LA TRIBUNE - Pour sortir les promoteurs immobiliers et les bailleurs sociaux de l'impasse, le gouvernement mobilise la Caisse des Dépôts qui vient de leur commander 17.000 logements neufs pour 3,5 milliards d'euros... Une mesure que vous critiquez. Pourquoi ?
Marc PIGEON, président de la société montpelliéraine de promotion immobilière Roxim, président de Build Europe (union européenne des promoteurs immobiliers) et ancien président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) - D'abord, rappelons que la crise immobilière actuelle est liée au décalage entre les prix de l'immobilier et les revenus des ménages. Ce décalage a quatre raisons : la hausse des taux d'intérêt, la hausse des coûts de construction - matériaux, énergie, salaires, réglementation -, la péréquation pour le logement social et la hausse des prix du foncier... L'objectif de cette opération, c'est de sauver les stocks des promoteurs immobiliers. Dans un premier temps, il est prévu que la Caisse des dépôts les loue pour du locatif intermédiaire, mais elle ne s'engage pas à les garder ad vitam aeternam et pourra un jour les revendre avec une plus-value. Quand j'étais président de la FPI, Nicolas Sarkozy avait fait la même chose et les promoteurs s'étaient offusqués d'avoir été spoliés, oubliant au passage que ça les avait sauvés... Ainsi l'argent de la Caisse des Dépôts va être utilisé pour sauver ceux qui ont conçu des programmes en décalage avec une demande solvable. La méthode gouvernementale actuelle étant aux chèques pour étouffer les revendications, on fait un chèque ! Je ne critique pas la profession de la promotion immobilière, mais la politique : cette opération ne solutionnera qu'un problème immédiat et évitera à la profession de sombrer, mais elle ne règle pas un problème de fond, alors qu'avec le ZAN (zéro artificialisation nette, NDLR) notamment, il n'y a pas de doute que les prix du foncier et donc des logements vont continuer d'augmenter.