Le tramway strasbourgeois se tourne vers l'Allemagne

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À terme, le tramway qui desservira le nouveau quartier trouvera son terminus devant la mairie de... Kehl, la voisine allemande de Strasbourg, de l'autre côté du Rhin. / © EICHEN ET ROBERT & ASSOCIÉS MANDATAIRE/ ALFRED PETER/ © KAUPUNKI PERSPECTIVISTE
À terme, le tramway qui desservira le nouveau quartier trouvera son terminus devant la mairie de... Kehl, la voisine allemande de Strasbourg, de l'autre côté du Rhin. / © EICHEN ET ROBERT & ASSOCIÉS MANDATAIRE/ ALFRED PETER/ © KAUPUNKI PERSPECTIVISTE (Crédits : DR)
Pour la capitale alsacienne, la construction de la « ville de demain » passe par la reconquête de sa façade allemande. Cela suppose l'urbanisation de 195 ha en friches et l'extension, sur 2,9 km, de son réseau de tramway vers Kehl, sa voisine allemande et partie intégrante d'une future Eurométropole.

Arrêt Citadelle. Personne ne descend ! À la fin de 2016, quand le tramway circulera entre Strasbourg et Kehl, sa voisine allemande, les deux dernières stations avant la frontière du Rhin resteront désertes. Et pour cause. Elles sont situées dans un ensemble de friches industrielles et de terrains vagues urbains, où la municipalité s'apprête à autoriser 800.000 m2 de constructions neuves. En attendant, le tram précédera les futurs occupants de deux ou trois ans.

« Depuis deux siècles, Strasbourg s'est construite le dos au Rhin. L'ennemi héréditaire était de l'autre côté du fleuve. Nous allons récupérer l'espace inutilisé pour y construire la ville de demain », annonce Alain Jund, adjoint (Verts) en charge de l'urbanisme à la mairie de Strasbourg.

Pour structurer les aménagements de ce territoire morcelé sur 195 hectares, la collectivité choisit un outil inédit : le tramway.

« C'est une suite logique, après vingt ans d'extension de notre réseau. Mais c'est aussi un pari : le tram sera la colonne vertébrale de notre agglomération transfrontalière désormais tournée vers le Rhin », avance Alain Jund.

La ligne (2,9 km pour 97 millions d'euros), qui attend la confirmation de sa déclaration d'utilité publique, permettrait aux habitants de 4400 nouveaux logements de renoncer, d'emblée, à leur voiture. L'automobile sera reléguée à la périphérie des ensembles collectifs et la voirie, réduite au minimum.

« Le projet a été rectifié en 2010, se souvient Jean-Philippe Lally, directeur général de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS). On a d'abord envisagé de construire un tramway jusqu'à Kehl en suivant le corridor de circulation des voitures et des camions qui se rendent en Allemagne. Et puis on a eu l'idée de tout changer. »

Pour exploiter, pendant trois ans, un tramway fantôme ? La CTS ne s'inquiète pas.

« Si les services techniques de l'État nous l'autorisent, les stations Citadelle et Starcoop resteront fermées. Elles recevront plus tard leurs équipements et le mobilier urbain. Le tramway passera sans ralentir », explique Jean-Philippe Lally.

Bénéfice : 500.000 euros d'investissements reportés à plus tard, et des risques de vandalisme réduits.

Une "Eurométropole" en devenir avec Kehl

Autre nouveauté : c'est sur la rive allemande du Rhin, à Kehl, que le tram de Strasbourg installera un nouveau terminus. Profitant de la main tendue par les Strasbourgeois et de la dynamique du lancement d'une « Eurométropole », le maire social-démocrate Günther Petry a sollicité le Land de Bade-Wurtemberg et l'État fédéral pour financer 1,2 km de tramway supplémentaire dans sa commune. La ligne s'arrêtera donc au pied son hôtel de ville. Depuis dix ans, monnaie unique aidant, Kehl a attiré 2500 Français dans des logements devenus attractifs.

Côté français, sur la rive gauche du Rhin, le quartier d'habitat social ravagé en 2009 par les manifestants anti-OTAN (bâtiments brûlés, mobilier détruit) panse ses plaies et observe l'arrivée de ces nouveaux voisins, dont les enfants se partageront une originale crèche binationale. Un ensemble de 380 logements est déjà en cours d'achèvement au pied du pont de l'Europe. Les surfaces réservées à la promotion immobilière ont trouvé preneurs au prix moyen de 3.500 euros/m2.

Ce qui place d'emblée le projet urbain des Deux-Rives dans le moyen-haut de gamme, à l'échelle de l'agglomération. Mais le pari est loin d'être gagné : la collectivité doit se doter des deux outils adéquats, une ZAC multisite et une société publique locale d'aménagement (SPLA), pour assurer la maîtrise de projets contrariés par de trop nombreux obstacles physiques.

