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Maroc : les progrès économiques enregistrés par le Royaume n’ont pas encore induit les effets sociaux escomptés selon Mohammed VI

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 30 juillet 2017 à 08:10 - Mis à jour le 30 juillet 2017 à 11:41

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Le roi du Maroc a prononcé un discours dans la soirée de ce samedi 29 juillet, un discours-bilan de ses 18 ans de règne dans lequel il a brossé un tableau en demi-teinte. Le Royaume a certes enregistré des progrès économiques et consolidé ses acquis démocratiques, mais les fruits de ce dynamisme peinent à induire les effets sociaux attendus. Un passif dont le souverain a particulièrement attribué la paternité à la classe politique, mais aussi à une administration publique en retard face au dynamisme dont...

C'est un message à la nation très attendu et qui a eu au moins le mérite de la sincérité à en croire les premiers avis qui se sont exprimés à la suite du discours bilan présenté par le roi du Maroc à l'occasion de la fête du Trône, célébrée chaque 30 juillet au Maroc.

Cette année, l'évènement marque la commémoration du 18e anniversaire de l'accession de Mohammed VI au pouvoir et le bilan qu'il a dressé des acquis enregistrés par le pays a fait la part belle au contraste qui subsiste entre les progrès enregistrés sur le plan économique et leur impact sur le vécu des populations.

Dès l'entame de son discours, prononcé pour la première fois cette année à la veille de l'évènement, Mohammed VI a planté le décor en rappelant la finalité des décisions qu'il a initiées depuis son accession au trône. «Les projets de développement, les réformes politiques et institutionnelles que nous menons poursuivent un seul objectif : servir le citoyen, là où il vit dans notre pays, sans distinction entre le nord et le sud, l'est et l'ouest, ni entre citadins et ruraux», a réitéré le souverain marocain.

Faisant preuve d'un réalisme qu'illustre de toute évidence le manque de ressources naturelles du pays, comparé à ses voisins du Maghreb et du monde arabe, Mohammed VI a estimé que certes, en dépit des moyens limités dont dispose le Royaume et de l'insuffisance des services sociaux de base dans de nombreuses régions, «le Maroc se développe à un rythme soutenu».

«D'une part, le Maroc jouit d'une  grande crédibilité à l'échelle continentale et internationale, et bénéficie de l'estime de nos partenaires, de la confiance de grands investisseurs comme Boeing, Renault et Peugeot. Et pourtant, d'autre part, Nous constatons avec contrariété que, dans certains secteurs sociaux, le bilan et la réalité des réalisations sont en deçà des attentes. N'a-t-on pas honte de signaler que ces résultats sont le fait du Maroc d'aujourd'hui ?».

«Nous avons réussi dans la mise en œuvre de nombreux plans sectoriels comme ceux de l'agriculture, de l'industrie et des énergies renouvelables», a estimé Mohammed VI tout en reconnaissant néanmoins, que «les projets de développement humain et territorial, qui ont un impact direct sur l'amélioration des conditions de vie des citoyens, ne Nous font pas honneur et restent en-deçà de Notre ambition».

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Le souverain marocain n'a pas manqué de distribuer les points et si la plus grande responsabilité incombe à la classe politique, dans bon nombre de domaines, Mohammed VI a expliqué que cette situation revient «au faible niveau du travail en commun et à l'absence d'une vision nationale et stratégique».

Secteur privé compétitif, administration publique défaillante  : le paradoxe marocain

Cette réalité paradoxale du Maroc est de l'avis de Mohammed VI accentuée par le contraste flagrant entre le dynamisme dont fait preuve le secteur privé, «efficient et compétitif grâce à un modèle de gestion organisé autour des notions de suivi, de contrôle et d'incitation», et l'administration publique «qui souffre d'une faible gouvernance et d'une productivité insuffisante».

«L'un des problèmes qui entravent aussi le progrès du Maroc réside dans la faiblesse de l'Administration publique, en termes de gouvernance, d'efficience ou de qualité des prestations offertes aux citoyens».

