« Nous voulons positionner l'université de Bordeaux parmi les 150 premières dans le monde d'ici trois ans », avance Alain Boudou, le président du Pres (Pôle de recherche et d'enseignement scientifique), qui rassemble trois facultés bordelaises. Pour atteindre cet objectif, elle va devoir opérer une profonde mutation. Déjà, ses vieux bâtiments vont faire peau neuve. L'université a été sélectionnée en 2008 dans le cadre de l'opération Campus, avec une enveloppe de 475 millions d'euros. En outre, les parcours de l'étudiant se professionnalisent peu à peu.
Mais, la vraie révolution est culturelle. La loi relative aux libertés et responsabilités des universités (dite loi LRU, ou loi Pécresse) de 2007 sur l'autonomie des universités françaises a ouvert la voie à leur financement avec l'argent du secteur privé. Du coup, des liens ont commencé à se tisser entre l'université, la recherche et le monde de l'entreprise. C'est la délicate mission à laquelle s'est attelée la Fondation Bordeaux Université, créée fin 2009.
Avec 7 millions d'euros levés en moins de quatre ans, les premiers résultats sont encourageants. Elle se classe parmi les fondations universitaires les plus efficaces de France. « L'une de nos spécificités est d'associer les donateurs dès la recherche de projets porteurs, afin que ceux-ci correspondent à leurs besoins, avant d'aller chercher des fonds », explique Rodolphe Gouin, directeur de la Fondation Bordeaux Université.
Cela a été possible grâce aux dix partenaires historiques (Agfa Health Care, Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique, EDF, Fonds des premiers grands crus de Bordeaux, Sanofi, etc.) qui ont apporté un confortable capital de 4,3 millions d'euros.
Car, de fait, les enjeux sont réels. Ainsi, Solvay, un des leaders mondiaux de la chimie, finance pendant trois ans la recherche, en lien étroit avec le Laboratoire du futur (LOF) sur le campus, pour étudier et concevoir de nouvelles pistes de valorisation du pin maritime à des fins industrielles.
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Dans ce domaine, il est vrai, le potentiel est énorme en Aquitaine, où se trouve la plus grande forêt d'Europe occidentale.
Satisfait des résultats de la chaire sur les biotechnologies, Sanofi a, de son côté, presque doublé l'enveloppe annuelle, qui est passée de 50.000 à 90.000 euros. Le groupe pharmaceutique y trouve son compte. Grâce à l'aide de la fondation, l'ENSTBB (École nationale supérieure de technologie des biomolécules de Bordeaux) a développé une offre de formation continue sur les biotechnologies, dont peuvent bénéficier ses salariés.
C'est pourquoi une plate-forme proposant des formations de quelques jours, ou quelques mois pour avoir un diplôme, va être mise en place à la rentrée 2014, à destination des professionnels dans des secteurs où la région est en pointe, comme la santé, le laser, le bois, etc.
En outre, une vingtaine de grandes entreprises (ou filiales) ont soutenu des programmes de recherche innovants, des bourses de mobilité internationale, des partenariats privé-public, des programmes de soutien à la création d'entreprise pour les diplômés. C'est le cas du projet Palomb, porté par Novartis et Isis Médical. Il vise à mettre en place en Aquitaine et en Charente un observatoire régional de la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), une maladie fréquente, d'origine respiratoire, mal connue du grand public, des malades et même des professionnels de santé. Or selon les prévisions de l'Organisation mondiale de la santé, la BPCO sera en 2030 la troisième cause de mortalité. Autre type d'action, un don du viticulteur Louis Lurton a permis au laboratoire bordelais CBMN (Chimie et biologie des membranes et des nano-objets) d'acheter deux équipements haut de gamme, qui en font aujourd'hui l'un des centres les mieux équipés en spectro-imagerie en France.
À cet effet, deux fundraisers ont été recrutés, tandis qu'un club Université de Bordeaux a été créé à Paris pour décupler les levées de fonds.
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