Luxe : les passeports digitaux redéfinissent l'excellence
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« Proposer un support digital garantissant l'origine, l'authenticité, l'unicité de nos produits, nous le faisons déjà dans nos maisons afin d'augmenter l'expérience clients avant et après l'achat ! », annonce d'emblée Romain Haris, Group IT Back-End & Traceability Director au sein du groupe LVMH. L'enjeu, désormais, est de passer d'un outil marketing à une solution de durabilité à grande échelle, ce qui n'est pas sans présenter certains défis. Car l'objectif du DPP est bien de compiler les informations clés sur le produit, notamment sa traçabilité ainsi que son cycle de vie/impact. « Nous voyons ici se profiler le premier grand chantier du DPP, celui de la collecte et de la structuration de la donnée, pour pouvoir fournir une information consolidée et juste. Un défi que je résume sous l'acronyme des 3 C : collect, compute, communicate (collecter, analyser, communiquer). Pour élaborer un DPP, il faut adresser toute la chaîne de valeur de la donnée. » Une mission complexe en matière de structuration des données : « Nous devons construire une architecture multi solutions, ayant toutes un rôle bien défini avec pour finalité l'alimentation du DPP. Nous le faisons en nous posant une question stratégique : ces solutions existeront -t-elle encore toutes demain ? ».
L'ampleur de l'enjeu explique que LVMH ait décidé de supporter l'initiative DPP de manière globalisée, à l'échelle du groupe, en créant une DPP Factory. « La mission de cette factory est de livrer une solution complète, clé en main et standardisée à nos maisons, qui couvre le front end et le back end. Cette factory est un accélérateur à la mise en œuvre et à l'adoption ».
Selon Indre Kalfane, Directeur du Secteur Luxe chez IBM Consulting, « pour le luxe, le Digital Product Passport est bien plus qu'une simple exigence réglementaire. Il est le nouveau sceau d'authenticité et de transparence, transformant la relation entre la maison, son héritage, et une clientèle de plus en plus consciente et connectée. »
Romain Haris voit dans le DPP une opportunité forte d'aligner processus et organisation. « Tous les départements, toutes les entités de l'entreprise, sont concernés. Cela nécessite de « casser les silos » et de prendre des décisions structurantes à l'échelle de l'organisation. »
Comment ensuite déployer la solution à l'échelle d'un groupe qui compte autant d'entités différentes que LVMH ? « Notre modèle est d'avancer avec des divisions ou des maisons pilotes, qui valident définitivement les solutions dans un environnement réel. » Cette expérience terrain constitue un passage obligé avant toute sélection d'une solution technologique ou d'un partenaire. Autre spécificité du groupe, la place de choix accordée à la Tech, présente dans les décisions stratégiques et impliquée au plus près des métiers et des maisons.
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Selon Indre Kalfane, « le déploiement du Digital Product Passport est un défi technologique majeur. La DSI est au cœur de cette transformation, car elle est la seule à pouvoir orchestrer l'intégration des données de la chaîne d'approvisionnement, garantir la sécurité des informations et construire l'architecture résiliente nécessaire pour que le DPP puisse délivrer toute sa valeur en termes de traçabilité, de durabilité et d'engagement client. »
Alors que LVMH déploie progressivement le DPP, il est impératif de considérer simultanément ses implications pour les fournisseurs. Les filières, comme le coton, le cuir, le diamant, n'ont pas toutes la même maturité en matière de calcul d'impact. Certains outils peuvent aider les filières à avancer, comme la blockchain Aura cofondée par LVMH aux côtés d'autres acteurs du luxe, qui permet de garantir authenticité et traçabilité de manière inviolable. « Toutes les filières n'ont pas non plus les mêmes socles technologiques, ou les outils qui s'ajustent avec ceux que nous utilisons. Il est essentiel qu'elles se structurent, nous indiquent leurs choix stratégiques et la façon dont nous pouvons interopérer. »
Selon Indre Kalfane, l'intégration réussie du DPP dépendra certes de solutions technologiques permettant d'assurer une traçabilité de bout en bout, mais aussi et surtout du facteur humain. D'autant que les enjeux de traçabilité sont spécifiques à chaque catégorie de produits.
« Prenons l'exemple de la mode et la maroquinerie. Les technologies de traçabilité avale ont aujourd'hui acquis une certaine maturité, notamment par le déploiement des puces NFC ou RFID. Il en est tout autre sur la traçabilité amont. Le principal défi y est d'orchestrer l'ensemble des acteurs d'une filière dont le métier est de travailler les matières, pas d'organiser la donnée. D'où l'importance de faciliter le travail des fournisseurs et fabricants à travers l'implémentation de plateformes collaboratives, simples d'utilisation et interopérables, évitant ainsi la ressaisie de données à de multiples reprises ! Surtout, la mise en place de ces outils doit s'accompagner de méthodes et de procédés systématiques pour assurer une traçabilité de bout en bout. »
Ces complexités n'entament en rien l'enthousiasme de Romain Haris au sujet du DPP. « Près de la moitié de nos clients considèrent la dimension ESG comme primordiale dans leur acte d'achat. Le DPP est une belle occasion de les accompagner encore plus loin dans cette démarche, tout en renforçant l'attachement au produit et à la marque, grâce à un storytelling élaboré et une gamme de services rattachés à chaque produit. » Une façon de donner toujours plus de valeur à l'information.
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