Travailler moins et gagner plus... c'est fini !

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(Crédits : POOL New)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, travailler moins et gagner plus... c'est fini !

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Travailler plus, pour gagner plus. Cela semble frappé du sceau du bon sens. Mais à côté de cela, il y a les tendances historiques. Et ces tendances ne nous disent pas cela.

Elles nous disent que durant des années les monde développé a su combiner baisse de la durée du travail et hausse du niveau de vie individuel. Les surplus de productivité étaient reversés aux salariés sous forme pécuniaire, mais aussi sous forme de temps libre, via une réduction de la durée hebdomadaire, une limitation des durées atypiques, une hausse des jours de congés et de repos, un abaissement de l'âge légal de départ à la retraite. Sur la base de ces quatre éléments, le capitalisme a su aussi bâtir une offre de loisirs et un modèle de consommation qui fut au cœur de la prospérité des trente glorieuses et du sentiment d'une montée du bien-être. La société de consommation exigeait un temps de furetage, de mobilité, de congés, de vie domestique qui participaient à l'expansion de ses débouchés.

Et il paraissait alors évident que le développement allait de pair avec une baisse du temps travaillé. La petite phrase de Sarkozy aurait alors sonné comme un anachronisme, et l'accroissement de la durée hebdomadaire du travail ou de l'âge de la retraite comme une régression sur les plans sociaux mais aussi économiques.

La durée du travail a réellement baissé

D'où vient que le capitalisme aujourd'hui ait perdu cette martingale. Regardons d'abord les grandes tendances. Oui, on assiste bien à une baisse de la durée du travail par emploi. C'est un fait. Il s'agit là de l'indicateur OCDE, qui estime la durée effective sur an par emploi, intégrant l'impact de la durée légale mais aussi celui du temps partiel, et des congés notamment. Cette tendance est manifeste jusqu'aux années 80. Aux États-Unis, où cette tendance est la moins affirmée, la décrue du temps de travail entre le début des années 50 et l'aube des années 80, est de 10%. Ensuite, cette tendance s'estompe, sans disparaître totalement, à l'exception de la Suède notamment, où le mouvement s'inverse. Cette tendance générale est d'abord le fait de causes structurelles :

1) la décrue de la part des travailleurs indépendants, dont la durée hebdomadaire est supérieure à celle des salariés ;

2) la montée du travail à temps partiel ;

3) de façon beaucoup plus marginale, la baisse de la durée légale comme en France ou conventionnelle de branche comme en Allemagne. Mais c'est ce facteur de loin le plus marginal qui fait l'objet de tous les commentaires.

Regardons maintenant le volume horaire qui en résulte pour l'ensemble de l'économie. C'est-à-dire le produit de la durée et du niveau d'emploi. Et rapportons cet indicateur à la population totale. Ce ratio nous donne le nombre d'heures travaillées par an par habitant. C'est un indicateur décisif, car c'est de lui que découle directement le PIB par habitant. Tant que cet indicateur est stable, il agit de façon neutre sur l'évolution du PIB par habitant, qui progresse alors comme la productivité. Ce volume horaire mobilisé par habitant dépend de la durée légale, des congés, du temps partiel, etc., comme la durée par tête, mais il est affecté par deux variables clés supplémentaires :

1) la part de la population en âge de travailler dans la population totale

2) dans cette population en âge de travailler, la part de ceux qui travaillent effectivement.

Autrement dit, la hausse du chômage peut dégrader l'indicateur, mais surtout la baisse du taux de participation. A travers cet élément intervient une dernière dimension décisive de la durée du travail, cette fois-ci tout au long de la vie : le taux d'activité des seniors, qui lui-même est conditionné par l'âge de la retraite.

Rapporté à la population, le volume de travail reste stable

Regardons déjà les tendances qui se dégagent de cet indicateur. Manifestement, l'idée que le progrès du capitalisme va de pair avec une baisse du temps de travail, n'est vérifiée qu'au plan individuel.

A échelle globale, il y a plutôt une stabilité de la quantité d'heures mobilisées par habitant, et aucune tendance de baisse qui serait commune à tous les pays. Seuls la France et le Japon (partant d'un niveau élevé), faisant vraiment exception. La baisse de la durée individuelle du travail jusque dans les années 80, a été contrebalancée par la dynamique démographique, de hausse de la part de la population en âge de travailler et surtout, par la hausse généralisée des taux de participation à l'emploi, notamment à travers le développement du travail des femmes. Par la suite, la hausse de l'activité des seniors a participé à la stabilité du nombre d'heures travaillées par habitant dans de nombreux pays, contrebalançant l'effet de la pyramide des âges.

In fine, ce que l'on voit, c'est que les économies développées, détrompant toujours les promesses du progrès technique, ont toujours mobilisé un volume de travail assez constant rapporté à la population. L'évolution de la pyramide des âges et l'extension de la participation des femmes, a permis de réduire la durée individuelle, tout en maintenant constante la mobilisation. Et dans un contexte où la part de la population en âge de travailler diminue, ce qui est le cas partout aujourd'hui, il n'est pas surprenant et pas si anachronique que la durée de vie au travail revienne au premier plan du débat.

