Bordeaux : plus belle, plus... intelligente !

Mikaël Lozano

Mikaël Lozano
À question complexe, réponses multiples. Lorsque l'on interroge les élus de Bordeaux Métropole sur leur vision de la ville intelligente, les axes de développement fusent : immobilier, mobilité, sobriété énergétique... Avec, néanmoins, un fil conducteur qui infuse chaque secteur : le numérique.
Très proche d'Alain Juppé, elle a fait sienne l'approche que le maire et président de la métropole nous exposait il y a quelques mois :
La haute qualité de vie : c'est précisément cet axe que veut suivre la capitale girondine, surfant sur l'image qu'elle renvoie. Cela passe par de gros efforts en matière de mobilité - alors que Bordeaux est aujourd'hui l'une des villes les plus embouteillées de France -, par un immobilier dynamique, adapté aux attentes comme au budget des nouveaux arrivants et des « locaux ».
Deux quartiers en cours de développement vont servir de laboratoire à ciel ouvert : les Bassins à flot, au nord de la ville - où les grues tourbillonnent depuis des mois et où l'on cherche à mixer campus de formation, habitat et activité économique -, mais aussi et peut-être surtout, Euratlantique. Ce dernier va révolutionner la zone qui s'étend autour de la gare, desservie à partir de l'été 2017 par un TGV mettant Paris à deux heures et cinq minutes. ERDF y a trouvé un terrain idéal pour expérimenter ses réseaux intelligents (smart grids) s'appuyant sur son compteur communicant Linky.
Moins technologique, mais non moins utile, Euratlantique a aussi choisi le projet Noé pour créer d'ici à octobre une plateforme de services mutualisés destinée aux entreprises de construction : base de vie, déchetterie de chantiers, gestion des terres excavées et des terres polluées, parking, transport des personnels à partir de la base de vie vers les chantiers, stockage et transport de matériaux, centre RH spécialisé dans les métiers du bâtiment pour répondre aux besoins en termes d'insertion, de formation, de sécurité et de prévention, plateforme numérique de traitement des informations, camion-restaurant (food truck)... Noé vise à minimiser l'impact et les nuisances des chantiers, à garantir une ville fluide, apaisée et accessible malgré les travaux, à être source de gains environnementaux et économiques. Présentée comme une innovation d'usage, la plateforme est une première en termes de mutualisation de services. Elle intégrera des outils connectés par la technologie NFC développés par la startup bordelaise NFC Interactive, dont bénéficieront ses usagers pour des services d'élaboration de rapports (reporting), de paiement et de sécurisation, par exemple.
Passé au 1er janvier dernier du statut de communauté urbaine à celui de métropole, le territoire ne manque pas d'idées et va multiplier les expérimentations dans les prochains mois.
Lancée en novembre dernier, une version anticipée de l'application « Bordeaux en poche » a permis de récolter des retours dans un périmètre encore expérimental. S'appuyant sur la technologie sans contact NFC, elle sera déployée à grande échelle à la rentrée prochaine, après un gros travail de design de services et d'expérience utilisateurs, et offrira une palette de services allant jusqu'à donner le taux de fréquentation des piscines en fonction des horaires !
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Reste que la construction de la ville de demain prend du temps et que toute expérimentation peut aboutir à un échec. L'e-éducation en est un bon exemple. Bordeaux nourrissait de grandes ambitions sur ce sujet, allant bien au-delà du territoire métropolitain.
L'initiative, menée dans le cadre d'un partenariat étroit avec l'Éducation nationale, a eu de belles retombées tant sur le volet matériel - en équipant les classes en tableaux numériques, par exemple -, qu'en contribuant à diffuser les usages numériques dans les écoles primaires.
Et Stantum a connu la liquidation judiciaire.
