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Au Maroc, le début d’une désescalade dans le Rif

Photo de Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Publié le 06 juillet 2017 à 11:02 - Mis à jour le 06 juillet 2017 à 16:18

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Ce sont des premiers marqueurs, presque des signaux. Mais dans un Royaume où les symboles comptent autant, ils peuvent être considérés comme les prémices d’une désescalade des tensions du Rif. Trois évènements majeurs se sont en effet succédé cette semaine. Après la «fuite» de parties d’un rapport du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) critique envers les forces de police, l’annonce du retrait «progressif» des forces de l’ordre de la ville d'Al Hoceima, et une interview singulière d’un ancien...

Critiqué depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois sur les réseaux sociaux pour son silence, le Conseil national des Droits de l'Homme (CNDH), présidé par Driss El Yazami, se retrouve désormais au cœur du débat public au Maroc. La raison ? La «fuite» dans la presse de morceaux choisis du rapport d'évaluation de la situation dans la région du Rif par ce corps intermédiaire, au sein duquel deux médecins légistes ont pointé du doigt la responsabilité des forces de l'ordre dans des brutalités -le mot torture est même employé- à l'encontre de leaders de la contestation arrêtés le mois dernier.

Si la police marocaine (DGSN) a été prompte à réagir par voie de communiqué pour s'inscrire violemment en faux contre le contenu dudit rapport -sans toutefois s'attaquer à l'institution qu'est le CNDH- un premier acte symbolique a été établi. En effet, peut-être pour la première fois depuis la mise en place de l'Instance équité et réconciliation (IER) au début des années 2000, le Maroc exprime une capacité nouvelle à faire l'autoévaluation critique de son approche sécuritaire à travers l'une de ses institutions publiques.

Le CNDH peut-il réconcilier Rabat et Al Hoceima ?

D'une certaine manière, un cap psychologique a été franchi à travers cette fuite dans les médias : les institutions sécuritaires marocaines peuvent être critiquées de la part d'instances officielles, ce qui renforce la crédibilité du CNDH, que d'aucuns avaient peut-être un peu rapidement classé au rang de coquille vide en charge de porter une communication cosmétique autour des droits de l'Homme. Bien que le CNDH ait réagi à son tour suite à l'indignation de la DGSN en tentant d'expliquer que les «conclusions définitives» du rapport n'ont pas encore été rendues publiques -dans une tentative de minimiser la portée de ces révélations- il semblerait qu'un cap irréversible ait été franchi à travers ce précédent.

Par courage, ou suite à un mystérieux concours de circonstances, le président du CNDH est donc devenu le centre de gravité d'une désormais possible réconciliation de Rabat avec Al Hoceima. En creux, cela ré-institutionnalise le rapport de force entre le pouvoir et les contestataires, ce qui constitue une avancée notable dans un dossier que l'on disait enlisé.

Et il serait probablement naïf, toujours dans ce Maroc friand de symboles et de lectures toujours florentines des stratégies de l'Etat, de penser que l'annonce intervenue de manière concomitante à celle de l'AFP d'un désengagement progressif des forces de l'ordre d'Al Hoceima -et notamment de son centre-ville emblématique de la contestation sociale- ne procède pas aussi de cette volonté de baisser la tension et d'ouvrir la voie au dialogue. Procédant d'instructions du Roi Mohammed VI -comme l'a confirmé le chef de gouvernement Saad Dine El Otmani- cette réduction des effectifs des forces de l'ordre intervient à un moment où un effort de sauvetage de la saison estivale a été consenti par la compagnie nationale Royal Air Maroc, qui a renforcé ses dessertes de la ville à prix cassés.

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Mais le tableau n'aurait pas été complet sans l'interview accordée lundi au quotidien arabophone Assabah par un ancien conseiller de Mohammed VI, le très discret Abbès Jirari, qui a esquissé dans une sémantique pesée au trébuchet les paramètres nécessaires à l'apaisement. Egalement ancien professeur à l'école Royale -où il eut comme élève Mohammed VI alors prince héritier-  Jirari a exclu toute intervention directe du Roi et a pointé du doigt le gouvernement, avant de fustiger le silence des intellectuels. En clair, le bras armé de l'Exécutif est appelé à accélérer la cadence, et les «penseurs», dont le silence aura été jusque là assourdissant, sont invités à participer à l'effort de rapprochement des points de vue.

Poursuite de la réforme du logiciel marocain ?

Mais peut-être que l'élément le plus important dans cette potentielle désescalade se situe ailleurs, ouvrant la voie à quelque chose de potentiellement intéressant pour ce Royaume chérifien qui se rêve en futur dragon africain.

En effet, depuis la nuit des temps, les périodes de tensions sociales ou régionales au Maroc étaient suivies d'un mécanisme complexe et obscur de médiation -de marchandage diront certains- entre le pouvoir central et les contestataires. Des prébendes ainsi que des rentes -autrefois appelées «mouna» - étaient alors versées aux récalcitrants, souvent après l'usage immodéré de la force. Dans le cas d'espèce, il semblerait que le Maroc ait la possibilité de faire des tensions du Rif un symbole de sa capacité à poursuivre la réforme de son logiciel, comme cela avait été entamé lors du «printemps arabe», et à gérer de manière normée et institutionnelle la relation entre l'Etat et les contestataires.

Reste désormais à observer comment évolueront les prochaines semaines, cruciales pour la suite du dossier, alors même qu'il devient clair que de nouvelles lignes de clivage relatives à la manière d'appréhender la contestation sociale, au cœur de Rabat, sont en train de se dessiner. La question de l'élargissement des contestataires emprisonnés -évoquée de manière récurrente-  sera bien entendue au cœur de l'actualité, tout comme la capacité de l'Etat à accélérer les programmes de développement économique de la région.

Abdelmalek Alaoui

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