Kayrros parie sur l’imagerie satellitaire pour accélérer la décarbonation

La start-up de la deeptech a mis au point une technologie qui exploite les images brutes en provenance de l’espace pour surveiller, en les traitant à l'aide d'algorithmes sophistiqués, l’évolution des émissions polluantes ou de la déforestation, analyser les stocks des ressources d’énergie, ou encore accompagner les entreprises dans la gestion de leurs risques associés au changement climatique. Les services d’Amazon Web Services y jouent un rôle clé, en réduisant le temps et le coût du traitement des images.

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Projet REDD au Brésil, avec suivi par satellite de la déforestation (en rouge), des incendies (jaune) et de l'exploitation forestière (points verts pâles) sur la période 2016-2021
Projet REDD au Brésil, avec suivi par satellite de la déforestation (en rouge), des incendies (jaune) et de l'exploitation forestière (points verts pâles) sur la période 2016-2021 (Crédits : DR)

C'est un contributeur majeur au réchauffement de la planète et il s'impose, depuis peu, comme un sujet incontournable dans la lutte climatique : le méthane, un gaz à effet de serre très puissant, est à l'origine d'émissions polluantes massives, notamment par l'industrie pétrolière, d'après une récente étude réalisée par CNRS, le CEA et la start-up Kayrros. Cette dernière est justement à l'origine d'une solution disruptive fondée sur l'analyse, par l'intelligence artificielle, des images satellitaires, pour détecter les « super-émetteurs ». « Nous avons constitué la première plateforme qui permet de scanner la planète quotidiennement pour détecter automatiquement les très grosses fuites de méthane, celles qui sont à la fois les plus délétères et souvent les plus faciles à colmater, et qui à elles seules représentent plus d'une gigatonne d'équivalent carbone qui n'attend que d'être éliminée », déclare Antoine Halff, cofondateur de cette pépite stratégique soutenue par le Fonds Tech Souveraineté, un fonds géré par la Banque publique d'investissement. Une solution qui s'inscrit dans la palette d'outils que l'entreprise, forte aujourd'hui de 130 collaborateurs, développe depuis 2016 pour mesurer en temps réel des niveaux de CO2 et autres gaz à pouvoir de réchauffement. Objectif : aider ses clients à « optimiser les opérations, réduire leurs coûts et avoir une action efficace en matière de décarbonation, tout en accompagnant les entreprises dans la gestion de leurs risques, notamment climatique et de transition énergétique ».

Un point clé : les services AWS

Au cœur de cette technologie destinée aux industriels, aux gouvernements, aux organisations internationales ainsi qu'au secteur financier : les data en provenance des satellites - en particulier ceux de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) avec les satellites Sentinel du programme d'observation Copernicus, quand ce ne sont pas des satellites du programme Landsat de la Nasa voire des constellations privées. Kayrros traite, analyse et croise ces données grâce à ses algorithmes d'intelligence artificielle pour ensuite élaborer des paramètres et permettre des décisions éclairées. Une innovation qui, aujourd'hui, passe à l'échelle. « Historiquement, l'exploitation des images satellitaires était fondée essentiellement sur des images à haute définition, onéreuses, ou sur des images difficiles d'accès car compressées dans des formats très gourmands en espace et en ressources pour les décoder », explique Antoine Halff. De quoi motiver la start-up à opter pour les services d'Amazon Web Services (AWS), pour en réduire les coûts tout en accélérant.

« Le fait qu'AWS mette à disposition les ressources d'imagerie satellitaire sous un format adéquat nous permet de récupérer uniquement l'information dont nous avons besoin. AWS nous procure également l'élasticité dans les capacités de calcul qui permettent un traitement à l'échelle », précise Jean-Pierre Dacher, directeur technique de Kayrros. Exemple, « avec AWS, nous sommes capables de lancer une reconstitution historique sur un millier de sites industriels à l'échelle d'un continent et sur une échelle temporelle de quatre ans. Cela nécessite l'acquisition de dizaines de milliers de petits morceaux d'images au fil du temps pour chacun des actifs qui nous intéressent, à l'instar des collections de sites industriels comme des cimenteries ou des installations électriques », détaille-t-il. Autrement dit, le registre des données ouvertes sur le cloud AWS permet à Kayrros d'accéder à des images « maintenues à jour, au bon format, avec un coût d'accès très compétitif », et de réduire ainsi le temps de leur traitement de jusqu' à 90% dans certaines configurations.

Le cloud, levier d'agilité

Autre point, « il est bien plus avantageux et pérenne pour nous d'utiliser des services managés tels ceux d'AWS pour notre stack technique (ndlr : environnement technique), puisque ce n'est pas notre compétence clé et que cela nous permet de nous concentrer sur notre métier », poursuit Jean-Pierre Dacher. En outre, sa « matière première » étant des data sensibles, Kayrros mise sur AWS pour renforcer leur confidentialité, demandée par ses clients, que la start-up seule n'aurait pas pu aisément assurer. Sans oublier que le monitoring de l'activité (Amazon CloudWatch) affine la comptabilité et donne de la visibilité sur les coûts et la rentabilité des différents projets, assure-t-il.

Enfin, la pépite, qui d'ailleurs a été accompagnée par AWS dans le cadre de l'un de ses programmes dévolus aux start-ups, s'est associée à l'unité dédiée à l'espace d'AWS, unique en son genre, pour mener certaines actions conjointes dans le domaine spatial. Autant de leviers d'agilité sur lesquels la jeune pousse de la deeptech table pour déployer ses ailes, y compris à l'international. Déjà présente en Europe, aux Etats-Unis, au Moyen-Orient et en Asie, Kayrros nourrit désormais des ambitions en Afrique. « Nous avons développé des moyens qui permettent de suivre la déforestation, de mesurer la hauteur des forêts, la diversité des espèces, la densité des feuillages et d'évaluer précisément le contenu carbone séquestré dans les unités de végétation », conclut Antoine Halff. En somme, les solutions de Kayrros sont capables de valider si une compensation carbone affichée est crédible - ou pas. Fini le temps du greenwashing !

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