Transformation digitale, nucléaire : pour une Europe de l'énergie

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Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po.
Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po. (Crédits : DR)
Qu'il s'agisse de la transformation digitale appliquée au secteur de l'énergie ou du nucléaire, il est urgent de construire une Europe énergétique. Par Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po.

A la suite de l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris sur le climat, le 4 novembre dernier, la question de la politique énergétique européenne se pose avec une acuité particulière.

 L'Union européenne, mise à mal par le Brexit et la contestation de la politique commerciale européenne à travers les négociations du TAFTA et du CETA, ainsi que par les incertitudes entourant la prochaine investiture de Donald Trump à la Maison Blanche, peine à mettre en place une stratégie cohérente et harmonisée. Ce constat est particulièrement vrai dans le domaine énergétique.

Rapprocher les politiques nationales

Or, les Etats membres tireraient profit à rapprocher leurs politiques nationales en matière énergétique pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les engagements pris par l'UE dans l'Accord de Paris sur le climat prévoient un engagement de réduction de 30% des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990. De plus, les tensions récurrentes avec la Russie, premier approvisionneur gazier de l'UE, posent la question de la diversification des approvisionnements énergétiques européens. Enfin, la récente hausse des prix du pétrole, lesquels pourraient atteindre 57 dollars le baril en 2017, ainsi que la reprise de l'exploitation des gaz de schiste aux Etats-Unis, ont des implications majeures sur le marché énergétique mondial.

 Ces différents facteurs offrent l'opportunité de déterminer une stratégie européenne. Cependant, les engagements européens en matière énergétique, et climatique, ne doivent pas pénaliser nos entreprises, mais au contraire leur offrir de nouvelles perspectives en termes d'innovation et de compétitivité. La stratégie énergétique européenne pourrait être développée autour de deux axes majeurs qui rejoignent les engagements pris en matière de réduction massive des émissions de gaz à effet de serre dans le cadre de l'Accord de Paris.

Transformation digitale...

Le premier axe concerne la transformation digitale du secteur énergétique européen. Notre économie se situe à une période charnière concernant la digitalisation des activités. L'énergie en est partie prenante. Le digital va toucher non seulement la production, mais également la relation client et avoir un impact fort en matière d'économies d'énergie.

 Le modèle économique classique de l'énergie devrait profondément évoluer avec une production décentralisée, l'intégration des énergies renouvelables sur le réseau, une gestion différente de la demande, une connaissance accrue des profils de clientèle grâce à l'exploitation des données. De manière plus précise, l'objectif est de réussir à développer un réseau énergétique « intelligent » (les smart grids), notamment pour réaliser des économies d'énergies. Le meilleur exemple de cette transformation digitale est la mise en place, en France, du compteur intelligent Linky, développé par Enedis, qui doit équiper les foyers français à l'horizon 2021. Il s'agit de la première pierre d'un réseau plus vaste de smart grids qui est crucial pour notre politique énergétique à moyen terme. La question d'une stratégie européenne en matière de digitalisation de l'industrie énergétique européenne se trouve posée.

... et harmonisation des règles du nucléaire civil

Le second axe concerne l'harmonisation de la question du nucléaire civil en Europe. Prise en étau entre les Etats poursuivant le développement de l'énergie nucléaire (France, Royaume-Uni, Finlande) et ceux ayant annoncé l'abandon du nucléaire (Allemagne, Italie), l'UE n'a pas réussi à dégager une stratégie claire. Or, l'énergie nucléaire présente une très faible empreinte carbone en comparaison du charbon ou du gaz. La question nucléaire sera centrale dans les prochaines années car des dizaines de milliards d'investissements devront être engagés d'ici à 2030, y compris en France, si l'Europe souhaite conserver une énergie nucléaire propre à atteindre ses objectifs climatiques et ses impératifs d'autonomie énergétique.

 L'Europe énergétique, qui reste à construire, est un défi politique, technique, économique et financier. Il s'agit de rénover la sécurité d'approvisionnement, de diversifier nos partenaires producteurs, de renforcer la coopération des entreprises de réseaux, mais aussi d'améliorer les leviers de financement pour optimiser les coûts des infrastructures. Ces impératifs requièrent de définir enfin une stratégie européenne globale, ce qui suppose également que la Commission européenne, au-delà des déclarations de principe, mette l'énergie en haut de l'agenda communautaire.

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Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du conseil scientifique de la Fondation pour l'innovation politique

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Commentaires
a écrit le 08/01/2017 à 19:15 :
Parmi les poncifs alignés on lit : " une gestion différente de la demande "
Actuellement dans la limite de mon contrat, je dispose de l'électricité que je veux, quand je veux. Une "gestion différente de la demande" signifie que je n'aurai plus la même liberté.
Le retour au rationnement ? Vive le progrès...
a écrit le 08/01/2017 à 19:03 :
L'Europe est incapable d'élaborer la moindre stratégie dans n'importe quel domaine, avec ou sans la Commission.
Le réseau électrique actuel, qui marche plutôt bien n'est pas géré avec des bouliers. Le complexifier à outrance pour y intégrer des quantités minuscules d'énergies intermittentes ne peut que le déstabiliser. Et faire exploser les coûts !
a écrit le 06/01/2017 à 15:59 :
Linky, de la transformation digitale ? Certainement pas avec une offre de produit et de service aux clients. Avec quelle interface logicielle au service du client ? Quelle sont les fonctions de régulation d'énergie consommée offertes au consommateur ? Aucune fonction domotique n'est comprise dans ce compteur uniquement au service de son créateur EDF. Les données sont collectées pour les besoins d'EDF et ne sont pas restituées au client. Aucun intérêt pour ma part puisque je n'imagine pas qu'EDF me propose spontanément des baisses ciblées de tarifs ou me donne des clefs pour diminuer la consommation d'énergie (ce qui revient à se tirer une balle dans le pied étant donné que c'est un producteur d'énergie).
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Le nucléaire comme alternative aux énergies fossiles !
On croit rêver ! de la pseudo-science tout cela!
Ce qui est vraiment agaçant dans cet article est qu'il reprend tellement de poncifs au service du nucléaire que je m'inquiète de la crédibilité de ce "conseil scientifique".
De vrais scientifiques, de l'université de Stanford, ont démontré que la France pouvait se passer du nucléaire (une énergie des années 70 mature / en phase de déclin)
En outre, le coût de cette énergie risquée est appelé à augmenter alors que le coût des énergies renouvelables, couplées à des SMART GRID, qui ne sont pas encore elles matures, va diminuer.
Quid de la Troisième Révolution industrielle par Jeremy Rifkin, qui constitue une alternative crédible?
Quid du projet Negawatt, alternative tout aussi crédible, qui consiste à éviter de gaspiller de l'énergie?
Article vraiment pas sérieux sur ce point.
a écrit le 05/01/2017 à 17:31 :
L'énergie ne doit pas être considérée comme une marchandise ordinaire. Il faut comparer le cout du travail avec le prix de l'énergie, et rechercher un niveau d'équilibre progressivement. C'est un débat à ouvrir rapidement.

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