Voiture électrique : la Bourgogne-Franche-Comté face à l'implantation rurale des bornes de recharge

ENQUÊTE 4/5. Quatrième volet de notre série de cinq enquêtes sur le business complexe des bornes de recharge électrique, publiées chaque jour depuis lundi jusqu'à vendredi. La Tribune propose ce jour un état des lieux de chaque région en présentant leur feuille de route. Alors que la Bourgogne-Franche-Comté est fortement ruralisée, la stratégie de développement des collectivités était jusqu'alors plutôt axée sur les centres-ville. La réussite du plan de développement de ces infrastructures vitales pour l'essor de la voiture électrique dépendra de ce rééquilibrage vers les territoires et d'une cartographie d'installation basée sur les usages réels, notamment sur les lieux d'habitation et de travail. Un véritable défi.

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(Crédits : EKOPLUG)

Avec plus de la moitié de ses trois millions d'habitants résidant dans les campagnes, la Bourgogne-Franche-Comté, première région rurale de France, doit faire face à un défi majeur pour réussir la transition électrique de sa mobilité. Pas simple, en effet, de mailler en bornes de recharge électrique une zone constituée de communes peu denses. Si le territoire est aujourd'hui plutôt bien classé en termes de nombre de points d'électrification rapporté au nombre de véhicule (1 bornes pour 9 automobiles 100% électrique), elle est la dernière région métropolitaine en termes de volume, avec 1.398 lieux recensés. Dans ce contexte, la Bourgogne-Franche-Comté arrivera-t-elle à optimiser son réseau ?

Car le temps presse au regard de l'appétit de plus en plus pressant des automobilistes. Près de 20.000 véhicules neufs électriques ou hybrides rechargeables ont été immatriculés depuis 2015 en Bourgogne-Franche-Comté. « 2020 marque un changement de paradigme pour la mobilité électrique », constate Thierry Brossier, vice-président de l'association Bourgogne-Franche-Comté mobilité électrique (BFC ME). Il pointe une progression de +301% en matière d'immatriculations de ce type de véhicule l'année dernière. 7.931 immatriculations de véhicules neufs électriques ou hybrides rechargeables ont été enregistrées en 2020 contre 2.190 en 2019. Un boom du secteur qui suit la tendance nationale. « Fin 2019, les ventes de véhicules électriques ou hybrides rechargeables représentaient au niveau national, moins de 3% de parts de marchés contre 13% en 2021 », compare Thierry Brossier.

Le risque serait que les infrastructures ne suivent pas la tendance des utilisateurs. "Nous sommes sous-équipés, que ce soit en région ou au niveau national. Aujourd'hui, le territoire national serait à 10% de ce qu'il devrait être en terme de couverture. Les chiffres prévisionnels indiquent que les véhicules électriques et hybrides représenteront 50% des achats de véhicules neufs en 2025", assure Gérald Riduet, fondateur d'Ekoplug, fournisseur de bornes électriques pour particuliers et entreprises, basée à Besançon. Utilisateur à titre privé d'un véhicule électrique, Gérald Riduet estime que la région n'est toutefois pas si mal desservie.

Signe de l'engouement des particuliers, l'entrepreneur, qui a lancé son activité il y a trois mois, installe déjà environ quatre bornes par semaine, en majorité chez les entreprises qui souhaitent s'équiper pour leurs employés ou pour leurs clients.

Deux modèles hybrides ?

Si le courant passe du côté de citoyens, il faut donc désormais équiper le territoire pour répondre à ces nouveaux besoins. Dès 2012, la Bourgogne avait inscrit un Schéma régional d'implantation des bornes électriques avec un maillage tous les 40 kilomètres pour amener à couvrir l'ensemble du territoire. « Les syndicats d'énergie départementaux ont installés les bornes. La Région en a financés 70 en captant également des fonds européens », précise Michel Neugnot, vice-président en charge des mobilités, des transports scolaires, de l'intermodalité et des infrastructures au conseil régional.

