"Les gouvernements doivent aider les compagnies aériennes" (Juniac, DG de IATA)

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(Crédits : DR)
Dans une tribune, Alexandre de Juniac, le directeur général de l'association internationale du transport aérien, explique pourquoi les guvernements doivent aider les compagnies aériennes qui sont frappées par une crise sans précédent. En 2020, elles devraient perdre 252 milliards de dollars de chiffre d'affaires.

Mark Twain disait que l'histoire ne se répète pas, mais qu'elle rime. Aujourd'hui, alors que les transporteurs aériens du monde entier font face au cataclysme causé par la pandémie de Covid-19, on se remémore la période qui a suivi le 11 septembre 2001 ou celle de l'après crise financière de 2008. Mais la situation est beaucoup plus grave. En quelques semaines, les compagnies aériennes ont vu la demande s'effondrer.  Pour la plupart des transporteurs, les ventes de billets sont négatives, le nombre de passagers annulant leurs vols dépassant le nombre de nouvelles réservations. C'est la conséquence immédiate des mesures prises par plus de 100 gouvernements de restreindre l'entrée ou de fermer les frontières aux visiteurs étrangers.

Le chiffre d'affaires s'est volatilisé

Le chiffre d'affaires des compagnies aériennes s'est «envolé », volatilisé. Malheureusement, les coûts fixes, élevés dans notre industrie, demeurent sans que nous disposions des recettes nécessaires pour les couvrir. Nous faisons tout pour éviter ou ralentir les sorties de trésorerie. Des milliers d'avions sont cloués au sol. Des services et des prestations de base sont annulés. Les compagnies du monde entier imposent des réductions de salaire et demandent à leurs salariés de prendre des congés sans solde. En désespoir de cause, elles sont forcées, pour survivre à la crise, à interrompre complètement leurs activités.

3,6% du PIB mondial

Les dégâts économiques subis par l'industrie, ses salariés et ses fournisseurs sont immenses. Et parce que l'aviation ne fonctionne pas en vase clos, les dommages vont atteindre pratiquement tous les aspects de notre économie. Le fait est que le monde moderne s'appuie sur la connectivité fournie notamment par le transport aérien. L'aviation soutient une activité économique de 2700 milliards de dollars, soit 3,6 % du PIB mondial. De plus, les compagnies aériennes emploient quelque 2,7 millions de personnes. Chacun de ces emplois contribue à la création de 24 autres emplois dans l'aéronautique, le secteur du voyage et l'industrie du tourisme qu'il s'agisse des hôtels, des restaurants, des parcs thématiques ou des musées. Ainsi, 65,5 millions d'emplois dans le monde relèvent directement et indirectement du transport aérien.

En France, le secteur génère ainsi 1 100 000 emplois, et sa contribution en valeur ajoutée brute s'élève à 105 milliards d'Euros. Le transport aérien et les touristes étrangers qui arrivent par avion contribuent à fournir 4,3 % du PIB de la France. Les perturbations du transport aérien causées par la crise du Covid-19 mettent en danger ces emplois.

Des mesures de soutien sont nécessaires

Il reste peu de temps aux gouvernements pour nous venir en aide. IATA évalue qu'en moyenne, les compagnies aériennes disposent de deux mois de trésorerie en début d'année. Les chiffres les plus récents indiquent que le nombre de passagers est en baisse de 50 % en mars, par rapport à l'année précédente. Des mesures de soutien sont nécessaires, de toute urgence. À l'échelle mondiale, notre évaluation initiale est qu'il faudra plus de 200 milliards dollars en aide d'urgence. Cela devrait comprendre un soutien financier direct pour contrebalancer les pertes de recettes directement attribuables aux restrictions de voyages.

Des prêts ou des garanties de prêt octroyés par les gouvernements et refinancés par les banques centrales aideront également, tout comme les allègements fiscaux et les réductions d'impôts payés cette année. Ces mesures combinées vont permettre aux compagnies aériennes de respirer en attendant que la crise se résorbe. Et si les restrictions d'entrée ou de sortie et les exigences de quarantaine rendent les services aériens impraticables, il serait aussi très bienvenu que les gouvernements prolongent la suspension des règlementations qui rendent les compagnies aériennes financièrement responsables des annulations ou des changements d'horaire.