Le morcellement de l'axe Deux-Rives est dû à la présence des routes pour la desserte des activités industrielles, posées sur des talus de 6 à 7 mètres, de bassins, de canaux et de voies ferrées liées à la logistique portuaire.

« Il ne faut pas que les déplacements induits par les habitants viennent asphyxier cette activité économique », prévient Didier Dieudonné, directeur général délégué du port autonome de Strasbourg, dont les installations concentrent 350 entreprises et 13000 emplois. « Au niveau de la cohabitation, entre les trains qui circulent, les industries et les futurs habitants, ça va frotter. C'est évident », prévoit-il encore.

Sur plus de 1.000 ha, le port abrite la première plate-forme logistique d'Alsace et génère un trafic de 18 millions de tonnes de fret routier. La « liaison interport » semi-enterrée reste à aménager : 16 millions d'euros d'investissements pour achever l'axe routier de transit nord-sud, à l'abri des zones habitées.

Un projet urbain en sept "bulles"

Bernard Reichen, maître d'oeuvre du schéma directeur des Deux-Rives, a intégré ce caractère morcelé dans ses projets d'urbanisation et propose, dans sept « bulles », de construire « des points d'intensité complémentaires, reliés par le tram ».

Première bulle près du centre-ville, la presqu'île de la Citadelle jouxtera un bassin de plaisance équipé de 100 anneaux pour les bateaux de passage, accueillera des logements et un hôtel. La friche de l'ancienne usine de charbon Starlette mélangera des logements et des locaux tertiaires. Un peu plus loin, l'ancien site logistique des Coopérateurs d'Alsace, investi par des artistes locaux, complétera l'offre culturelle strasbourgeoise. Tout près du Rhin, un groupement de cliniques privées déploiera une offre de santé sur 50.000 m2.

« L'objectif, c'est de créer une offre massive et attractive de logements qui rendra définitivement ringarde l'expansion pavillonnaire de l'autre côté de l'agglomération, à l'ouest, dans les terres agricoles du Kochersberg », résume Alfred Peter, paysagiste local associé à Bernard Reichen dans l'équipe de maîtrise d'ouvrage.*

L'opposante Fabienne Keller, ancienne maire (2001-2008, UMP), en campagne pour les municipales, ne l'entend pas de cette oreille. Elle critique le côté morcelé de l'opération et, avant tout, l'aspect irrationnel de son tramway.

« Le tracé en U de cette ligne qui zigzague va provoquer des surcoûts déraisonnables, attaque-t-elle. Ce tracé entraînera la construction d'un quatrième pont sur le Rhin aux côtés des ouvrages piéton, routier et ferroviaire existant. Un pont unique eût été une question de bon sens. »

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Commentaires
a écrit le 19/12/2013 à 13:59 :
Strasbourg est une métropole universitaire tournée vers l´Europe. Son réseau tram est deja tres performant. La situation parking est par contre catastrohique.
La prolongation du réseau tram jusqu à Kehl est une excellente initiative. Félicitations.
Le parlement " Europen" n´est qu un alibi qui coûte tres cher aux contribuables.
La quasi majorité des parlementaires europeens sont partisans pour arreter ce cirque.
a écrit le 15/12/2013 à 16:30 :
Cette ville sera occupée par des fonctionnaires sans aucune activité productive .La France Verte et socialo .La voiture individuelle est un instrument de travail pas un outil idéologique comme le transport en commun version tram . Trouvez un vert qui sait produire un bien utile . Il n 'est plus vert .
a écrit le 15/12/2013 à 5:24 :
Blocs de béton format clapiers modernistes justifiés par une "politique" des transports urbains ... merci aux "Zurbanistes" !!
Un vrai et sincère merci aux trublions qui ont brûlé la verrue laissée par les douanes françaises et le pavillon d'accueil touristique en fibro-ciment
a écrit le 13/12/2013 à 2:52 :
A fil de journaux on peut lire ces odes au constructivisme, à la planification, à la gestion des espaces et autres fadaises.
A se demander si pour être élu, il ne fallait pas avoir une revanche à prendre sur ceux qui avaient des idées et les mettaient en oeuvre. Sur les vrais créateurs, ceux qui non seulement ne viennent pas vous dire ce que vous devez faire, où et quand, mais ne viennent pas prendre l'argent dans votre poche pour le faire.
Non, le vrai créateur s'en remet à la seule sanction qui vaille: celle de ses clients.
a écrit le 12/12/2013 à 9:34 :
MERCI pour ce joli article sans carte pour visualiser et cette belle photo (ou pojet?) qui ne dit pas ou il se trouve (strasbourg kehl?)

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