre ans après la crise sanitaire et la prise de conscience des limites de la mondialisation en matière de chaine de production des médicaments, les médias français sont vent debout contre la cession par Sanofi de Doliprane. La vente au fonds d'investissement américain Clayton Dubilier & Rice (CD&R) de l'analgésique le plus consommé dans l'Hexagone est un sujet brulant déchainant les commentateurs politiques et économiques.
En 2020, à l'image des autres grandes puissances économiques occidentales, la France a réalisé qu'elle ne disposait plus ni des principes actifs ni des capacités de production pour fabriquer les médicaments dont ses citoyens avaient besoin au quotidien. Un réveil brutal, causé par la pandémie puis les crispations géopolitiques, qui a fait naître des velléités de relocalisation de la production de certains produits et équipements.
Disposer de capacités de production et d'un accès aux principes actifs entrant dans la composition d'un médicament sont effectivement des enjeux de souveraineté nationale. Il est tout à fait légitime que nos gouvernants s'attellent à garantir une autonomie stratégique, a fortiori quand nos sources d'approvisionnement viennent de pays lointains et potentiellement hostiles, comme la Chine.
Mais ne nous y trompons pas. Peu importe que les capitaux des laboratoires demeurent français. Nous resterons vulnérables à des pénuries et à des ruptures des chaines d'approvisionnement tant que les médicaments seront produits dans des usines hors de l'UE et que leurs principes actifs seront également stockés dans ces mêmes pays. Il faut garantir à notre pays une souveraineté stratégique dans la fabrication des médicaments. C'est tout le débat et le reste n'est que du chauvinisme mal placé !
Au-delà de la polémique et des fantasmes, ce type d'opération capitalistique est positif car il permet de faire émerger des champions nationaux qui disposent de ressources financières renouvelées pour investir et se développer. Les 15 milliards d'euros que Sanofi va récupérer en cédant Doliprane vont doper la R&D du groupe, notamment pour financer les recherches sur la révolution de l'ARN messager, dans lesquelles Sanofi est en retard sur ses concurrents internationaux. Tous les grands laboratoires mondiaux suivent cette stratégie de vente des marques grands-publics pour financer la recherche, à l'image de Johnson & Johnson, qui s'est délesté en 2023 de ses activités grand -public (Neutrogena, Listerine, Nicorette,...), pour se concentrer sur les traitements innovants et les technologies médicales, ou de Pfizer qui a suivi la même voie dès 2019. Dans le cas de Sanofi, des cessions sont même urgentes dans la mesure où plusieurs de ses plus gros succès commerciaux vont tomber dans le domaine public à court terme.
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Il faut enfin ajouter que ces acquisitions sont toujours effectuées dans une vision de développement, souvent avec des créations d'emplois à la clé. Dans le cas de Doliprane, CD&R parie sur Doliprane et vise à renforcer sa position en France et dans les autres marchés où il est commercialisé (Opella, l'unité propriétaire de Doliprane que Sanofi compte céder, réalise 50% de son chiffre d'affaires aux Etats-Unis). Ce sont ces thématiques qui auraient dû être au centre du débat et non pas la nationalité des capitaux des futurs actionnaires.
De manière générale, on observe depuis plusieurs années de plus en plus de deals crossborders (transfrontaliers) dans le secteur de la santé en France, y compris sur des structures de petites tailles. Une activité qui atteste de l'excellence et du dynamisme du secteur dans notre pays. Les entreprises de santé françaises sont attractives car elles sont innovantes et performantes. Nous ne pouvons que nous en réjouir.
La polémique autour de Doliprane est symptomatique d'une difficulté française à accepter les règles de la réciprocité. En effet il est aussi une autre réalité de ces transactions internationales que les médias généralistes couvrent moins : de la même façon que des pépites françaises sont rachetées par des groupes internationaux, des laboratoires français réalisent des acquisitions à l'étranger. La dynamique crossborder va dans les deux sens et les entreprises françaises du secteur ont aussi les capacités financières pour se mêler à la compétition internationale.
Finalement, il importe peu que les capitaux détenant Doliprane soient français ou américains, tant que les sites de production, ou au moins les savoir-faire de production, demeurent en France et que les ingrédients entrant dans sa composition soient facilement accessibles sur le marché français, y compris en cas de crises internationales et de disruption des circuits logistiques.
Plutôt que de rêver d'une relocalisation de l'ensemble de l'industrie pharmaceutique qui n'aurait aucun sens économique, il serait bon d'entamer une réflexion stratégique sur la disponibilité des médicaments et la souveraineté nationale en cas de rupture des chaines d'approvisionnement.
Une réflexion qui pourrait se faire à l'échelle européenne avec des sites de production alternatifs et des stocks stratégiques pouvant être mis en œuvre en cas d'urgence à travers l'UE. Plutôt qu'une crispation nationaliste qui ne serait pas la réponse la plus efficace, nos gouvernants doivent imaginer un encadrement souple et agile pour assurer que nous disposons des moyens et du savoir-faire pour produire tous les médicaments nécessaires en cas de crise.
Nicolas Saint-Pierre
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