L'aviation est l'industrie de la liberté

J'ai toujours soutenu que l'aviation est l'industrie de la liberté, parce qu'elle nous libère des contraintes du temps, de l'espace et de la géographie et parce qu'elle favorise le dialogue et la compréhension entre les cultures et les gens. Même aujourd'hui, dans son extrême faiblesse, l'aviation transporte vers les régions durement touchées par la Covid-19 les médecins, les infirmiers et infirmières, les médicaments essentiels et le matériel médical indispensable. Lorsqu'une équipe de spécialistes doit se rendre rapidement quelque part, elle le fait par avion. L'électronique et les composants qui sont au cœur des équipements qui permettent à des centaines de millions de gens de continuer à travailler ou à s'instruire depuis la maison est transportée dans nos soutes. La nourriture fraîche et périssable arrive par avion.

La fenêtre d'intervention gouvernementale a été ouverte. Elle ne doit pas se refermer parce que notre industrie dont la raison d'être est de relier les personnes, les cultures et les marchés ne pourra survivre longtemps dans les conditions actuelles. Sans un transport aérien en état de fonctionner à pleine capacité, l'ampleur et la rapidité de la reprise économique qui devra arriver à l'issue de la crise sanitaire, seront fortement limitées. Et sans un transport aérien fort, le monde en sortira davantage appauvri.

Alexandre de Juniac, directeur général et chef de la direction de l'Association du transport aérien international

Lire aussi : Les pertes du transport aérien seront encore plus colossales que prévu : 252 milliards de dollars! (IATA)

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Commentaires
a écrit le 26/03/2020 à 11:45 :
Mr Juniac, vous faites l'apologie du transport aérien. Ok! Mais vous remplissez votre job de lobbyiste plutôt mal.
Vous rappeler le transport aérien de produits frais ou périssables.
Mais pour les produits alimentaires, c'est un non sens économique et environnemental !!
Sachant qu'il faut désormais privilégier au maximum les productions de proximité sur dde express de plus en plus de consommateurs, et que bananes et autres fruits exotiques peuvent voyager en soutes ou conteneurs maritimes réfrigérés.
Pour le reste, ce st essentiellement des produits de luxe et dc rares et chers non indispensables à la consommation courante.
Le juste à tps que vous évoquez pour l'industrie électronique est également un non sens environnemental et économique (avec des coûts de transport faramineux) qui devrait se réduire par une demondialisation progressive ou une réorganisation partielle des circuits d'approvisionnement par voie maritime ou mieux terrestre ( cf silk belt ferroviaire initiée par la Chine).
L'utilisation de l'aviation pour les situations de crise comme actuellement, ou ttes les crises humanitaires est essentielle mais est heureusement exceptionnelle et souvent assurée par des avions de transport militaires, en raison de capacités à mobiliser rapidement ou d'infrastructures aériennes dégradées ( cas de catastrophes naturelles)
Par ailleurs, vous passez sous silence, ces milliers de sauts de puce quotidiens aberrants de qcqs centaines de km des liaisons aériennes court et moyen courrier en ts sens en Europe, à l'heure du TGV et de la visioconférence où l'essentiel de la consommation de carburant est due aux décollages et atterrissages.
Le transport aérien reste toutefois indispensable pour les voyages touristiques ou d'affaires transcontinentaux ou transoceaniques mais avec une plus gde densification pour réduire leur impact environnemental.
Vous rappelez son poids économique ds le PIB mondial et le nbre d'emplois qu'il génère. ok!
Mais rien n'est imuable et le sauvegarder va passer nécessairement par des réorganisations, des fusions, et des disparitions qui ne st pas à priori, à exclure. Le monde industriel de l'automobile, de la mécanique, de l'électronique, de la logistique ...en savent qcqs choses à l'époque de cette mondialisation libérale à outrance, pourquoi pas l'industrie du transport aérien ???
a écrit le 25/03/2020 à 8:48 :
Tout ce qui appartient aux dragons célestes doit être entretenu par l'argent public, c'est la règle.

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