Pourquoi Rennes veut reconquérir la Vilaine?

Pascale Paoli-Lebailly, à Rennes

Pascale Paoli-Lebailly, à Rennes
Réconcilier la ville avec ses cours d'eau. Longtemps occultée au regard, au profit du développement urbain en centre-ville, la Vilaine qui a marqué géographiquement et socialement, la séparation Nord / Sud de Rennes, est en voie de revalorisation. Ce fleuve dont le nom n'a rien de péjoratif, et qui fut un des premiers cours d'eau à avoir été canalisé en France, pourrait même reprendre une place centrale. La capitale bretonne affiche en effet son projet de réappropriation et de reconquête des cours d'eau. Trois grandes opérations urbanistiques rendant les berges accessibles sont aujourd'hui en cours. Elles s'appuient aussi sur l'Ille, dont la confluence avec la Vilaine est à l'origine du premier nom gaulois de la ville, Condate, et le canal Saint-Martin au Nord.
Dans le cadre de ces aménagements et de la politique de développement durable et de retour à la nature menée par la Ville, le premier projet prévoit la réhabilitation d'un site industriel en site habité. Sur les rives de la ZAC Baud-Chardonnet, nouveau quartier qui accueillera 5.000 nouveaux habitants et 2.580 logements d'ici à 2025, s'étendra également un parc de 4,5 hectares dont le coût d'aménagement s'élève à 6 millions d'euros. Imaginé par la paysagiste Jacqueline Osty, ce poumon vert dédié à la détente, aux activités sportives et aux événements culturels, pourra servir de champ d'expansion en cas de crue, peu probable cependant, de la Vilaine. En bordure de fleuve, et à moins de 10 minutes en bus du centre-ville, des plages vertes, couvertes de pelouses, seront aménagées.
Plus à l'Ouest, à la confluence de l'Ille et de la Vilaine, le deuxième projet d'aménagement concerne l'îlot de l'Octroi. Au bout du mail François Mitterrand, face aux jardins de la Confluence, trois immeubles de 135 logements et une place en rive verront le jour en 2020. Certains éléments des façades en hauteur seront illuminés la nuit, pour faire de l'Octroi un nouveau point de repère de Rennes. À terme, les berges accueilleront aussi 1.000 m2 d'activités. L'ancien bâtiment de l'Octroi servira de lieu de résidence à des artistes, et le vieux hangar abritera le café-théâtre Le Bacchus.
Comme un écho au Cap Mail de Jean Nouvel, un immeuble de grand standing bâti en forme de proue de navire sur les bords de la Vilaine et livré en 2015, cet ensemble d'habitats mixte sera mis en oeuvre par l'agence d'architectes MVRDV de Rotterdam. Celle-ci a été retenue pour son projet de bâtiments incurvés et de hauteurs en quinconce intitulé « Ascension paysagère », suite à une consultation inversée mettant en concurrence cinq équipes d'architectes de renommée internationale. L'agence travaillera avec la rennaise ALL et le promoteur Giboire pour un démarrage des opérations fin 2017.
Outre un parti pris architectural différent, la mixité sociale marquera également la singularité du projet établi en bordure du canal Saint-Martin. Le quartier de Plaisance, en face du futur parc urbain des Prairies Saint-Martin, accueillera 200 logements répartis dans de petits collectifs. Couvert de bardage bois et desservi par des venelles, l'ensemble privilégiera la verdure et la durabilité bio-climatique. L'urbaniste Claire Schorter et son cabinet Béal & Blanckaert ont par ailleurs travaillé sur l'idée de « mixité totale ». L'ouverture sur l'eau s'effectuera via les passerelles qui permettront de traverser le canal pour rejoindre le parc urbain, et un cabaret sera construit sur la rive pour une ambiance village de pêcheurs. Le démarrage des travaux est prévu en 2017 pour une livraison deux ans plus tard.
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Pascale Paoli-Lebailly, à Rennes