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La place financière parisienne prend ses quartiers au coeur du Grand Paris

Pascale Besses-Boumard

Publié le 24 avril 2013 à 07:47

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Premier employeur de la région parisienne, la finance attend beaucoup de l'amélioration de la circulation que promettent les futures grandes infrastructures du Grand Paris. Il s'agit de conforter le redéploiement des sites que les grands établissements sont en train de réaliser. Puis de mettre à profit les nouvelles opportunités pour continuer à adapter leur organisation à l'évolution des besoins de leurs clients.

Les métiers de finance évoluent à vitesse grand V. C'est bien la raison pour laquelle les dirigeants des géants du secteur se mobilisent pour tenter de cerner les dernières attentes de leur clientèle et de modeler de nouveaux axes stratégiques de développement, à la lumière des progrès technologiques, mais aussi des contraintes réglementaires et des aléas macroéconomiques. Face à ces défi s, la perspective du Grand Paris apparaît pour la place financière parisienne - premier
employeur actuel de la région dÎle-de-France - comme un précieux allié. BNP Paribas, par exemple, compte près de 40.000 salariés sur l'ensemble de la région, tandis que la Société Générale est, à elle seule, le premier employeur de La Défense avec 20.000 personnes. Selon une des dernières études publiées par la Chambre de commerce et d'industrie de Paris, l'activité financière représentait, fin 2008, 300 000 emplois directs en Ile-de-France (soit l'équivalent à Londres et deux fois moins à Francfort), sans compter les emplois indirects (services juridiques et informatiques, immobiliers...).
La place financière de Paris, au sens strict, représente pour sa part 140.000 emplois, soit un peu moins de la moitié des emplois franciliens du secteur.
Pour les promoteurs du Grand Paris, la finance est donc un précieux allié à plusieurs titres. D'abord parce que le développement du maillage des transports en commun va nécessairement améliorer la qualité de vie de tous ses salariés, en particulier ceux tributaires de lignes de métro ou de RER aujourd'hui déjà largement saturées avec des problèmes d'accès quasi quotidiens. « Lorsque l'on emploie autant de personnes comme nous, on ne peut qu'être impatient de voir le RER Eole prolongé jusqu'à La Défense [et au-delà Mantes-la-Jolie, ndlr], alors qu'il s'arrête aujourd'hui à la gare Saint-Lazare. De même, est-il urgent que l'on puisse disposer d'un accès à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle depuis La Défense », lance Jean-Marc Castaignon, directeur immobilier du groupe Société Générale.
Ces professionnels de la finance vont-ils profiter de ce vaste chantier de la région capitale pour réorganiser leurs implantations et rationaliser leurs effectifs)? En fait, la réflexion actuelle des établissements bancaires porte avant tout sur l'évolution de leur modèle pour les mettre en adéquation avec les nouveaux modes de consommation de leur clientèle.

