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L'année où le monde va découvrir Donald Trump

Pierre Rousselin, Chroniqueur

Publié le 20 janvier 2017 à 12:05 - Mis à jour le 20 janvier 2017 à 12:07

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Si l'Afrique n'est pas au cœur des préoccupations américaines, le combat contre le terrorisme islamique mené aussi bien par Daech que par Al Qaida sera désormais une priorité. Un changement majeur se profile : les États-Unis seront amenés à revoir les relations qu'ils entretiennent avec chaque État, tournant qui n'a pas été pris en dépit du terrible choc des attentats du 11 septembre 2001.

Marquée par l'entrée en fonction de Donald Trump à la Maison Blanche, l'année 2017 sera une année de transition pour l'ensemble de la planète. La volonté de rupture du prochain président américain est bien réelle. Même s'il est impossible de prévoir à ce stade les détails de sa politique étrangère, les débuts de son mandat seront d'autant plus chaotiques qu'ils le verront tâtonner avant de toucher du doigt, sans doute assez vite, les limites de sa capacité à bouleverser l'ordre international.

Si l'Afrique n'est pas au cœur des préoccupations américaines, le combat contre le terrorisme islamique mené aussi bien par Daech que par Al Qaida sera désormais une priorité. Steve Bannon, l'un des principaux conseillers de Trump, établit un parallèle entre l'importance pour cette Administration de la lutte contre l'islamisme radical et la primauté de la croisade contre l'« empire du mal » communiste menée par Ronald Reagan. Á l'image de celui-ci, Trump est d'ailleurs peu versé dans les détails d'une politique et préfèrera faire confiance à son instinct et à quelques idées simples pour conduire son action.

Un changement majeur se profile : les États-Unis seront amenés à revoir les relations qu'ils entretiennent avec chaque État à l'aune de cet impératif, tournant qui n'a pas été pris en dépit du terrible choc des attentats du 11 septembre 2001. Les liens avec les monarchies du Golfe, et notamment le Qatar, risquent de s'en ressentir tant qu'un renforcement de la lutte contre le financement de l'islamisme radical ne sera pas avéré.

Rupture par le « réalisme »...

Avant-même l'investiture du Président Trump, il est difficile d'évaluer dans quelle mesure une telle priorité pourra se concilier avec la volonté, tout aussi marquée mais contradictoire, de désengagement international. L'activisme d'un George W. Bush, pourtant élu sur un projet initial de repli, laisse penser que l'isolationnisme attendu de la nouvelle équipe sera relatif dans le contexte du désengagement du Moyen-Orient entamé par Obama. Les premières nominations indiquent d'ailleurs que toute tentation dans ce sens sera compensée par un prisme sécuritaire et militaire prononcé.

La primauté donnée à l'endiguement de l'islamisme radical annonce des changements rapides dans la politique américaine en Syrie qui a conduit à l'impasse actuelle. Cela passe par un rapprochement avec la Russie et une méfiance renouvelée à l'égard de l'Iran. La rupture marque la fin d'une ère : celle ouverte dans les années 1980 par l'aide apportée aux Moudjahidine afghans contre l'URSS. Elle entérine le constat d'échec d'une diplomatie américaine confiée pendant des décennies aux « néo-conservateurs », tenants d'un mélange détonnant de messianisme démocratique et d'interventionnisme militaire.

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La rupture en faveur d'un plus grand « réalisme » trouvera son écho en France si, comme l'on peut s'y attendre, François Fillon est élu en mai à la Présidence de la République. L'alliance entre « néo-conservateurs » et « droits-de-l'hommistes », scellée sous Sarkozy/Kouchner/Juppé et prolongée avec Hollande/Fabius/Ayrault sera alors caduque, au profit d'un retour à une diplomatie plus indépendante dans la tradition Gaulliste.

Les métastases de l'islamisme radical atteignent de plein fouet l'Afrique qui menace de devenir une nouvelle plateforme du terrorisme international, depuis les Schebabs, en Somalie, à Boko Haram, au Nigéria, en passant par la Libye de Daech et le Mali d'Aqmi. Les efforts entrepris pour résister à cette inquiétante pénétration seront encouragés par Washington, la base que le Pentagone construit à Agadez, au Niger, prenant à cet égard une valeur emblématique. Espérons-le car il ne faut pas se leurrer : sans l'aide logistique du Pentagone, la contribution française à la stabilisation du Sahel serait vite compromise.

Le slogan « America First » laisse prévoir que l'ensemble de la politique étrangère, y compris la lutte contre l'islamisme radical, sera subordonnée à la stricte défense des intérêts américains.  Cela risque de conduire à quelques désillusions chez les alliés de Washington. Ce n'est certainement pas de bon augure pour l'aide au développement qui, dans le cas de l'Afrique notamment, a fortement augmenté sous la présidence de Barack Obama.

...un réalisme abrupt

L'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche se traduira par un coup d'arrêt brutal à la moralisation des affaires internationales. Les Etats-Unis ne régiront plus leurs alliances en fonction d'une communauté de vues ou de valeurs démocratiques partagées mais en fonction de l'apport de chaque pays à la défense d'intérêts communs. Ce retour à un réalisme abrupt, comme on n'en connaît plus vraiment depuis l'époque de Richard Nixon et de Henry Kissinger, va certainement surprendre, tant nous nous en sommes éloignés. L'approche transactionnelle des relations internationales prônée par Donald Trump conduit à accorder une prime aux dirigeants autoritaires en les incitant à ignorer les appels à libéraliser leurs régimes. Il y a là un danger pour l'Afrique où tant reste à faire pour satisfaire les aspirations des populations. L'amélioration de la gouvernance politique et économique n'est-elle pas le meilleur remède que l'on ait trouvé à ce jour face au pouvoir d'attraction sur la jeunesse dont disposent les idéologies aussi radicales que le djihadisme ?

Nous ignorons l'ampleur du changement à venir en 2017 mais il est un fait que les États-Unis demeurent de loin la principale puissance et le seul gendarme du monde. L'impact planétaire de l'arrivée à la Maison Blanche d'un personnage aussi dérangeant que Donald Trump ne peut être sous-estimé. Assistera-t-on à une remise en cause profonde des traités commerciaux, des alliances forgées par les Etats-Unis et des pratiques convenues en matière de diplomatie ? Qu'en sera-t-il des réactions du nouveau président aux crises qui ne manqueront pas de surgir au cours des prochains mois ?

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La contestation du statu quo par le principal garant de ce qui reste d'un ordre international nous réserve certainement quelques surprises. Elle comporte bien des aspects inquiétants mais ceux-ci doivent être relativisés si l'on considère l'état peu satisfaisant dans lequel ont sombré les relations entre États au cours des dernières décennies.

Pierre Rousselin, Chroniqueur

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