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Transport aérien : peut-on se passer de IATA?

Jean-Louis Baroux

Publié le 14 avril 2020 à 06:36 - Mis à jour le 14 avril 2020 à 21:06

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OPINION. La question des remboursements des billets d'avions annulés par la crise du Covid-19 a accentué les conflits entre les compagnies aériennes et les agences de voyage. En rappelant le rôle de l'association internationale du transport aérien (IATA) dans la distribution des billets d'avions, Jean-Louis Baroux, président de JLB Conseil et fondateur d'APG (Air Promotion Group) appelle IATA à se renforcer en intégrant les agents de voyage dans ses organes de direction.

Depuis le début de la crise liée au Codiv-19, l'association internationale du transport aérien, IATA, est la cible de toutes les critiques, qu'elles proviennent des agents de voyages, c'est dans la nature des choses, mais aussi des compagnies aériennes, et cela est tout à fait nouveau. Il faut bien reconnaître que cette vénérable institution n'est pas capable d'apporter des réponses cohérentes et applicables aux difficultés que rencontrent les acteurs du transport aérien. Devant une situation totalement inédite, IATA répond avec la batterie de résolutions votées uniquement par les compagnies aériennes d'ailleurs, en des temps tout à fait différents. En fait l'application de ces résolutions, justifiée en temps normal, n'est absolument pas adaptée aux difficultés du moment.

Remboursements : pas de consignes claires

Le principal problème auquel tous les acteurs sont confrontés est l'absence de trésorerie. Cela est aussi vrai dans les compagnies aériennes que chez les agents de voyages. Or la réponse de IATA consiste à faire alimenter les comptes des compagnies aériennes par les distributeurs qui ne disposent pas des ressources nécessaires. Qui plus est, ces derniers sont en butte à leurs clients lesquels réclament, et on peut les comprendre, le remboursement des billets qu'ils ont achetés pour des vols que les compagnies aériennes n'opèrent pas. Mais IATA, pour protéger les transporteurs, et c'est d'ailleurs son rôle premier, a cru bon de renvoyer les demandeurs à chacune des compagnies aériennes sans donner de consignes claires à ces dernières. En fait personne dans l'institution qui gère le transport aérien ne souhaite se mouiller. Donc les responsables se contentent de rappeler les résolutions qui seraient applicables en temps de paix, mais certainement pas en temps de guerre.

Du côté des compagnies aériennes, le paysage n'est pas plus reluisant. IATA demande ces dernières un dépôt ou tout le moins une garantie bancaire afin de sécuriser les transactions entre elles. Or les compagnies sont elles-mêmes exsangues et la plupart sont dans l'incapacité de faire face à cette exigence.

Le poids des plus grosses compagnies

Ainsi, sous couvert de protection du transport aérien, l'attitude de IATA consiste à créer les outils de sa désintégration. Bref, l'association internationale des compagnies aériennes fait la preuve  tout au moins de son manque d'appréhension de la complexité et de la gravité de la situation. Cela est dû, pour l'essentiel au fait que IATA ne s'occupe que des transporteurs et encore pas tous, les quelques 30 membres du « Board » pèsent de tout leur poids. Certes il est plus facile à un observateur extérieur de critiquer cette attitude, trouver des solutions adéquates est une autre affaire. On peut simplement suggérer de geler toutes les transactions financières jusqu'à la sortie de cette terrible crise et de traiter les demandes de paiement d'où qu'elles proviennent, par des vouchers ou des EMD (Electronic Miscellaneous Document) comme cela peut se pratiquer au travers du BSP et des GDS. Ainsi les ayants droits ne perdent pas leurs prérogatives et les débiteurs n'ont pas à sortir une trésorerie dont ils ne disposent pas.

Relations compagnies aériennes-agents de voyage

Une fois ce triste constat fait, la question se pose : peut-on se passer de IATA ?

Avant de répondre à cette question, il faut se rappeler que IATA fait fonctionner les relations entre les transporteurs au travers de l'Interline Clearing House (ICH) - 622 utilisateurs, et entre les opérateurs et les agents de voyages par l'intermédiaire du BSP. 440 compagnies aériennes utilisent en moyenne 23 BSPs. Le volume d'affaires réalisé sur une année dépasse 300 milliards de dollars. Le tout avec un taux d'impayés inférieur à 0,007% et un coût de transaction très faible. D'un autre côté les relations entre les compagnies aériennes au travers de l'Interline, datent de la création de IATA en avril 1944 à La Havane. C'est ce qui a fait l'originalité de ce secteur d'activité et ce qui a été grandement utile à sa prospérité.

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Il faut donc rendre à IATA ce qui lui appartient. Or il ne viendrait à l'idée de personne de se passer du BSP ou de l'Interline pas plus que des nombreux autres outils imaginés et gérés par l'Institution. Ainsi, qu'on le veuille ou non, l'existence de IATA est consanguine au transport aérien. Sa disparition sonnerait à coup sûr le glas de ce secteur d'activité. Tout au plus resteraient des compagnies éparses et séparées les unes des autres, chacune ayant ses propres règles d'opération et de distribution. Est-ce que nous voulons cela ? Certainement pas.

Intégrer les agents de voyages

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Pour autant il faut tirer des leçons de cette crise. Le premier constat est que tous les acteurs sont impactés dans des proportions égales, qu'ils soient compagnies aériennes, agents de voyages, aéroports, voire constructeurs. Alors disons-le tout net, il faut au contraire renforcer IATA. Comment ? Par la participation effective dans les instances dirigeantes des agents de voyages avec une voie équivalente à celle des compagnies aériennes. Il n'est plus question de travailler les uns contre les autres et IATA est sans doute la seule entité capable de réunir tout le monde.

Jean-Louis BAROUX

Jean-Louis Baroux

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