Prévention du suicide chez les agriculteurs : les pistes du sénateur héraultais Henri Cabanel
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La Tribune - Quels sont les chiffres connus sur le suicide des agriculteurs en France ?
Henri Cabanel - Ce sera l'objet de notre travail car chacun donne les siens et il faut mettre de la clarté. Les plus récents connus par Santé Publique France sont ceux de 2015, ce qui est inconcevable... Selon la MSA (Mutualité Sociale Agricole, NDLR), il y en aurait 604 par an. Mais on demande des efforts sur la clarification, notamment parce que les agriculteurs qui mettent fin à leurs jours en dehors de l'exploitation agricole ne sont pas comptabilisés.
Pourquoi ce choix de travailler sur cette douloureuse question ?
Tout le monde partage le sentiment que les agriculteurs vont mal, et étant moi-même viticulteur dans l'Hérault, je ne voyais pas comment mettre la main devant les yeux et fermer les oreilles ! Mon groupe (RDSE, ndlr) a bien voulu l'inscrire dans le débat parlementaire alors que c'était un sujet tabou... Le député Olivier Damaisin (LREM, Lot-et-Garonne, NDLR) a remis un rapport sur ce sujet en décembre, mais nous avons demandé au ministère d'attendre la fin de nos travaux. Nous entamons la dernière phase : après avoir fait le tour des institutions, ministères et syndicats, nous allons dans le dur avec la collecte de témoignages - anonymes - et nous rencontrons des familles touchées.
Votre groupe de travail a pour objectif de dégager des pistes en vue d'améliorer l'accompagnement des agriculteurs en situation de détresse. Qu'est-ce qui existe aujourd'hui et que souhaitez-vous ?
En 2011, le ministre de l'agriculture de l'époque, Bruno Le Maire, a chargé la MSA de trouver des outils pour écouter et aider les agriculteurs en détresse. Donc il en existe bien. Mais la problématique demeure. Un agriculteur en détresse, c'est une honte qui s'abat sur lui. Or aujourd'hui, il faut que ce soit eux qui fassent le premier pas. Et en général, ils ne le font pas. Par exemple, la MSA, qui a déjà mis en place un n° vert (Agri'écoute, NDLR), est l'organisme qui à la fois appelle les cotisations et à la fois peut aider les agriculteurs. Or on s'aperçoit que dans la vision des agriculteurs, la MSA est celle qui tend le bâton en cas de retard de cotisations... Il faut inverser le processus : ne pas attendre que les agriculteurs en difficulté viennent s'exprimer mais que les organismes comme les banques, la MSA, les impôts, les fournisseurs, les conseillers de la Chambre d'agriculture, les associations, les élus locaux, etc. soient des sentinelles qui alertent.