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Que cache la mini-tournée africaine du secrétaire d'Etat américain ?

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 07 mars 2018 à 14:16 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:14

Rex Tillerson Etats-Unis

Rex Tillerson Etats-Unis

DR.

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Tchad, Djibouti, Ethiopie, Kenya, ou encore Nigeria, le mini «rodéo» africain du plus texan des membres de l’Administration Trump s’annonce mouvementé. A 65 ans, le chef de la diplomatie américaine entame sa première visite en Afrique subsaharienne depuis l’élection du 45e locataire de la Maison-Blanche. Entre les propos polémiques du président américain, la perte d’influence et de parts de marché au profit de la Chine ou encore la lutte antiterroriste, le chef de la diplomatie américaine veut prendre le...

Une semaine de tournée en mode «damage control». En habile politicien, Rex Tillerson ne le sait que trop bien. Lorsqu'il foulera le tarmac de l'aéroport international de N'Djamena, pays par lequel il entame sa tournée africaine du 7 au 13 mars, c'est un tapis rouge de polémique et présomption qui l'attend au pied de son avion.

Alors dans le programme de sa première tournée en terre africaine, le Secrétaire d'Etat américain a volontairement évité le Niger où quatre soldats américains sont tombés dans une embuscade, le 4 octobre dernier. Sa tournée n'est pas destinée à l'opinion intérieure américaine, mais bien à un retour en grâce des Etats-Unis sur la scène continentale.

Mode «damage control» activé

La concurrence des autres puissances est rude, notamment celle de la Chine en direction de laquelle Rex Tillerson a décoché quelques flèches. «L'investissement de la Chine n'a pas le potentiel de réduire le retard de l'Afrique en matière d'infrastructure, mais l'approche de la Chine a été plutôt de mener plusieurs pays à plus de dettes en leur fournissant très peu d'emplois», tance le chef de la diplomatie américaine.

Subitement donc, les Etats-Unis ont réalisé l'intérêt de réchauffer leurs relations avec l'Afrique. Isolationniste dans sa démarche, Donald Trump avait annoncé, au lendemain de son élection, son intention de promouvoir un nouveau paradigme dans ses relations avec les nations étrangères. Un paradigme écrit à l'encre du traitement d'égal à égal et du non-interventionnisme. Cette dernière clé de lecture explique peut-être pourquoi l'administration Trump a mis autant de temps pour établir la connexion avec l'Afrique.

Mais l'explication sur le «réveil africain» des Etats-Unis est beaucoup plus pointue. «L'électrochoc est venu de la tournée triomphale de Recep Tayyip Erdogan [26 février au 2 mars, NDLR] pendant laquelle le président turc a promis de porter les échanges de son pays avec le Continent de 20 millions aujourd'hui à 100 milliards de dollars en 2022», analyse Emmanuel Dupuy, président de l'Institut de prospective et de sécurité en Europe (IPSE).

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Notre expert fait valoir également que l'arrivée de Rex Tillerson est aussi à mettre en perspective avec la visite entamée deux jours plus tôt par le chef de la diplomatie russe, Sergei Lavrov en Angola, en Namibie, au Mozambique, au Zimbabwe et en Ethiopie, qui compte s'appuyer sur les affinités idéologiques des leaders ou des partis (MPLA, Frelimo, Swapo) pour consolider les échanges commerciaux (3,6 milliards de dollars en 2017 entre la Russie et l'Afrique). Mais pour les Etats-Unis, le rush concurrentiel avec des concurrents directs, mais aussi avec de nouveaux acteurs comme les pays du Golfe et même l'Iran, n'est pas étranger à leur décision de revenir sur le Continent.

«On devrait assister à deux scénarios. Soit une nouvelle "Conférence de Berlin" où les puissances étrangères viennent en Afrique pour se partager les opportunités économiques. Soit, et c'est l'hypothèse que je privilégie, l'on assiste de plus en plus à une ouverture de l'Afrique à l'extérieur, toujours plus au sud de l'Atlantique», souligne encore Emmanuel Dupuy.

Excuses aux «pays de merde» et coopération sécuritaire...

D'un autre côté, outre la diplomatie américaine peu tournée vers le Continent, les propos polémiques prêtés à Donald Trump sur les «pays de merde» ont fait tache d'huile dans l'élan des relations américano-africaines. «Ses propos ont fait que le président américain s'est pris à défaut les pays africains, une situation qu'il devrait corriger avec des excuses. Mais pour le moment, c'est son secrétaire d'Etat qui est envoyé en éclaireur pour baliser le terrain, peut-être à la première visite de Donald Trump sur le Continent», résume Emmanuel Dupuy. Pour désamorcer l'esclandre, Rex Tillerson arrive avec 533 millions de dollars d'aides dans son attaché-case.

Outre la «diplomacy as usual», l'«African rally» de Rex Tillerson devrait prendre une dimension sécuritaire, dont l'illustration la plus parfaite est la présence militaire massive, mais discrète des Américains dans une cinquantaine de pays africains : on parle de 1 700 commandos dans une vingtaine de pays pour une centaine de missions ; d'une trentaine de bases et de 13 bases «secondaires», selon des formules volontairement floues du Commandement américain. Une présence tentaculaire par laquelle les Etats-Unis entendent lutter contre le terrorisme selon une «vision intégrée» impliquant des acteurs continentaux, notamment l'Union africaine et certains pays en première ligne.

Pour autant, la tournée Tillerson devrait aussi être prise selon la particularité des relations avec chaque pays sur l'agenda. «L'étape de l'Ethiopie permet de pouvoir rencontrer les décideurs continentaux en même temps, notamment l'homme fort Paul Kagamé, président en exercice de l'UA, mais aussi Moussa Faki Mahamat, président de la commission et les diplomates africains», subodore Emmanuel Dupuy.

...et intérêts

Au Tchad, c'est un parfum de décrispation qui exhale de la visite de Tillerson. A couteaux tirés avec le régime d'Idriss Déby, l'arrivée du chef de la diplomatie devrait acter le retrait du Tchad de la liste des «Etats parias». Une visite antérieure d'une délégation américaine pour passer à la loupe le passeport tchadien en avait balisé le terrain. Au Nigeria, premier partenaire économique des Etats-Unis en Afrique, les discussions avec l'Administration Buhari devraient être teintées de références chiffrées. Tandis qu'à Djibouti qui héberge près de 2 000 soldats américains, les inquiétudes du Pentagone sur l'installation de la première base militaire chinoise en Afrique et à l'étranger et le rush des puissances pour installer les leurs dans la région devraient être posées sur la table d'Ismaïl Omar Guelleh.

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Petit arrière-goût en revanche au Kenya, après l'épisode houleux de la présidentielle et la réélection contestée d'Uhuru Kenyatta, perçu comme la «bête noire» de l'Administration Obama sur le Continent, en raison de son passage express à la CPI en 2013. «Il s'agit là de reconstruire la relation pour marquer la différence avec l'Administration du prédécesseur», souffle notre source. La politique de retour en Afrique des Etats-Unis semble à ce point désespérée pour qu'une revanche d'ego permette sa relance ?

Ibrahima Bayo Jr.

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