Ce demi-échec n'a pas entamé la volonté du territoire bordelais de s'impliquer. La capitale girondine figure ainsi parmi les partenaires du projet « Sharing cities », qui vient d'être retenu par la Commission européenne dans le cadre de l'appel à projets relatifs aux villes et communautés intelligentes, « Smart cities & communities ». Porté par Londres, Milan et Lisbonne, « Sharing cities » associe également trois villes partenaires : Varsovie en Pologne, Burgas en Bulgarie et donc, Bordeaux. Il vise à expérimenter des services innovants en matière de développement urbain durable et bénéficie, sur cinq ans, d'une enveloppe de 25 millions d'euros, destinée principalement à financer les opérations portées par les trois villes leaders pour des projets intégrés dans un quartier de chacune d'elles.
Bordeaux, en tant que ville partenaire, bénéficiera de 426.800 euros, ainsi que des résultats des expérimentations menées par Milan, Lisbonne et Londres, et qui pourront être répliquées, d'ici à 2020, dans la métropole bordelaise.
________
Entretien avec Virginie Calmels, Vice-présidente de Bordeaux Métropole, adjointe au Maire de Bordeaux (Propos recueillis par Mikaël Lozano)
« Nous devons inviter les citoyens, les entrepreneurs, à participer »
LA TRIBUNE - Quelles sont les pistes de développement de Bordeaux Métropole en matière de smart city ?
VIRGINIE CALMELS - Nous devons inviter les citoyens, les entrepreneurs, à participer activement à la construction de la ville de demain et favoriser l'intelligence collective. Nous cherchons donc à encourager les initiatives telles que le mouvement French Tech, et l'innovation sous toutes ses formes grâce à nos pépinières d'entreprise, à la future Cité numérique de Bègles, à travailler sur la formation, et à contribuer à créer un écosystème innovant qui n'occulte pas le développement économique. Le business doit y être étroitement lié et les entrepreneurs au coeur de la ville. À l'échelle de Bordeaux Métropole et de ses 28 communes, nous travaillons à définir un agenda stratégique qui permettra de prioriser et d'échelonner les projets d'intérêt métropolitain, et cherchons également à mesurer nos actions.
Quels exemples pour illustrer le rôle du numérique dans la construction de la smart city ?
L'enjeu, ce n'est pas la numérisation des processus, mais bien l'adaptation des modes de fonctionnement de la sphère publique aux attentes des usagers. Pour cela, je crois beaucoup aux projets collaboratifs. Le numérique doit permettre d'améliorer la qualité de service tout en baissant les coûts supportés par la collectivité. C'est, par exemple, le cas des services à distance que nous proposons désormais, comme le paiement par Internet de la cantine, adopté par 80% des parents.
______
>>> Le 20 mai, Avec le Forum de La Tribune : BORDEAUX, CAPITALE DE LA SMART CITY
La Tribune organise la IIe édition du Forum Smart City Bordeaux, ce vendredi 20 mai à l'Hôtel de Bordeaux Métropole.
Cet événement accueille des chercheurs et des dirigeants de grandes ou petites entreprises, venus réfléchir ensemble à l'avenir des villes intelligentes et à leurs modes de construction. Des experts mondiaux reconnus, tels qu'Idoia Postigo (Bilbao Metropoli-30), Claire Charbit (direction de la gouvernance publique et du développement territorial à l'OCDE), Nathalie Renneboog (Citydev Bruxelles), Magdalena-Andreea Strachinescu-Olteanu (Commission européenne) ou encore Nicolas Miailhe (Harvard Kennedy School), sont attendus.
Keynotes, pitchs, conférences-débats.
Le Forum, organisé en partenariat avec Bordeaux Métropole, s'articulera autour de trois axes : « Le dynamisme économique du territoire au service de l'emploi », « Quelle ville pour demain ? » et « Usages et services innovants dans la métropole ». Parallèlement, un Village des startups permettra aux jeunes pousses de présenter leurs innovations.
Pour en savoir plus www.latribunebordeaux.fr
Mikaël Lozano