La proche banlieue de plus en plus plébiscitée

Le modèle classique de banque universelle a vécu, aidé en cela par les dernières réformes réglementaires qui vont indéniablement favoriser une fragmentation des métiers. « Dans ce contexte, on peut s'attendre à de profondes réorganisations au sein des grands groupes bancaires. Le développement de la banque en ligne devant inexorablement aboutir à une réduction des réseaux physiques, même si la relation client sera toujours le maître mot de ces professionnels. Ces réorganisations devraient donc toucher la banque de détail. Par ailleurs, la banque de financement et d'investissement connaît des perspectives bien sombres, des activités entières devraient ainsi être transférées, et c'est surtout en Île-de-France que ces arbitrages devraient avoir lieu », prévoit Christophe Davies, senior manager chez Ailancy, cabinet de conseil en organisation et management dans le domaine bancaire et financier.
La construction du Grand Paris pourrait donc être l'occasion pour les établissements financiers de remettre à plat leur politique immobilière et leurs effectifs sur cette zone. Rationalisation qui ne devrait toutefois pas remettre en question leurs équilibres actuels puisque, si l'on y regarde de plus près, on se rend compte que les mastodontes du secteur ont déjà ou sont en train de réorganiser leur implantations en Île-de-France, notamment dans les communes de proche banlieue. Ainsi, LCL s'est installé à Villejuif, le Crédit Agricole à Montrouge, la Société Générale à La Défense et plus récemment à Val de Fontenay, alors que BNP Paribas s'installe à Pantin, Nanterre et La Villette, après avoir fait de Montreuil son centre mondial de l'informatique.
Si certains arbitrages doivent encore être faits, ils seront marginaux. La Société Générale, quant à elle, regarde surtout du côté de Val de Fontenay, où elle a déjà transféré 5)000 personnes et où elle envisage d'y faire venir 5)500 autres. « Cette zone est particulièrement bien desservie par les transports en commun [gare SNCF, RER A et E, ndlr]. Élément primordial pour envisager tout transfert. D'une manière générale, le projet du Grand Paris est une excellente chose car il va répondre à une nécessité absolue, celle de désengorger une zone saturée à bien des niveaux dont celui de la circulation. Sa réalisation semble toutefois bien lointaine. On parle d'un horizon 2030. Et d'ici là, il faudra avoir trouvé les financements de ce vaste projet. Ce qui, compte tenu de la conjoncture actuelle, laisse pas mal de zones d'ombre. Du coup, il n'est pas possible à l'heure actuelle d'envisager la moindre opération immobilière », estime Jean-Marc Castaignon.
La conjoncture actuelle pourrait elle convaincre certains groupes de revenir sur Paris où certains immeubles se sont libérés)? Même si les difficultés de l'immobilier de bureaux n'épargnent pas la capitale, les établissements bancaires qui emploient de nombreux sala-
riés n'y voient aucun intérêt.
D'abord parce que les prix pratiqués dans Paris intra-muros restent chers par rapport à la périphérie, ensuite parce que même restaurés aux normes actuelles, ils n'offrent pas les mêmes qualités que les bâtiments « verts » particulièrement bien conçus, y compris pour consommer moins d'eau, de papier ou d'énergie, enfin parce qu'ils sont moins grands et ne peuvent pas satisfaire les besoins d'entreprises comme la Générale, LCL ou Crédit Agricole. De fait, ces sociétés ne regardent rien à moins de 10)000 m2. BNP Paribas toutefois vient de restaurer l'un de ses immeubles parisiens, rue Bergère dans le 9e arrondissement, pour y loger toute sa gestion collective. Un contre-exemple qui devrait rester cependant isolé.

Coordonner l'action publique et privée

Les regroupements de la finance en Île-de-France ont donc déjà bien commencé et devraient se poursuivre au rythme de l'extension du maillage des transports en commun. Pour les grandes banques françaises, l'enjeu est de taille puisque la mise en ?uvre du Grand Paris coïncide avec de profondes réflexions stratégiques. De quoi leur permettre d'aborder dans de très bonnes conditions cette mutation. Seul risque : les reports successifs des décisions politiques au gré des changements de majorité. Vu le calendrier des travaux, il ne faut pas compter sur de vraies concrétisations avant une quinzaine d'années. D'ici là, de nombreuses élections auront eu lieu et, avec elles, l'arrivée de nouveaux décideurs qui pourraient être tentés de modifier (avec les retards que cela suppose) ce vaste projet que les Franciliens appellent de leurs v?ux, à commencer par les banlieusards, très dépendants des transports en commun.
C'est pourquoi le monde financier, premier employeur de la région, est très attentif à l'évolution du dossier. Il est impératif pour la finance que ce chantier ne reste pas lettre morte. Tout comme d'ailleurs pour les collectivités locales : l'arrivée sur un site de plusieurs milliers de personnes participe à la revitalisation des quartiers, et relance les commerces et l'activité.
Aujourd'hui, la volonté paraît bien être là, mais le plus dur reste à faire. Et cela prendra du temps. Les grands établissements financiers l'ont bien compris, qui n'ont pas attendu l'aboutissement du projet pour rebâtir leurs implantations. Reste à savoir, si la nouvelle donne les poussera à repenser plus en profondeur leur organisation et à redéployer leurs forces. Les nouvelles et encourageantes opportunités immobilières et fonctionnelles du Grand Paris pourraient bien les y inciter.

Pascale Besses-Boumard

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