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Commentaires
a écrit le 29/01/2020 à 15:39 :
les 35heures sont une heresie economique : inventé par la gauche plurielle du temps de Lionel Jospin qui croyait que la croissance se décretait et le chômage baisserait ainsi de suite. Lacroissance elle se construit avec les echanges economiques et surtout avec les investissements dans l'economie du futur. La croissance a beau être un chiffre vertueux la logique est de travailler plus longtemps (âge de départ 64 ans) pour financer mieux les retraites par répartition ( cotisation sociale). Oui le fantasme sociale croyait que l'on devait faire l'inverse ce qui est complètement faux ! travailler pluspour gagner plus ! L'âge légal de depart à la retraite en France devrait être comme en Allemagne à 65 ans. J'ai fait mes calculs et ayantcommencé à 22 ans je dois cotiser 43 ans donc partir à la retraite à 65 ans ( alors que mon père est parti à 61 ans) et mon grand père à 60 ans.Donc l'hérésie socialiste à vécu et l'idée des 35 heures est belle et bien morte !
Réponse de le 29/01/2020 à 20:07 :
Je vois que ça vous fait bander de devoir cotiser 5.5 années de plus que votre père avant de pouvoir prendre votre retraite... tant mieux pour vous.

Avant un peu de chance "anti-socialiste", vos enfants, suivant le même raisonnement que vous, seront heureux de devoir cotiser 49 ans avant de pouvoir prendre une retraite bien méritée à 70 ans.

Les autres ont le droit de ne pas partager votre délire et d'être convaincu qu'il y a des alternatives raisonnables à la course cupide et socialement réactionnaire des riches.

Si les 35h avaient été maintenues et appliquées, il y aurait moitié moins de chômeurs, le budget de l'état serait équilibré et les comptes sociaux largement bénéficiaires. Les chiffres démontrent que les 35h n'existent plus dans la réalité de nombre de travailleurs et que l'état a provoqué des déficits colossaux en refusant de taxer un nombre de dispositifs créateurs de chômages ( type heures sup défiscalises et décotisées).
a écrit le 29/01/2020 à 9:53 :
La classe productrice est corvéable à merci, elle a entendu ce "travailler plus pour gagner plus", elle s'est lancé dans des heures supplémentaires afin de gagner plus à la fin du moins, puis le démantèlement des 35h suivis d'une subvention public du smic pour aboutir à une imposition des heures sup a fait que de cette idée, pourtant inégalitaire mais acceptée quand même par la classe productrice parce que paramétrée à cela, a terminé en eau de boudin face au puissant dumping social imposé par les marchés financiers européens.

Si les gens ne sont pas bien ce n'est pas parce qu'ils ne veulent pas servir Macron, c'est qu'ils ne veulent pas s'épuiser à en mourir à servir les patrons de Macron, si Macron seul nous maltraité en son propre nom cela passerait quand même, même si les résultats économiques seraient catastrophiques, mais on a pas un président de la république on a le doudou de Brigitte que les riches ont installé au pouvoir se disant qu'avec lui ils ne risquaient rien, ce qui est vrai ils ne risquent rien sauf que la classe productrice cale, ce qui est en train de se passer.

CE n'est pas que les français ne veulent pas être exploités, c'est qu'ils ne veulent pas être exploités par n'importe qui pour n'importe quelle raison c'est tout et c'est pas difficile à comprendre quand même hein... Et ce sera la même avec Marine Le pen qui a autant de charisme que notre doudou national qui même quand il nous fait mal ne nous fait pas peur.
a écrit le 29/01/2020 à 8:33 :
Le travailler moins est toujours d'actualité avec les travailler mieux en diminuant "les charges", c'est sortir d'une "politique de l'offre" afin de répondre a la demande réelle!
Réponse de le 29/01/2020 à 8:49 :
Sauf que « la demande réelle » a été mal calculée :

Mais comme ces «  certains n’acceptent pas de se remettre en question ( ça éclabousserait leur charisme ) ils ont créé l’école de la seconde chance pour pallier «  cet erreur de calcul » mais enrobé ainsi ils se décernent «  encore la promotion de cette action médiatisée « 

Pour le reste des métiers, bas salaires , horaires augmentés... à prendre ou à laisser ... et les caisses sociales : des trous sans fin...

Ce qui est fini : c’est une vie « normale » , un minimum de vie pour tous et toutes ...

Les banques ont tellement de fond qu’elles deviennent folles et donnent des crédits sans capitaux : c’est la déflation car ils savent bien que les bobo- connectés vont investir pendant que les smicards peut être mourront à 42 ans d’une crise cardiaque sur un chantier ..,

Vous croyez vraiment que le destin c’est ça ?
Moi j’y crois pas un instant à ça ... y a autre chose ...
a écrit le 29/01/2020 à 7:59 :
Travailler moins et gagner plus n’est pas fini :
250x le smic pour les Américains contre 35x smic en France ?

Que font les actionnaires ? Ils se distribuent des milliards de bénéfices purs sans travail
sur le travail et labeurs ( exploitation ) avec l’aide de tout le système aux détriments des populations en «  survie »

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