Analyse approfondie de l’inflation par Fisher Investments Europe

La montée de l’inflation a fait les gros titres à travers le monde sur l’année écoulée, celle-ci atteignant des sommets de plusieurs décennies dans beaucoup de pays ces derniers mois. Des prix du pétrole aux produits alimentaires et aux voyages, l’inflation a impacté presque tous les aspects de la vie quotidienne des consommateurs. Avec des niveaux aussi élevés, de nombreuses personnes se demandent quelles solutions – si tant est qu’il en existe – seraient susceptibles de contenir ces hausses de prix considérables. Dans cet article, Fisher Investments Europe examine le contexte actuel de l’inflation, sa possible évolution et les avantages potentiels découlant de la détention d’actions durant de telles périodes.
(Crédits : DR)

Où en est l'inflation aujourd'hui ?

L'inflation est un phénomène économique normal. En effet, les banques centrales du monde entier ciblent chaque année une légère inflation, qui se situe généralement autour de 2 %. Mais ces estimations sont pour l'heure largement dépassées. Aux États-Unis, l'indice des prix à la consommation (IPC), couramment utilisé pour mesurer l'inflation, a atteint 9,0 % en glissement annuel au mois de juin (illustration 1) pour ensuite ralentir à 8,3 % en août. En juillet, l'IPC global a atteint un pic sur 40 ans au Royaume-Uni, avec une progression de 10,1 % en glissement annuel, avant de diminuer quelque peu à 9,8 % en août. La zone euro quant à elle a enregistré un sommet record à 9,1 % en glissement annuel en août.[i]

Fisher Investments Europe sait que l'inflation n'a pas touché les économies mondiales de manière uniforme : élevée dans la majorité des pays occidentaux, elle s'est en revanche établie à des niveaux nettement inférieurs en Chine et au Japon. Une partie de cette évolution peut s'expliquer par l'effondrement de la demande en Chine sur fond de confinements récurrents liés au COVID. En parallèle, la Banque du Japon a longtemps lutté contre la déflation et la récente hausse est largement attribuable à l'augmentation des prix de l'énergie.

Illustration 1 : Les pics de l'inflation globale sont quasi généralisés

Analyse approfondie de l’inflation par Fisher Investments Europe

[i] Source : FactSet, au 16/09/2022. IPC global des États-Unis, du Royaume-Uni et de la zone euro en glissement annuel, données mensuelles corrigées des variations saisonnières, 30/06/2021 - 31/08/2022.

Comme les prix des denrées alimentaires et de l'énergie peuvent être volatils à court terme, certains investisseurs tiennent compte uniquement de l'inflation sous-jacente, qui exclut ces catégories. Pour les partisans d'une telle approche, cette dernière constitue un meilleur indicateur des tendances en matière d'inflation au sein de l'économie. L'illustration 2 montre la progression de l'inflation sous-jacente en 2022, qui s'est atténuée dans une certaine mesure aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans la zone euro. Elle n'en demeure pas moins élevée et son évolution à court terme est difficilement prévisible.[i]

Illustration 2 : L'inflation sous-jacente n'a pas accusé une hausse aussi extrême

L’inflation sous-jacente n’a pas accusé une hausse aussi extrême

[i] Source : FactSet, au 14/09/2022. IPC de base des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de la zone euro, du Japon et de la Chine en glissement annuel, données mensuelles non corrigées des variations saisonnières, 30/06/2021 - 31/07/2022. L'IPC de base exclut les prix des denrées alimentaires et de l'énergie.

Quels ont été les facteurs à l'origine de la forte inflation ?

Fisher Investments Europe partage le point de vue de l'économiste Milton Friedman, lauréat du prix Nobel, selon lequel l'inflation est alimentée par trop d'argent pour trop peu de biens et de services. Examinons de plus près comment cette théorie s'applique à la tendance haussière de l'inflation de ces 18 derniers mois :

