Report du Grand Paris Express : à la recherche d'alternatives

Eole, gare Porte Maillot, Grand Paris Express,
DR

Eole, gare Porte Maillot, Grand Paris Express,
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« Je réfute les termes de dérapage et de dérive. » Les propos sont du préfet Yannick Imbert, secrétaire général aux affaires régionales (Sgar) à la préfecture de Paris-Île-de-France, le 22 février à la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) francilienne, pour lequel « la vérité » a primé sur le reste dans le cadre de l'ajournement du Grand Paris Express. Tout en reconnaissant « la responsabilité collective à laquelle l'État n'échappe pas », le préfet persiste et signe sur « les décisions courageuses » du gouvernement et « les difficultés concrètes que [l'État] a rencontrées » comme « les difficultés de mobiliser des ressources humaines en temps et en heure ».
Le haut fonctionnaire reconnaît néanmoins « la déception, voire la colère, » des élus locaux mais, là encore, insiste sur la notion de vérité : « Nous la devions aux entreprises et aux élus. Elle n'était pas cruelle, elle était nécessaire pour avancer. Il fallait considérer que c'était un moment essentiel pour repartir du bon pied. » Yannick Imbert promet également qu'il va « programmer, ligne par ligne, des moyens de transport temporaires pour que la vie quotidienne prenne en compte ce décalage ».
Or, les principaux intéressés, les maires, qui assurent déjà le service avant-vente du métro circulaire tout en écoutant leurs administrés se plaindre du RER ou de l'absence d'infrastructures de transport dignes de l'Île-de-France, ne tiennent pas le même discours que le représentant de l'État.
Sur la ligne 15, si la portion sud allant de Pont-de-Sèvres (Boulogne-Billancourt) à Noisy-Champs (Seine-Saint-Denis) sera bien livrée en 2024, ses parties nord et est ne seront prêtes que dans douze ans. Le député Gilles Carrez, ancien maire (LR) du Perreux-sur-Marne, ne voit pas d'autres solutions que l'existant pour les trajets domicile-travail :
L'appel de la maire de Paris à utiliser le vélo lui reste en travers de la gorge :
D'ici là, le RER E, dit « Eole », complétera le RER A en 2022 entre Saint-Lazare et Nanterre et devrait désengorger cette ligne, qui est la plus fréquentée du réseau francilien. Mais la question des investissements de l'État et de la Région revient toujours sur la table. Le maire (LR) de Nogent-sur-Marne, Jacques J.P. Martin, en est presque las:
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Aussi cet élu plaide-t-il pour l'automatisation intégrale du RER A, comme c'est déjà le cas de 50% des trains entre Vincennes et La Défense :
Il demande aussi des bus sur autoroute urbaine avec des stations à proximité de parkings où les automobilistes laisseraient leur voiture :
Une piste qui se rapproche de celle de Valérie Pécresse, la présidente (LR) de la Région Île-de-France et présidente d'Île-de-France Mobilités, qui souhaiterait que les parkings relais aux frontières de la capitale réduisent de moitié leur prix :
D'après la mairie de Paris, ce sont en effet près de 200.000 Franciliens qui viennent travailler quotidiennement dans la capitale. Depuis, Anne Hidalgo (PS), a annoncé la libération de 1.000 places de stationnement d'ici à septembre 2018, à huit points stratégiques : porte de Bercy (XIIe), porte d'Ivry (XIIIe), porte d'Orléans (XIVe), porte de Maillot (XVIe), porte de Saint-Cloud (XVIe), porte de Champerret (XVIIe), porte de SaintOuen (XVIIe) et porte de Bagnolet (XXe). Valérie Pécresse remarque par ailleurs que, « dans les Hauts-de-Seine et les Yvelines, se pose la question des voies ouvertes au covoiturage sur l'A86, l'A13 ou la N11, par exemple, sur les bandes d'arrêt d'urgence ». Une innovation a priori, mais qui se heurte aux problématiques de coûts et d'accords avec les sociétés concessionnaires d'autoroutes, concède l'intéressée :
Jacques J.P. Martin, également président du Syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour les énergies et les réseaux de communication (Sipperec), a déjà pris les devants en ce sens en s'intéressant notamment à la mobilité autonome : « Les navettes se développeraient sans créer de grosses et nouvelles infrastructures », mais à condition qu'elles émettent zéro émission :
En ce qui concerne la ligne 16, l'axe de Saint-Denis-Pleyel jusqu'à Clichy-Montfermeil sera bien livré en 2024, conformément à l'obtention des Jeux olympiques et à la promesse présidentielle d'Emmanuel Macron de ne laisser personne être « assigné à résidence », tandis que la portion nord-sud, de Clichy-Montfermeil jusqu'à Noisy-Champs, ne sera terminée que dans douze ans. Le maire (LR) de Montfermeil, Xavier Lemoine, se dit bien « embêté » :
D'autant qu'une autoroute devait déjà être construite il y a cinquante ans... Son voisin de Clichy-sous-Bois, Olivier Klein (PS), confirme :
En attendant, il veut « dire la réalité : il n'existe pas beaucoup d'alternatives aujourd'hui », fermant très vite les axes de l'autopartage et du covoiturage :
En revanche, Chelles, qui dispose déjà d'une gare du réseau Eole, se trouve au milieu du gué : au nord, comme au sud, les lignes 15 et 16 seront bien prêtes en 2024, alors que sa gare sera livrée en 2030. Son maire (LR), Brice Rabaste, relativise :
Comme pour la ligne 17, les élus ne décolèrent pas concernant la ligne 18 entre Orly et Versailles-Chantiers. Il se raconte que, lors d'une des dernières réunions d'arbitrage en préfecture, il leur avait été annoncé la date de 2024, avant que 2027 ne soit l'échéance retenue par le gouvernement. Jean-François Vigier, maire (UDI) de Bures-sur-Yvette, redoute la saturation des infrastructures existantes et la fuite des entreprises :
Sur le RER B, qui dessert déjà sa commune, Île-de-France Mobilités a promis de changer les rames en 2025, mais, là encore, l'édile n'en démord pas : « Même en allant le plus rapidement possible et en mettant des rames à deux étages, c'est incompressible. » Et de demander au gouvernement d'améliorer l'état du réseau :
Son collègue (LR) de Palaiseau, Grégoire de Lasteyrie, tient le même discours et écarte la piste, souvent évoquée, d'un téléphérique surplombant le plateau de Saclay :
De même, il se refuse à davantage de bus :
Sur la commune même de Saclay, son maire (SE), Christian Page, estime « urgent » de doubler l'infrastructure de transport collectif en site propre (TSCP) prévue entre le plateau et la communauté d'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, de même qu'il propose de créer un autre TSCP sur la N118. Enfin, comme Vigier et Lasteyrie, l'élu rêve d'améliorations rapides des RER B et C : « Nous serions heureux... ou presque ! »
Nommé le 23 mars dernier, le nouveau président de la Société du Grand Paris, Thierry Dallard, actuel directeur délégué de Meridiam Infrastructure, devra tenir les engagements calendaires tout en veillant à réaliser 10% d'économies. Cet ancien cadre du ministère de l'Équipement et des Transports, grand spécialiste des réseaux routiers et ferroviaires, devrait sans problème s'approprier toute la complexité du « chantier du siècle».
(Pour voir en détail la carte du Grand Paris Express, cliquez sur ce lien ou sur la carte pour la télécharger en pdf dans sa version la plus récente)