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Crise humanitaire en RDC : Kinshasa ne veut pas de l'aide de l'ONU

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 04 avril 2018 à 15:59 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:07

aide humanitaire

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Ce sont les déplacés et les personnes en situation de grave précarité qui risquent d’être pris dans cette guerre des chiffres et des descriptions entre les autorités congolaises et l’ONU. A contrepied de l’organisation internationale qui tire la sonnette d’alarme humanitaire, Kinshasa envisage de financer, sur fonds propres mobilisés par ses soins, le règlement de la crise humanitaire dans le pays. La RDC semble bien décidée à aller au clash avec l’ONU et même de… se passer de ses "services"!

« Une situation humanitaire d'urgence ! », au même degré de gravité que la Syrie ou encore le Yémen. Sans euphémisme, c'est le sombre tableau que dresse l'ONU de la situation dans les provinces Kasaï-Central, du Tanganyika et de l'Ituri où elle recense 4,5 millions de déplacés, plus de 3 millions d'enfants frappés de malnutrition sévère et 13 millions qui ont besoin d'une aide humanitaire.

Des statistiques de désolation contestées par Kinshasa qui qualifie d'«exagération» les chiffres onusiens en remplacement desquels les autorités congolaises indiquent qu'il n'existe que 23.000 déplacés dans le pays. « La situation de la crise dans les trois provinces concernées n'a pas atteint le degré de gravité dont parlent les Nations unies», s'est même permis, sans subtilité diplomatique, Léonard Shé Okitundu, le chef de la diplomatie congolaise, lors d'une conférence de presse ce 3 avril.

Clash autour de la conférence des donateurs

Entre l'organisation internationale et le pays d'Afrique centrale le torchon brûle et le clash semble presque inévitable. Cette guerre des chiffres et des mots se fait autour de la conférence des donateurs prévue à Genève, le 13 avril prochain afin de lever 1,7 milliard de dollars pour faire face aux crises humanitaires dans le pays. Mais aucun officiel congolais ne devrait faire le déplacement, Kinshasa ayant décidé de la boycotter pour protester contre un descriptif onusien «excessif» de la situation dans le pays.

Malgré les négociations pour la ramener à la table de la levée de fonds, Kinshasa tient mordicus, à conditionner sa participation à une révision de la vision véhiculée par les ONG internationales, accusées de donner une mauvaise image du pays. La conférence de Genève n'en est pas pour autant annulée. Elle devrait se tenir à la date prévue. De quoi hérisser les poils des officiels congolais.

« Ce que nous avons refusé, c'est qu'on organise une conférence humanitaire sur la détresse en République démocratique du Congo, en ignorant le gouvernement de ce pays. C'est tout à fait intolérable. Et là, on viole les textes et nous ne pouvons pas l'accepter », prévient Léonard She Okitundu. La réplique du gouvernement congolais à l'Onu: un plan humanitaire d'urgence !

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Kinshasa envisage en effet de lancer ce plan, en dehors de la conférence de Genève tout en restant ouvert aux dons de la «solidarité internationale», et de le financer sur ses fonds propres, de manière échelonnée. «C'est vrai, le gouvernement de la République démocratique du Congo a décidé, malgré les difficultés budgétaires que rencontre notre pays, de donner 100 millions de dollars pour la détresse humanitaire dans les trois provinces de notre pays», précise le chef de la diplomatie congolaise.

La RDC sous les tirs croisés de l'ONU

L'ONU table quant à elle sur une fin des violences (notamment interethniques) et sur une transition politique pacifique lors des élections générales prévues le 23 décembre prochain pour atténuer les effets de la crise humanitaire alimentée par l'incertitude politique et économique dans le pays.

Pour autant, même si la situation en RDC est loin d'être enviable, la comparer à une Syrie ravagée par la guerre ou à un Yémen presque en ruines, est un grossissement dans le trait de la description. Ce qui est le propre des ONG internationales- affiliées à l'ONU ou non- qui, bien souvent, rédigent leurs rapports sur les pays africains, sous le prisme du misérabilisme. Les mêmes rapports sont bien souvent repris pour décrire des situations et faire des rapprochements de situations souvent différentes.

A l'évidence, il faut reconnaître une sorte d'acharnement de l'ONU sur le pays d'Afrique centrale. Tout au long de l'année, la RDC a été accablée par des tirs de l'ONU. Que ce soit sur la question des droits de l'Homme, sur le renouvellement du mandat de Minusco, priée de quitter le pays en 2020, sur la question de l'assassinat des experts de l'ONU dans le Kasaï, ou encore sur la situation politique, la RDC ploie sous les accusations de l'ONU.

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Avec ce mini-clash, l'organisation internationale est peut-être en train de fournir des prétextes au régime de Joseph Kabila pour jouer la dangereuse carte d'une supposée ingérence internationale dans les conflits. Entre temps, ce sont les personnes martyrisées par la faim, la maladie (la RDC connait une épidémie de choléra), la malnutrition, l'exode qui sont prises au piège. Il est peut-être temps d'y mettre un terme.

Ibrahima Bayo Jr.

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