  • Problèmes de chaîne d'approvisionnement : les goulets d'étranglement mondiaux consécutifs aux confinements décrétés pour lutter contre le COVID ont figuré parmi les principaux moteurs des pressions inflationnistes - et le sont toujours dans une certaine mesure. Des pénuries de semi-conducteurs freinant la production d'automobiles et de produits électroniques, à celle du bois et aux expéditions retardées à l'échelle mondiale, toutes largement relayées par les médias, les perturbations des chaînes d'approvisionnement n'en finissent plus depuis 2020. La disponibilité réduite de biens durant une période d'augmentation générale de la demande a entraîné les prix à la hausse. Heureusement, des signes évidents d'atténuation des pressions sur les chaînes d'approvisionnement et de baisse des coûts de transport sont observables.
  • Changement des habitudes de consommation : les restrictions de déplacements et les confinements ont restreint les possibilités d'achat. De nombreuses économies développées sont davantage axées sur les services, mais les confinements ont eu pour effet de réorienter les dépenses de consommation vers les biens durant une période de ruptures d'approvisionnement continues. Cette évolution liée à la pandémie a aggravé les problèmes d'approvisionnement et conduit à des pénuries. Ce schéma a commencé à se normaliser pour se recentrer sur les dépenses de services à mesure de la réouverture des économies.
  • Envolée de la demande après la réouverture : l'augmentation rapide de la demande, en particulier dans les secteurs du tourisme et des loisirs (durement frappés par les restrictions imposées dans le cadre du COVID), ainsi que les coûts d'approvisionnement élevés et la pénurie de main-d'œuvre ont contribué à la hausse des prix des services. Les compagnies aériennes ont par exemple cessé de recruter du personnel et réduit leur flotte à la suite des mesures de confinement. Depuis lors, elles peinent à restaurer leurs capacités en raison du manque de main-d'œuvre, ce qui a contribué aux perturbations au niveau des vols, largement évoquées dans la presse, et à l'augmentation des prix des billets d'avion observée aujourd'hui par Fisher Investments Europe.
  • Augmentation des coûts de l'énergie : après s'être effondrée au cours des premiers confinements liés au COVID, la demande de pétrole s'est accrue, faisant peser des tensions sur l'offre et entraînant les prix à la hausse. Le conflit russo-ukrainien a accentué les problèmes d'approvisionnement en pétrole et en gaz, d'où une flambée des prix au printemps 2022. Certains pays comme les États-Unis et divers États membres de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) augmentent leur production, mais cela prend du temps. La crise énergétique est encore aggravée par la capacité de raffinage réduite dans le monde. Plusieurs raffineries ont en effet été fermées au début de la pandémie, essentiellement en conséquence de la faible demande et des prix de l'énergie extrêmement bas à l'époque. Depuis lors, les prix sont redescendus de leurs sommets de juin 2022, mais les problèmes d'approvisionnement persistent dans certaines régions du globe, où les coûts de l'énergie demeurent particulièrement élevés.
  • Guerre entre la Russie et l'Ukraine : la tragique invasion de l'Ukraine par la Russie à la fin février a exacerbé le marché du pétrole déjà en hausse. En réaction à la guerre, de nombreux pays occidentaux ont imposé des sanctions à l'encontre du commerce énergétique de la Russie, lequel représente la plus grande part de son économie. En représailles, la Russie a réduit le volume de ses livraisons à destination de certaines nations européennes. Cela a encore contribué à accroître les coûts de l'énergie, bien que l'impact mondial des sanctions se soit révélé moins important qu'initialement craint. Elles n'ont par exemple pas entièrement empêché le pétrole russe de circuler sur le marché. Les pays qui n'ont pas imposé de sanctions comme la Chine et l'Inde ont consenti à en acheter, avec des rabais parfois conséquents.

Les banques centrales sont-elles en mesure de ralentir l'inflation ?

Fisher Investments Europe sait que l'on attend fréquemment des banques centrales - principales garantes de la stabilité des prix et de l'emploi - qu'elles ramènent les taux d'inflation à des niveaux plus acceptables. Le relèvement des taux d'intérêt à court terme est un instrument qu'elles utilisent pour lutter contre l'inflation. Il s'agit de l'option que beaucoup d'entre elles, dont la BCE, la Banque d'Angleterre et la Fed, ont choisie cette année. De tels ajustements des taux courts peuvent affecter la courbe de taux, qui représente les taux d'intérêt d'obligations à différentes échéances et indique s'il est plus difficile ou aisé d'emprunter de l'argent. Pourquoi cela ?

La courbe de taux peut constituer un bon indicateur de la situation en matière de crédit bancaire. En effet, les banques empruntent à des taux à court terme plus bas et prêtent à des taux à long terme généralement plus élevés, leurs profits découlant de l'écart entre ces deux taux. La courbe de taux est ainsi un bon indicateur de leur motivation à consentir des prêts. Si les banques centrales procèdent à des relèvements trop agressifs des taux à court terme, ces derniers pourraient finir par être supérieurs aux taux à long terme - un phénomène appelé « inversion de la courbe de taux ». Un tel scénario peut éroder les bénéfices réalisés sur les nouveaux prêts par les banques, ce qui les décourage d'octroyer d'autres crédits.

Les banques centrales relèvent les taux à court terme dans l'espoir de ralentir l'activité conjoncturelle en vue de maîtriser l'inflation, mais sans paralyser l'économie - un délicat exercice d'équilibre. Le recul des prêts bancaires restreint la disponibilité du crédit pour les entreprises et les consommateurs, et pénalise au final l'activité économique. Mais toute réaction trop rapide des banques centrales à la hausse de l'inflation accroît le potentiel d'erreur au sein de leurs politiques, de même que la probabilité de récession.

