ULS combine la logistique fluviale et le vélo électrique

Précipitée au cœur d'une polémique sur les réseaux sociaux, parce que ses coursiers à vélo livraient des pavés sur un chantier de construction, le Strasbourgeois ULS défend la complémentarité entre la voie d'eau et le deux-roues dans la logistique urbaine.
Les livreurs strasbourgeois transportent les pavés à l'aide d'un vélo électrique, équipé d'une remorque.
Les livreurs strasbourgeois transportent les pavés à l'aide d'un vélo électrique, équipé d'une remorque. (Crédits : Olivier Mirguet)

Thomas Castan, fondateur d'Urban Logistic Solutions, se serait volontiers passé de cette controverse, lancée le 13 novembre sur les réseaux sociaux. David Belliard, en charge des transports et des mobilités à la mairie de Paris, a provoqué l'étincelle. Dans son message sur Twitter, l'adjoint d'Anne Hidalgo adressait ses encouragements à Jeanne Barseghian, maire écologiste de Strasbourg, dont la ville expérimente depuis neuf mois un système de livraisons combinant le transport fluvial et le vélo électrique. Depuis une semaine, les commentateurs se sont emballés : "esclavagisme", "retour aux temps des pharaons". "Le retour des travaux de force comme un progrès social", a jugé sur Twitter l'une des critiques les plus virulentes tandis que Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef, s'est interrogée : "Mais... ça coûte combien ? Vous payez ces livreurs à vélo combien ? Quelle prime de pénibilité ?"

Les vélos remplacent les camionnettes

Thomas Castan se trouvait en voyage de prospection au Portugal lorsque la polémique a explosé. "Sur les réseaux sociaux, on est dans des postures politiques de récupération, sans aucune connaissance du terrain", juge-t-il. "Ces commentateurs ignorent tout de mon entreprise et de notre organisation". En octobre 2019, Urban Logistic Solutions (ULS) a remporté un appel à projets des collectivités et de Voies navigables de France. Le contrat prévoit l'exploitation, pendant huit ans, d'une plate-forme logistique de 400 mètres carrés située au bord de l'Ill, au cœur de Strasbourg. L'entreprise déploie dans la capitale alsacienne son service de livraison de petits colis, d'approvisionnement des commerces, de transport de boissons et de cartons à recycler. Dans ce secteur historique, la majeure partie des voiries sont interdites aux voitures. La mairie a fortement contraint les accès pour les véhicules utilitaires légers. Les moteurs diesel et les camionnettes seront bientôt interdits pour cause de pollution.

Thomas Castan a élaboré une organisation adaptée à cet environnement : le groupage des colis s'effectue en périphérie, où ULS dispose d'un entrepôt de 20.000 mètres carrés dans le port du Rhin. L'entreprise s'est équipée d'une barge de 112 tonnes, propulsée au gaz liquide, et de sept remorques légères attelées à des vélos électriques. Le pré-acheminement par voie fluviale s'effectue en 25 minutes. La plate-forme du quai des Pêcheurs, point de départ des circuits à vélo, autorise des livraisons en flux tendus.

30 tonnes de pavés pour un chantier de rénovation

En rodage durant le premier confinement, l'activité d'ULS a pris son envol au cours de cet été. Thomas Castan a recruté 14 salariés et trouvé de nouveaux clients : un prestataire de messagerie, un grossiste en boissons, une entreprise de recyclage de cartons et un paysagiste. Ce dernier, qui réalise actuellement un chantier de rénovation dans l'ancienne Manufacture des tabacs, a choisi ULS pour la livraison de 30 tonnes de pavés, dont une partie dès la semaine dernière. "Génial ! Pour la première fois en France, six tonnes de pavés ont été livrées en péniche, depuis le port du Rhin à Strasbourg, puis à vélo cargo pour les derniers mètres. Comme quoi, le vélo, c'est aussi pour le transport de marchandises !" a résumé David Belliard, depuis Paris.

Sur les réseaux sociaux, les réactions enflammées visent autant les politiques de mobilités mises en place par les écologistes que les conditions d'emploi des livreurs, en référence aux prestataires de la "gig economy" privés de contrat de travail. Une double erreur : à Strasbourg, les activités d'ULS n'ont pas bénéficié d'un coup de pouce des verts. L'entreprise s'est lancée sous la municipalité précédente, pilotée par les socialistes. "Nos salariés sont en CDI, à 1400 euros nets par mois sur la base d'un temps plein. Les vélos sont électriques et la manutention s'effectue à l'aide de grues. Où est la pénibilité ?" répond Jean-Sébastien Ohmann, directeur d'exploitation d'ULS à Strasbourg. Les chariots attelés à l'arrière des vélos sont conçus pour emporter "tout ce qui ressemble à une europalette" (120x80 cm). Les sacs de pavés livrés sur le chantier de la Manufacture, à 300 mètres du quai des Pêcheurs, correspondent à des charges unitaires de 180 kilos.

Lancement prévu dans une douzaine de villes

En prévision du développement de sa clientèle, Thomas Castan entend porter ses effectifs à 27 salariés pour un chiffre d'affaires de 5,5 million d'euros en année pleine. L'entreprise, qui dépend pour son exploitation de conventions d'occupation accordées par VNF, souhaite démultiplier ses activités dès 2021 sur deux bases supplémentaires dans l'agglomération de Strasbourg, puis dans une douzaine d'autres villes françaises. "Nous avons besoin d'un accès fluvial et d'un centre-ville plat. On trouve cette configuration dans la plupart de nos agglomérations de plus 120 000 habitants", observe Thomas Castan. Paris et Lyon, mais aussi Nancy ou Metz correspondent à un tel cahier des charges.

Après avoir investi 2 millions d'euros en fonds propres pour se lancer à Strasbourg, l'entrepreneur veut poursuivre son développement en concevant un matériel logistique mieux adapté à son nouveau métier. La filiale ULS Equipement va tenter d'inventer de nouveaux types de remorques, de vélos adaptés au transport de marchandises, de barges à propulsion électrique. La production des vélos pourrait s'effectuer au Portugal. ULS envisage aussi d'avoir recours à un fabricant de véhicules électriques compacts à quatre roues, qui permettraient de livrer en centre-ville des colis plus volumineux.

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Commentaire 1
à écrit le 20/11/2020 à 12:38
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voila les gauchistes haineux! si un patron avait employe des gens a porter des paves en se cassant le dos pour rien alors qu'on a les outils pour preserver les collaborateurs, tous les haineux de gauche auraient deverser leur fiel sur le capitalisme...

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