Derrière la finance durable, une révolution à financer

Face à l’ampleur de la vague réglementaire qui pose les fondements de la finance durable, il est aisé d’en perdre de vue l’objectif final : le financement d’un nouveau modèle de croissance impliquant une nécessaire et urgente transformation technologique et comportementale. Or, impossible de bâtir ce modèle sans embarquer l’ensemble des acteurs de l’écosystème économique. Alors qu’investisseurs et entreprises démontrent une certaine appétence pour la thématique, les freins au réel passage à échelle d’une finance plus durable sont encore nombreux… et ne sont pas forcément là où on les attend.

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(Crédits : GettyImages, Mazars)

« La politique européenne actuelle aspire à ce qu'une révolution technologique soit opérée dans nos économies, afin de mener à bien la lutte contre le réchauffement climatique. Pour y parvenir, elle met en lumière de nouvelles familles de risques et d'opportunités et développe le cadre réglementaire nécessaire à ce changement de paradigme », résume Maud Gaudry, Associée et Global co-Head of Sustainability du groupe Mazars. Un volontarisme européen qui se traduit également sur le plan des investissements. Entre le Green Deal et le Recovery Pack, l'Union européenne a mis pas moins de 3 trilliards d'euros sur la table, orientés en faveur des activités économiques plus durables ou profitant à la transition énergétique et sociale.

Le grand dessein de la réglementation

Pour assurer le fléchage prioritaire de ces capitaux colossaux vers des actifs « verts », l'Union européenne a entrepris, par le biais de la réglementation, d'équiper les investisseurs des outils essentiels à la sélection d'investissements en ligne avec la politique européenne. « C'est le sens de textes comme la SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) et la taxonomie, auxquels s'ajoutent de nombreux autres règlements et directives. Ils sont notamment destinés à favoriser l'émergence d'un langage et d'outils de mesure communs entre investisseurs et entreprises, à l'instar de la CSRD (Corportate Sustainability Reporting Directive) dont c'est précisément la vocation », explique Matthieu Ribes, Associé responsable du Conseil Banque chez Mazars.

Ces initiatives sont en passe de prouver leur efficacité : l'évolution progressive des critères de choix des investisseurs en est la preuve. « Nous observons une réelle appétence des investisseurs pour les solutions qui relèvent des articles 8 et 9 établis par la SFDR, c'est-à-dire les plus durables. En parallèle, nous assistons à un déclassement des produits étiquetés article 6, autrement dit les moins vertueux. Cela signifie que, désormais, ce n'est plus le seul couple rendement/risques que les investisseurs examinent dans leurs décisions, mais le trio rendement/risques/durabilité », illustre Matthieu Ribes.

Un changement de perspective qui impacte directement les entreprises en recherche de financement ainsi que les structures cotées.  Cela les conduit, d'après les observations des experts Mazars, à mener des transformations profondes ainsi qu'à repenser significativement leur façon d'envisager l'avenir. « Leur politique de gestion des risques s'en trouve bouleversée, notamment parce que la finance durable implique de prendre en compte un horizon de temps plus long et des typologies nouvelles de risques, comme le risque climatique ou lié à la biodiversité », précise Maud Gaudry. Un effort conséquent dont les entreprises ont en réalité beaucoup à tirer, car cette mutation s'avérera tôt ou tard indispensable pour décrocher certains financements, souligne Matthieu Ribes. « Les sociétés qui parviennent à installer ce nouveau cadre de gestion des risques, à expliquer leurs processus et mesurer leurs résultats - c'est un point important - démontrent ainsi leur maturité. Et cela contribue indéniablement à rassurer les investisseurs. »

Instaurer un nouvel univers d'investissement durable

Néanmoins, si en théorie la mutation des acteurs économiques rencontre bien les afflux de capitaux provenant des politiques européennes et investisseurs institutionnels, dans les faits, la situation est plus contrastée. « Contrer le changement climatique nécessite d'opérer une révolution technologique et industrielle de taille, donc particulièrement lourde. Les solutions nécessaires pour dévier d'une trajectoire de réchauffement de plus de 2°C n'existent pas encore aujourd'hui pour tous les secteurs économiques, ce qui signifie concrètement que le champ d'investissement de la finance durable est en réalité bien trop étroit », analyse Maud Gaudry. Pour le duo d'experts, il est donc impératif de réorienter ces flux de capitaux vers de nouveaux champs d'investissement, et en priorité vers la recherche. De quoi donner lieu à de nouveaux types de partenariats d'intérêt général, entre acteurs privés et publics. « Investir dans la recherche pourrait justement être le rôle de la finance durable, cette piste gagnerait à être explorée. A ce jour, de nombreux secteurs d'activité en restent exclus car ils ne traitent pas directement la diminution des émissions de carbone, ce qui est très réducteur. Cela doit changer pour que nous puissions aller beaucoup plus loin et ainsi exploiter pleinement le potentiel de la finance durable », encourage Maud Gaudry, convaincue.

Enfin, cette transformation accélérée et d'ampleur appelle également à embarquer les investisseurs particuliers. « Ils disposent, en Europe, de montants d'épargne élevés, mais ne sont pas encore suffisamment avertis sur ces sujets qui, il faut le reconnaître, peuvent sembler complexes indique Matthieu Ribes. Il est indispensable que l'Union européenne mobilise l'épargne de ses citoyens dans cette finance durable : et pour relever le défi, la pédagogie sera essentielle. »

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Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.mazars.fr

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