L’autoconsommation collective, fer de lance de la décentralisation de l’énergie ?
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En 2024, comment veut-on, individuellement et collectivement, s'approvisionner en énergie ?
Alors qu'il ne reste que quelques années pour stabiliser le climat et que les fluctuations récentes du prix de l'électricité ont fragilisé de nombreux acteurs publics et privés, la question est cruciale à tous les niveaux de la société. Si le gouvernement n'a toujours pas publié sa feuille de route énergétique - attendue depuis plusieurs mois - de plus en plus d'entreprises et de collectivités de toute taille s'interrogent sur la pertinence de se réunir sur un périmètre restreint pour produire leur énergie photovoltaïque et se la partager via le réseau Enedis. «Pendant 50 ans, les consommateurs ont pris l'habitude de ne pas avoir à choisir leur énergie, analyse Simon Ducasse, directeur général d'Enryk et expert du sujet. Grâce à l'autoconsommation collective, ils découvrent qu'ils peuvent se réapproprier leur outil de production et se revendre l'électricité entre eux, dans une logique de circuit-court à la fois économique, environnementale et totalement sécurisée par le réseau. Pourtant l'autoconsommation collective ne représente que 5000 compteurs Linky sur 27 millions : tout l'enjeu consiste donc à faire changer les mentalités... »
Lors du POwR Earth Summit, l'événement dédié à l'accélération de la transition énergétique qui a eu lieu en mars au CNIT de la Défense, de nombreux acteurs du marché ont ainsi pu témoigner de leurs premières expériences d'autoconsommation collective (ACC), qui tendent à prouver qu'après quelques années de rodage administratif et technique, les démarches se fluidifient et les résultats sont au rendez-vous. Jérôme Owczarczak, directeur général du Groupe EverWatt, a ainsi pu présenter le projet installé sur la ZAE de Saint-Martin-d'Hères par sa filiale BoucL Energie. Inaugurée en octobre 2022, l'opération réunit Liddle, KFC, Rent a Car ainsi que des PME locales et des bailleurs sociaux, qui se redistribuent l'électricité produite par les panneaux solaires installés sur les toitures et les ombrières du parking. « Ce sont des boucles d'énergie qui fonctionnent et qui ont trouvé facilement leur financement car elles sont multi-contreparties, a-t-il expliqué. Le cadre existe, et nous avons en France des milliers de zones d'activité de ce type qui pourraient ainsi être valorisées, ce qui permettrait d'accélérer significativement la transition énergétique nationale. » L'optimisme était partagé avec Donald François, directeur général de SerenySun, qui développe une communauté d'énergie renouvelable autour d'une centrale de 700 kWc en cours d'installation sur des bâtiments tertiaires de Vaux-en-Velin. « Sur le cercle des 2 kilomètres réglementaires en ville, on peut alimenter tous ceux qui le souhaitent en énergie verte locale, a-t-il résumé. Si tout va bien, d'ici 12-18 mois, nous parviendrons à 3 Mwc de puissance installée, et nous multiplierons ensuite les boucles d'énergie dans toute la région, en privilégiant nos valeurs d'inclusion et d'ouverture. Mais si l'idée de consommer une énergie produite localement fait sens, le plus difficile reste de faire oublier les habitudes du passé et de convaincre que ces nouveaux modèles doivent permettre à chacun de trouver son compte.»
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Car si les freins techniques et réglementaires sont encore nombreux, le vrai sujet reste avant tout de réunir tout le monde autour de la table pour imaginer de nouvelles gouvernances, de nouvelles méthodes, de nouveaux contrats. « L'autoconsommation collective, c'est remettre au centre la question de l'énergie comme objet social, analyse Mathilde Galantucci, chargée de vie coopérative chez Enercoop Midi-Pyrénées. Chaque opération est unique et nécessite d'être discutée et débattue localement en fonction des enjeux du territoire. Nos projets sont politiques, car ils ont pour objectifs la réappropriation de l'énergie par les citoyens, la décentralisation, le circuit court et la recherche du prix juste et stable pendant 20 ans. ». Autant d'arguments qui pourraient faire évoluer les mentalités plus vite que prévu, alors que la crise énergétique a laissé des séquelles sur de nombreuses entreprises. « Alors que notre système énergétique finance l'état à hauteur de 14 milliards par an, il faut se reposer la question de l'efficience économique, conclut Simon Ducasse. C'est pourquoi il est essentiel de dire aux acteurs du territoire que tout l'intérêt de l'autoconsommation collective réside dans le fait qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent de la valeur qu'ils créent avec l'énergie qu'ils produisent... ».
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