Désolation, amertume et consternation,... Les Togolais sont passés par toutes sortes d'états d'âme depuis ce mercredi 18 octobre 2017 à ce matin. La vie a disparu à moitié de la capitale. Les écoles sont restées pour la plupart fermées, les commerces aussi, alors que même certaines banques n'ont pas ouvert.
D'après le bilan officiel, communiqué par le ministre de la Sécurité, le colonel Damehame Yark, les manifestations et les répressions couplées aux exactions des milices ont eu de lourdes conséquences, notamment des décès. Face à la presse, le ministre a fait un état de quatre morts par balles (un à Lomé et trois à Sokodé), plusieurs blessés dans le rang des forces de l'ordre et de sécurité et des civils, dont vingt très graves, et une soixantaine d'interpellations à Lomé.
En ce qui concerne l'intérieur du pays, à Sokodé par exemple, Damehame Yark a confié -sans oublier les dégâts matériels- qu'un manifestant de l'opposition a été aperçu à Sokodé avec une kalachnikov et a ouvert le feu avant de s'enfuir dans la forêt de Kadanbara. «Je voulais au nom du gouvernement présenter nos condoléances aux familles de ces morts de trop. De ces morts provoquées par notre intransigeance et extrémisme. Il faut que les acteurs politiques se ressaisissent», a déclaré le colonel Yark qui défend son bilan en disant qu'il est de sources hospitalières.
Justement son bilan est différent de celui présenté par l'opposition et les organisations de la société civile. Brigitte Adjamagbo Johnson, coordinateur de la coalition de l'opposition et ses collaborateurs parlent de deux morts à Lomé dont un collégien. « A la fin de cette journée, le bilan que nous pouvons faire est lourd. Il y a eu deux morts que nous déplorons. Malheureusement encore une fois, parmi ces morts, il y a un enfant de 11 ans en classe de 6e, été abattu alors qu'il sortait de son école et se dirigeait certainement chez lui. Le deuxième décès, nous l'avons enregistré au carrefour bleu à Agoè (préfecture d'Agoè-Nyivé, 10 km du centre-ville, NDLR)», a confié Adjamagbo-Johnson avant d'ajouter :
Sa version a été confirmée par la Ligue togolaise des droits de l'homme (LTDH) et le Mouvement Martin Luther King (MMLK), deux organisations de la société civile qui ont dénoncé aussi d'autres cas de violence.
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«Les explications du ministre de la Sécurité n'ont pas convaincu la presse. De là à convaincre les populations, je n'y crois pas», commente un journaliste proche du pouvoir qui a préféré garder l'anonymat. Le colonel Damehame Yark face à la presse a confié qu'il ignorait d'où sont venus les tirs.
Des propos qui sonnent comme une provocation pour plusieurs victimes des miliciens qui ont envahi depuis hier la capitale togolaise. Le ministre n'a pas manqué de s'en défendre, demandant du temps pour mener les investigations et situer les responsabilités.
Concernant les milices, des hommes en civil aperçus hier et ce matin encore à bord de pickups non immatriculés, armés de machettes, de gourdins, de matraques, de cordelettes, de chaînes de motos, de gros bâtons cloutés, ou encore pour certains, portant des armes et du gaz lacrymogène, le ministre n'a presque rien dit. Il a plutôt simplement esquivé la question et s'est contenté d'insister que le cas d'agents des forces de l'ordre et de sécurité, affectés à l'opération «Entonnoir» (anti-commerce de carburant frelaté), avant d'inviter les journalistes à abandonner l'appellation «milice».
Le ministre a aussi fait allusion à des éléments incontrôlés de part et d'autre, arguant que s'il faut appeler les hommes cagoulés des milices, alors il faudra utiliser les mêmes termes pour les jeunes qui «posent des barricades et brûlent des boutiques».
Pour le ministre de la Sécurité, les opposants sont responsables de ces évènements sanglants. «Ils ont monté les enchères à un moment donné et aujourd'hui la réalité est là. Ils ont peur de dire à ces jeunes frères ce qui est possible», a-t-il déclaré. Selon lui, les leaders de l'opposition ont déjà fait sortir leurs familles du pays pendant qu'ils incitent d'autres enfants à affronter les forces de l'ordre et de sécurité occasionnant des blessés.
Les propos du ministre qui fait croire qu'il n'y avait pas de milice, mais plutôt des agents de l'opération «Entonnoir», auraient paru crédibles, si les hommes cagoulés en question n'avaient pas pu être identifiés.
Depuis hier soir déjà, des photos de certains d'entre eux, qui entre oubli et fatigue ont pu à un moment donné laisser tomber leurs cagoules, circulent en effet sur la Toile. Connus par le passé pour leurs exactions commises et comme ne faisant pas partie des forces de l'ordre et de sécurité, ces jeunes «gros bras» symboliseraient la terreur actuellement au Togo.
Ce matin, tous les carrefours étaient encore sous haute surveillance militaire et alors que la communauté internationale a appelé hier à un apaisement, l'opposition a encore exhorté à la mobilisation. A Lomé et à Sokodé tout comme à Bafilo, la tension n'est pas descendue.
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A Bè-Kpota, fief de l'opposition, les gaz lacrymogènes ne cessent de pleuvoir. «Nous confirmons que les manifestations sont maintenues. C'est un devoir pour nous, d'ailleurs. Il faut que le peuple togolais se rende compte que si nous ne menons pas cette lutte, nous la laisserons à nos enfants. Il faut véritablement une fois pour toutes régler le problème togolais. Sinon, nos enfants et nos petits-enfants auront à mener cette lutte», a d'abord indiqué le professeur Komi Wolou de la coalition de l'opposition, avant d'expliquer que la démarche de cette dernière «s'inscrit dans une logique républicaine. Lorsque le pouvoir confisque les moyens de l'Etat pour brimer en toute illégalité, je crois que c'est un devoir pour nous de dire non. Ce n'est pas parce qu'ils décident de nous traiter comme des esclaves que nous accepterons le sort qu'ils veulent nous réserver. Je crois qu'on ne les défie pas. Nous agissons en toute légalité et nous voudrons leur dire qu'ils sont dans l'illégalité absolue».
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