Côté Franc-comtois, avant la fusion des régions, une autre stratégie avait été adopté en accordant une prime forfaitaire pour chaque implantation de bornes. Par exemple, le Syndicat Mixte d'Énergies du Doubs (SYDED) a décidé de mailler le territoire par un réseau public d'infrastructures de recharge de véhicules électriques et hybrides. Un projet d'un montant total de 500.000 euros, accompagné financièrement par l'Ademe et la région Bourgogne-Franche-Comté, a permis de déployer 47 bornes en charge "accélérée" sur une trentaine de communes et communautés de communes du Doubs.

Depuis la création de la grande Région, les deux stratégies n'ont pas été modifiées. « Le conseil régional a commandé une nouvelle étude globale afin de vérifier que le maillage du Schéma régional de 2012 était toujours suffisant, au regard de la fréquentation de certaines bornes et de l'augmentation de l'autonomie des batteries », confie Michel Neugnot.

Pour Thierry Brossier, plusieurs raisons expliquent le mauvais classement de la Bourgogne-Franche-Comté au palmarès des régions les mieux équipées. Tout d'abord, la concentration des points de charge dans les grandes villes et leur périphérie. Or, cette région est rurale et les citoyens régénèrent la batterie de leur automobile en majorité à leur domicile ou au travail. Ensuite, il pointe une vision culturelle et d'usage qu'il estime biaisée. « La voiture électrique serait uniquement réservée aux citadins ? C'est faux ! Dans les grandes agglomérations, les citoyens ont des moyens alternatifs pour se déplacer - transport en commun ou vélo - lors des petits trajets. Alors qu'en milieu rural, où les trajets sont plus long, les modes de transport sont restreints, en dehors de l'usage de leur véhicule », explique Thierry Brossier. « Je suis convaincu du potentiel de la voiture électrique dans ces zones », ajoute-t-il.

 « Le qualitatif compte plus que le quantitatif »

Pour Michel Neugnot, il ne faut toutefois pas résumer la mobilité électrique au nombre de bornes de recharge déployées : « L'enjeu est d'installer en priorité au domicile et sur les lieux de travail. Cela permet de couvrir les déplacements domicile/travail qui sont les plus nombreux et de pouvoir mettre en place des remplissages lents qui impactent moins le réseau électrique que des recharges rapides qui demandent beaucoup d'électricité sur un temps faible », explique Bertrand Aucordonnier, chargé de mission systèmes électriques renouvelables et carburants alternatifs à l'Ademe BFC.  « C'est la qualité de la borne qui importe et sa localisation », poursuit le vice-président de la région. Il s'agit de voir quel type de point de recharge est le plus pertinent. 90 % des recharges de véhicules électriques se font soit au domicile, soit sur le lieu de travail.

« En complément, il faut des bornes à des endroits assez stratégiques (commerces, autoroute...). Un déploiement beaucoup plus large « dans chaque commune » pose question sur le coût et la pertinence de bornes qui fonctionneraient très peu mais qu'ils vaudraient quand même entretenir, le pire étant une borne qui ne fonctionne pas », poursuit Bertrand Aucordonnier

La vision de la grande région est désormais de partir des besoins des utilisateurs et de l'évolution des véhicules pour définir une nouvelle stratégie. « Pourquoi ne pas envisager des véhicules électriques en autopartage dans les petites communes ? Très souvent, les personnes âgées payent des assurances alors qu'elles ne font que très peu de kilomètres. Il suffirait d'installer une borne dans le village afin qu'elle bénéficie au plus grand nombre », suggère Michel Neugnot. Et pour les grandes villes, le vice-président de la région réfléchit également à l'installation de bornes de recharge lentes sur les voies publiques pour les habitants qui ne possèdent pas de garage et qui souhaiteraient recharger leur véhicule durant la nuit.

>> Cliquez sur la carte pour poursuivre l'enquête en région :

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