Confiance dans l’IA : entre règles et devoirs, la recherche d’exemplarité de La Poste
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Le coup d'envoi n'a pas été donné par l'IA, mais remonte à 2016. Anticipant les exigences du RGPD, le groupe La Poste, dont on rappelle que les postiers prononcent un historique serment de confidentialité, décide de créer une charte data. En 2021, celle-ci est renforcée par une charte IA de confiance, avant que toutes deux ne soient fusionnées pour fournir un cadre de gouvernance encadrant l'utilisation des données et de l'intelligence artificielle dans les métiers du groupe. « En tant qu'entreprise citoyenne, forte de 600 ans d'histoire et avec pour ambition d'être la première entreprise de services de proximité humaine, La Poste se devait être exemplaire sur le sujet pour conforter ses valeurs, notamment éthique, confiance, et sûreté », analyse Yann Castaignet, Executive Partner chez IBM Consulting, pour le Pôle Financier Public et Banque de France.
« Il ne s'agit pas simplement d'avoir des textes, explique Pierre-Etienne Bardin, Chief Data & AI Officer du pôle Grand Public et Numérique du groupe La Poste. Nous devions aussi avoir des instances de gouvernance et de contrôle efficaces, qui s'assurent du respect de l'éthique et des valeurs de La Poste dans le déploiement opérationnel de ses activités. » Concrètement, un comité Data et IA de confiance, composé de personnalités internes et externes - universitaires, déontologues, scientifiques... - définit les règles d'un usage éthique de l'IA et des données. Règles dont l'application est soumise à un strict contrôle par un organe dédié, dont la responsabilité a été confiée aux DPO (data protection officer) des différentes activités du groupe.
Ainsi, pas un cas d'usage qui ne puisse entrer en développement sans répondre aux exigences de la charte et du comité IA. Mais aussi de strictes interdictions. « Nous avons identifié des usages qui ne répondaient pas à nos exigences éthiques et qui sont donc prohibés, à l'échelle de tout le groupe. Nous nous interdisons par exemple d'utiliser les images et vidéos captées par nos systèmes de caméra, de croiser les données clients entre nos différentes activités, ou encore d'analyser les données des élèves hébergées via le logiciel de vie scolaire Pronote. L'objectif derrière ces choix est clair : toujours privilégier la confiance. », illustre Pierre-Etienne Bardin.
Définir un cadre éthique et contrôler ne constitue cependant pas le seul levier d'action. « L'éthique ne doit pas être vue comme un frein. Elle s'accompagne d'un effort massif de formation et d'acculturation, auprès de chaque collaborateur. » Une transformation culturelle qui s'appuie sur divers programmes de formation : 80 000 personnes ont déjà reçu une certification à l'IA, et la Data Academy a pour objectif prioritaire de former les 4 000 managers et dirigeants. Mais la véritable originalité est ailleurs : le groupe propose, au sein de son Ecole de la data et de l'IA, des parcours certifiants et professionnalisants, voies d'accès à une reconversion professionnelle. Quatre programmes permettent une évolution vers des métiers plus technologiques, et 130 personnes y ont déjà adhéré. De quoi passer du métier de postier à celui de data analyst.
L'évolution des métiers face à l'accélération technologique est un enjeu majeur pour le groupe : il s'emploie à la cartographier, tâche par tâche. « Nous devons comprendre ce qui sera demain automatisé. Aucun métier ne disparaîtra chez nous, mais il est indéniable que certains évolueront profondément avec l'intelligence artificielle. Notre modèle social ne prévoit ni licenciement ni plans sociaux ; nous accompagnons les évolutions des compétences, sur la base d'une collaboration étroite entre la direction Data & IA et les ressources humaines », souligne Pierre-Etienne Bardin.
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« Ces initiatives démontrent comment se bâtit une gouvernance responsable, observe Yann Castaignet, d'IBM Consulting. Le développement de l'IA dans le groupe La Poste conjugue le contrôle des données et l'acculturation comme deux piliers essentiels. Le parti pris de La Poste est d'anticiper l'évolution des métiers liée à l'impact et à la prégnance des nouvelles technologies, en les considérant comme autant d'opportunités pour de nouveaux services et de nouveaux parcours de carrière, et donc d'amélioration de sa compétitivité. »
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Si le cadre de gouvernance de l'IA du groupe La Poste peut être vu comme contraignant, tout comme le règlement européen sur l'IA, Pierre-Etienne Bardin y voit en effet un outil de compétitivité. « La transparence et la responsabilité rassurent nos clients, nos partenaires et les partenaires sociaux. Cela constitue également un critère d'attractivité pour certains talents dans les métiers tech. Ils consentent à des rémunérations moindres par rapport à d'autres secteurs, séduits par nos valeurs et notre démarche responsable. » Une gouvernance basée sur la responsabilité, qui guide donc les innovations du groupe et fait figure de facteur de différenciation.
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