Fisher Investments Europe constate que le défi auquel sont confrontées les banques centrales est que la politique monétaire ne peut guère faire plus pour contenir l'inflation. Elle ne peut ni créer de nouvelles sources d'énergie, ni augmenter l'offre, ni éliminer les goulets d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement, ni mettre un terme aux guerres ou assouplir les restrictions imposées dans le cadre du COVID. Il est difficile de savoir quand l'inflation atteindra son pic, mais une chose est quasi certaine : contrairement aux banques centrales, les entreprises ont davantage de moyens pour progressivement l'atténuer.

Sur la base de ce constat, que faut-il faire ?

Il est compliqué de déterminer si nous avons passé le pic de l'inflation, mais celle-ci devrait ralentir à terme. Nous observons par exemple certains signes de retour à la normale des chaînes d'approvisionnement et des réseaux de transport mondiaux. En outre, la croissance économique semble meilleure qu'on le redoutait. Bien que cela ait pris du temps, les entreprises ont réagi à la hausse des prix et de la demande en augmentant leur production - des semi-conducteurs au pétrole. Tous ces aspects devraient permettre de freiner l'inflation. Bien entendu, le délai nécessaire pour accroître l'offre peut varier, de sorte que des pénuries pourraient persister dans certains domaines.

Un autre facteur susceptible de contribuer à ralentir la croissance des prix est l'effet de base, qui peut fausser l'évolution en glissement annuel. Fisher Investments Europe considère depuis longtemps l'effet de base comme une force désinflationniste pour cette année. Les taux d'inflation en glissement annuel mesurent la variation en pourcentage entre les prix relevés sur un mois donné et ceux observés durant le même mois de l'année précédente. La « base » est constituée par le niveau des prix un an auparavant, lequel est le dénominateur dans le calcul. L'enseignement élémentaire des fractions nous apprend qu'un dénominateur plus élevé peut aboutir à un quotient plus faible et inversement.

Jusqu'en avril 2021 aux États-Unis, le taux d'inflation de base était comparé à un dénominateur plus bas en raison de la déflation des prix due aux premiers confinements de 2020. La hausse des prix de l'automne 2021 a augmenté la base de calcul pour le restant de l'année. En Europe et ailleurs, cet effet de base pourrait également s'avérer plus marqué à l'approche de 2023. La base plus élevée devrait tout de même concourir à modérer les prix en glissement annuel, à moins qu'ils continuent de bondir d'un mois à l'autre.

Comment les investisseurs peuvent-ils contribuer à limiter l'inflation ?

Beaucoup d'investisseurs craignent l'impact de l'inflation, la hausse des coûts pouvant considérablement affecter la vie et les plans de retraite des gens. Mais Fisher Investments Europe constate que l'inflation en elle-même n'est pas forcément néfaste pour les actions, qui par le passé ont offert de belles performances en contexte d'accélération du renchérissement. L'illustration 3 indique tous les mois où le taux d'inflation américain (IPC) a été supérieur à 3 %, 4 % ou 5 % en glissement annuel depuis 1969 et les rendements correspondants des actions de l'indice MSCI World sur les 6, 12 et 18 mois suivants. Tous les chiffres de rendement médian sont positifs, ce qui signale qu'une inflation supérieure à la normale n'est pas nécessairement négative pour les actions. De plus, ce tableau montre que les rendements des actions corrigés de l'inflation sont encore généralement positifs pendant ces périodes.[i]

Illustration 3 : Les actions constituent généralement un rempart contre une inflation élevée

Illustration 3 : Les actions constituent généralement un rempart contre une inflation élevée

[i] Source : FactSet, au 27/04/2022. Indice MSCI World Total Return, 31/12/1969 - 31/03/2022 ; évolution de l'IPC américain en glissement annuel, données mensuelles, 31/12/1969 - 31/03/2022. Les rendements sur 6, 12 et 18 mois sont exprimés en termes cumulés et non annualisés. Performance exprimée en dollars américains.

Bien qu'il soit impossible d'identifier le moment auquel l'inflation se tassera, de nombreux moteurs du renchérissement montrent des signes d'amélioration. Pour l'heure, Fisher Investments Europe estime que la capacité des actions à dépasser l'inflation au fil du temps peut offrir aux investisseurs à long terme un rempart contre l'impact de cette dernière.

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Source : FactSet, au 16/09/2022. IPC global des États-Unis, du Royaume-Uni et de la zone euro en glissement annuel, données mensuelles corrigées des variations saisonnières, 30/06/2021 - 31/08/2022.

[1] Source : FactSet, au 14/09/2022. IPC de base des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de la zone euro, du Japon et de la Chine en glissement annuel, données mensuelles non corrigées des variations saisonnières, 30/06/2021 - 31/07/2022. L'IPC de base exclut les prix des denrées alimentaires et de l'énergie.

[1] Source : FactSet, au 27/04/2022. Indice MSCI World Total Return, 31/12/1969 - 31/03/2022 ; évolution de l'IPC américain en glissement annuel, données mensuelles, 31/12/1969 - 31/03/2022. Les rendements sur 6, 12 et 18 mois sont exprimés en termes cumulés et non annualisés. Performance exprimée en dollars américains.

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