L'Aquitaine a construit une filière laser-photonique unique en Europe

 |   |  836  mots
Photo Route des lasers
Photo Route des lasers
Profitant du vaste chantier du laser mégajoule, capable de simuler des explosions thermonucléaires, la Région a su réunir entreprises et chercheurs pour faire naître une filière de pointe dans un secteur plein d'avenir. Vendredi, un bilan d'étape a été réalisé. 1 400 emplois directs ont déjà été créés

« La photonique (science de la lumière) sera au XXIème siècle ce que la microélectronique a été au XXème siècle », prédit Hervé Floch, délégué général du pôle de compétitivité Route des lasers, en Gironde. La photonique est la science de la lumière et ses secteurs d'applications sont multiples : chirurgie cardio-vasculaire, ophtalmique au laser, dermatologie, usinage de pièces dans l'automobile, l'aéronautique, contrôle du processus de fabrication dans l'industrie, découpe de panneaux solaires... Et, dans le domaine, la Gironde a une longueur d'avance. Au BARP, à 40 km de Bordeaux, se construit actuellement le Laser mégajoule (LMJ), le plus puissant au monde, capable de simuler, à échelle réduite, des explosions thermonucléaires. Il n'en existe que deux au monde : un aux Etats-Unis et un autre en Gironde. Sa création a été décidée en 1996 après que Jacques Chirac ait arreté les essais en conditions réelles. Un investissement colossal d' un milliard d'euros et un début d'exploitation prévu pour la fin 2014.


10 000 emplois créés en dix ans dans la région dans le laser et la photonique


La Région en a profité pour faire émerger une filière laser-optique en investissant plus de 100 millions d'euros, notamment dans Laseris, une zone d'accueil pour industriels, et Alphanov, un centre technologique entre les laboratoires académiques et les entreprises. Dans le même temps, à Pessac, près de Bordeaux, l'arrivée de nouveaux industriels internationaux a été anticipée en fondant la Cité de la Photonique. Au total, « 1 400 emplois directs (hautement qualifiés, ndlr) ont été créés ainsi en une dizaine d'années. 10 000, si l'on ajoute les emplois induits. Nous avons la plus grande filière industrielle laser en France », vient de se féliciter Jean-Pierre Giannini, directeur du CEA (Commissariat à l'énergie atomique)-Cesta (Centre d'études scientifiques et techniques d'Aquitaine).
Aujourd'hui, la « Route des lasers », labellisée en 2005, regroupe 600 chercheurs et une centaine d'entreprises dont quelques fleurons « Depuis 1992, je n'ai jamais été chercher des clients. C'est eux qui viennent me chercher pour faire des machines », explique Louis Martinez, le patron-fondateur de Laser Machines, qui travaille pour Peugeot, Airbus , Alcatel ... La force du tissu aquitain tient au fil qu'il comporte aussi bien des PME innovantes qui opèrent dans les technologies de pointe (Amplitude Systèmes, I2S, Eolite Systems...) que des grandes entreprises leaders (Thalès, Cilas, EADS Astrium...).


Un enjeu majeur pour l'avenir : le laser français doit se structurer et lancer des applications


La recherche est désormais arrivée à maturité avec des lasers très puissants. « Il nous faut maintenant développer des applications, construire des systèmes globaux », analyse Isabelle Laporte, directrice générale de la Société d'économie mixte Route des lasers. « Nous avons les sources, mais pas d'intégrateurs. En Europe, la plupart sont allemands. En France, notre problème, c'est l'industrie », déplore-t-elle. L'ère qui s'ouvre est décisive à ses yeux. L'enjeu est de convertir en business une mine d'or, le plus grand parc mondial d'instruments de recherche dans la filière laser-optique.


Un interclustering européen du laser et de la photonique


Pour y parvenir, la Route des lasers mise sur un projet d'interclustering européen : Epc Net (European photonics networking for business) qui devrait voir le jour début 2013. « Nous voulons amener les PME européennes du secteur à se rencontrer pour faire émerger des systèmes complets », avance-t-il. Dans le Sud ouest, Hervé Floch entend se rapprocher des secteurs de l'aéronautique, l'automobile, la bio imagerie (l'Aquitaine est en pointe dans les neurosciences, ndlr) ou le solaire (cluster Sysolia créé en mai 2011 dans la Région), pour « créer plus de richesses dans le secteur en France ». D'autant que de nouveaux investissements vont venir stimuler le tissu industriel local. Parmi eux, Défi photonique, retenu dans le cadre des investissements d'avenir. Une enveloppe de 4,4 millions d'euros sera affectée sur les trois prochaines années pour structurer la filière en France, à travers Optic valley en Ile de France, la Route des lasers en Gironde et Optic Tec en région Provence Alpes Côtes d'Azur.


Le futur Minatec aquitain ?


« Notre ambition est de faire avec la photonique en Aquitaine la même chose que Grenoble avec Minatec », révèle Hervé Floch. A cet égard, il envisage de tisser des passerelles entre Optic Valley en Ile de France et la Route des lasers pour « devenir un pôle de compétitivité mondial comme Aerospace Valley ». L'objectif est ambitieux et suscite beaucoup d'espoirs. Ne serait-ce que dans les trois prochaines années, 300 emplois pourraient à nouveau être créés. Mais, « l'Europe a identifié la photonique comme l'une des six technologies clés de l'avenir », ajoute-t-il. Cela est d'autant plus crucial, que de nouveaux champs d'applications s'ouvrent, notamment dans le médical (tumeur du cerveau), la domotique. Des liens se tissent avec le cluster régional santé. Ou encore le découpe de panneaux photovoltaïques.
 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :