5G souveraine : comment le projet b<>com fait rebondir Lannion ?

Suite au plan social annoncé par l’équipementier Nokia, l’État va financer à hauteur de 30 millions d’euros le développement d’une stratégie technologique souveraine, 5G et plus, pour les infrastructures numériques privées. Porté par l’IRT b<>com de Rennes, le projet prévoit de recruter 90 personnes, dont 80% à Lannion où Nokia supprime 240 postes. Premiers postes ouverts début février.

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Basé à Rennes, avec des antennes à Brest, Lannion et Paris, l'IRT b<>com va recruter 90 postes pour développer son projet de 5G souveraine, et au-delà.
Basé à Rennes, avec des antennes à Brest, Lannion et Paris, l'IRT b<>com va recruter 90 postes pour développer son projet de 5G souveraine, et au-delà. (Crédits : ©FredPieau_campus_bcom)

« Je l'avais dit en juillet aux salariés de Nokia : nous ne laisserons pas Lannion et ses savoir-faire mourir à petit feu. Avec Frédérique Vidal, je suis heureuse d'annoncer le soutien de l'État au projet 5G souveraine porté par l'IRT B-com. » En adoubant le 22 décembre le développement de *xG*, une stratégie technologique souveraine pour les infrastructures numériques privées, 5G et au-delà, et en la finançant à hauteur de 30 millions d'euros sur sept ans, le gouvernement, par la voix de sa ministre déléguée chargée de l'industrie, Agnès Pannier-Runacher, sauve ce qui peut l'être à Lannion.

Pour la ville moyenne costarmoricaine de 20 000 habitants, ce projet collectif porté par l'Institut de recherche technologique b<>com de Rennes avec Lannion-Trégor Communauté et la Région Bretagne est tombé à point nommé avant Noël et atténue le sentiment de gâchis laissé par Nokia. S'il maintient son plan social, le groupe de télécommunications finlandais l'a toutefois revu à la baisse en novembre.

Dans ce berceau des télécoms qu'est le pôle Lannion-Trégor, il prévoit de licencier 240 personnes, sur les 772 collaborateurs de sa filiale Alcatel-Lucent International, au lieu des 402 postes annoncés en juin, principalement dans le secteur de la R&D. Lannion accueillerait aussi l'an prochain, avec Paris-Saclay, son centre mondial de cybersécurité, qui pourrait générer 97 emplois.

Positionné depuis sa création en 2013 sur la technologie mobile (4G,5G, 6G), b<>com a vu, dès début juillet, l'opportunité qu'ouvrait le retrait partiel de Nokia à Lannion, pour se projeter dans les 20 ans à venir.

L'initiative *xG* va permettre à l'IRT, dont l'activité de R&D fournit avant tout des technologies destinées à accroître la compétitivité des entreprises grâce au numérique, d'accélérer elle-même sa croissance. Elle s'inscrit aussi dans la priorité politique affichée de positionner la Bretagne, depuis le Trégor, comme un territoire de référence sur la souveraineté des infrastructures numériques privées, 5G et au-delà.

90 postes créés : priorité sur les réseaux privés d'entreprises vitales

Via ce projet, b<>com promet de maintenir les emplois et les compétences du territoire tout en développant son site de Lannion où travaillent déjà 10 personnes sur un total de 330. 80% des 90 postes créés à terme y seront recrutés (les autres à Rennes et Paris). Le processus démarre et les premiers postes (R&D, cybersécurité, accès logiciel, soutien clients, vente...) seront ouverts dès février et sur la durée du premier semestre.

« Les salariés de Nokia concernés par le plan social et dont le profil répondra aux besoins du projet, seront prioritaires. Ceux qui ne sont pas impactés par le PSE peuvent aussi postuler » assure Bertrand Guilbaud, directeur général de l'IRT. « Le recrutement rapide de personnes déjà qualifiées nous offre une réelle capacité d'augmenter la taille critique de l'IRT afin de créer un acteur majeur dans les technologies 5G et au-delà, en France et en Europe. »

L'offre française qui sera déployée concerne les réseaux privés des entreprises en général, y compris les industries culturelles et créatives, mais cible en priorité les opérateurs d'infrastructures vitales comme la sécurité publique et la défense, les services publics (eau, énergie...), la santé et l'industrie du futur. Au niveau mondial, le marché des réseaux privés est estimé à 15 milliards en 2030 avec une croissance annuelle de 15 à 20%.

Attendus dès 2022, les premiers produits marieront 4G et 5G et mettront en avant des solutions facilitant le déploiement et la sécurité. Des « innovations importantes » autour d'une vraie 5G (standalone) verront le jour à l'horizon 2023.

90 millions d'euros sur 7 ans

« *xG* répondra, sur leurs réseaux privés, aux besoins opérationnels des entreprises et des opérateurs en matière de contrôle et de sécurité des flux, de personnalisation du réseau et de couverture améliorée. Les futures générations d'infrastructures numériques ouvrent des champs d'application nouveaux permettant des communications à faible latence, une interconnexion des objets, une meilleure efficacité énergétique », précise Bertrand Guilbaud.

Le financement du projet *xG*, dont l'enveloppe globale estimée sur sept ans s'élève à 90 millions d'euros, s'inscrit dans le modèle économique de l'IRT. Ses 18 millions d'euros de ressources annuelles proviennent pour 30% des académiques et industriels actionnaires (Airbus Defence & Space, Naval Group, Centrale Supelec, CHU Rennes, Inria, Nokia, Orange...), pour 24% de la vente de ses propriétés intellectuelles et technologies et pour 46% de l'Etat.

Le projet *xG*, qui s'ajoute au plan de développement de b<>com, a déjà déclenché un vif intérêt de partenaires investisseurs publics et privés, dans le secteur des transports et de la part d'industriels qui pourraient intégrer les solutions à leur catalogue ou à leurs produits.

Écosystème d'excellence

Aboutissement d'un travail collectif, régional et interministériel sous la houlette du Secrétariat général pour l'investissement (SGPI), cette initiative dont Nokia pourrait un jour embarquer les solutions, veut prouver la capacité de rebond et de diversification du territoire Lannion-Trégor. Son écosystème d'excellence dédié aux télécommunications, aux réseaux et images de demain (5G, 4K, IoT, fibre, cybersécurité), fait figure de « Silicon Valley bretonne ». Outre Nokia et l'IRT b<>com, il accueille des structures comme Orange Lab, mais aussi des PME, des startups et des laboratoires. Si le « sans-Nokia se met en place », veut croire le délégué CFDT Bernard Trémulot, Nokia représentait jusqu'à présent le troisième employeur de la ville derrière l'hôpital et Orange. La multinationale a investi pas moins de 30 millions d'euros dans son campus mondial HQE de R&D, inauguré en 2018 et dédié à la cybersécurité et à la 5G. La réduction de sa voilure est d'autant plus mal vécue.

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Commentaire 1
à écrit le 14/01/2021 à 10:28
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Lannion a raison de defendre son territoire et ses données. Il faut protéger nos savoirs faire en telecoms, en spatial, en technologie automobile, en ferroviaire en nucléaire. La France doit aider ses territoires a se developper et protéger ses donné...

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