Le souverain marocain a mis en exergue le fait qu'autant le secteur privé attire les meilleurs cadres formés dans le pays, lesquels gèrent  les plus grandes compagnies internationales installées au Maroc et administrent des PME nationales, autant l'administration publique manque de compétences et ne dispose dans l'ensemble que de fonctionnaires en manquent d'ambitions. «Mieux encore, certains d'entre eux pratiquent l'absentéisme, se satisfaisant d'un traitement mensuel sûr, pour modique qu'il soit, ne manifestant aucune ardeur au travail et ne nourrissant aucune ambition professionnelle», a critiqué le souverain prenant comme exemple la situation qui prévaut au niveau des Centres régionaux d'investissement (CRI). Ces centres qui sont censés inciter les investissements constituent «un problème et un frein au processus d'investissement» en raison du fait qu'excepté un ou deux cas, selon Mohammed VI, «ils ne jouent pas leur rôle de mécanisme incitatif, eux qui ont, en principe, vocation à régler les problèmes qui se posent régionalement aux investisseurs, à leur épargner le besoin de se déplacer auprès de l'administration centrale».

«Ce dysfonctionnement a des retombées négatives sur les régions qui souffrent d'une insuffisance, voire d'une inexistence de l'investissement privé, autant que de la faible productivité du secteur public. Cette situation ne manque pas d'affecter les conditions de vie des citoyens», a estimé Mohammed VI.

Pour le souverain marocain, c'est cette situation qui amplifie en effet «les difficultés de certaines régions qui ont un grand déficit en installations et en prestations sanitaires, éducatives et culturelles, ainsi qu'en opportunités d'emploi».

Al Hoceima, les manifestations d'un malaise national

L'une des raisons qui expliquent en grande partie l'amplification de l'attente du message royal de cette année, c'est bien évidemment la situation dans le Rif avec la succession des manifestations depuis des mois et dans plusieurs villes de cette région du nord Maroc. Et comme il fallait s'y attendre, Al Hoceima a été dans le texte : «Les événements qui se sont produits dans certaines régions ont révélé, hélas, une irresponsabilité sans précédent», a reconnu le roi pour qui cette responsabilité incombe en grande partie à la classe politique.

Une classe politique directement pointée du doigt dans le discours royal qui a particulièrement mis en évidence le contraste entre les attentes des citoyens et la pratique politicienne.

«Nous avons constaté que la plupart des acteurs préfèrent raisonner en termes de gain et de perte, qu'ils s'évertuent à préserver leur capital politique, voire à le renforcer, et que, de ce fait, ils agissent au détriment de la patrie et contribuent à la détérioration de la situation. La renonciation des partis politiques et de leurs représentants à remplir leur rôle, parfois à dessein et de propos délibéré, et d'autres fois, par défaut de crédibilité et de patriotisme, a rendu la situation plus précaire encore».

Estimant que le Palais continue à jouer son rôle en impulsant les réformes politiques nécessaires comme en témoigne la Constitution de 2011, le souverain marocain a estimé que c'est cette irresponsabilité qui explique les évènements d'Al Hoceima, «même si la description de ce qui s'y est passé est valide pour toute autre région».

Mohammed VI a par conséquent appelé l'ensemble des acteurs politiques à assumer la responsabilité qui est la leur prévenant par la même occasion que «désormais, cette situation ne peut perdurer, car ce qui est en jeu, ce sont les intérêts de la nation et ceux des citoyens». Des propos qui pour bon nombre de Marocains annoncent de prochaines sanctions comme l'a anticipé la presse marocaine et qui vont certainement se traduire par un branle-bas de combat dans le pays dans les prochains jours.

Du reste, Mohammed VI a récusé à cette occasion, «l'approche sécuritaire» et la «tendance autoritaire» que certains qualifient la gestion par l'Etat des manifestations tenues ces derniers jours dans le Rif et qui se sont étendues à d'autres villes du pays. Pour le souverain marocain, c'est précisément la conséquence de la fuite de responsabilité des acteurs politiques qui a amplifié la situation et a mis l'appareil sécuritaire face à un grand défi.

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Au-delà, Mohammed VI n'a pas manqué de rappeler à la fin de son discours qu'aussi efficients que soient les modèles de développement qui peuvent être mis en place, l'objectif de faire bénéficier tous les Marocains des conditions «d'une vie libre et digne ne saurait se concrétiser sans certains préalables. Il s'agit entre autres, «d'un changement des mentalités, d'une administration dotée des meilleurs cadres, de partis politiques faisant appel aux élites les plus qualifiées pour la gestion des affaires publiques et d'un esprit de responsabilité et d'engagement civique».

Aboubacar Yacouba Barma

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