La bonne émulsion du fonds « souverain » à la sauce normande

Le fonds d'investissement généraliste créé en 2016 par la Région avec l'objectif de pallier la sous-capitalisation des startups et des PME normandes fête ses trois ans. Bilan et perspectives.

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(Crédits : iStock)

Son anniversaire a été fêté sur le site historique des Lampes Berger à Bourgtheroulde, dans l'Eure, PME dont il est devenu actionnaire minoritaire il y a peu aux côtés d'Argos. Créé en 2016 par la Région, le fonds Normandie Participations vient de passer le cap des trois ans d'existence. « Ce fonds pas comme les autres », comme le revendique sa plaquette promotionnelle reste effectivement une sorte d'Ofni (un objet financier non identifié) dans le paysage hexagonal du capital-investissement.

Seul fonds généraliste de cette taille. - 100 millions d'euros - aux mains d'une collectivité, il se distingue aussi par sa gouvernance, émancipée du politique pour prévenir toute dérive clientéliste. Aucun élu ne siège dans son conseil d'administration, uniquement composé d'une trentaine d'entrepreneurs en activité. Un gage d'indépendance et d'expertise, selon son directeur, François Guisset, pour qui « toutes ces caractéristiques en font un modèle unique ».

Antithèse du fond spéculatif

Sur le plan de la doctrine, il se présente comme « un investisseur patient et un actionnaire bienveillant », sélectif certes, mais cinq fois moins que la moyenne des sociétés de gestion privées. En trois ans, près de 30 millions d'euros ont été investis au capital de quarante PME matures ou de jeunes pousses, moyennant un effet de levier de 150 millions grâce à l'apport d'une trentaine de co-investisseurs.

Les choix sont éclectiques. Parmi les prises de participations, on peut citer Yes We Hack (Rouen), une des rares plateformes européennes de bug bounty ; le fabricant d'accastillage honfleurais Karver ; ou encore le groupe de construction Treuil (Évreux), accompagné lors de l'acquisition du spécialiste caennais des constructions modulaires Legoupil. « Ce qui est recherché, c'est d'abord le développement économique du territoire, par opposition aux fonds spéculatifs », insiste Franck Murray, président de Murata France et du conseil d'administration.

Vers un fonds de prêts participatifs

L'équipe en place ayant donné des gages de « bonne conduite », la boîte à outils financiers se garnit. Un fonds de prêts participatifs de 20 millions d'euros a été créé l'an dernier avec la Banque européenne d'investissement (BEI) et le Crédit Agricole. Le but ? Épauler des PME et ETI, réticentes à ouvrir leur capital, mais rencontrant des difficultés pour obtenir des prêts classiques. Une approche saluée par Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI pour qui « c'est un dispositif très original qui comble un trou dans la raquette ».

Un troisième fonds, celui-là voué au retournement, pourrait voir le jour d'ici à la fin de l'année grâce à l'appui du FFR, le fonds de fonds de retournement, géré par BPI France dans le cadre du Programme des investissements d'avenir. Il faudra pour cela convaincre la Banque publique que le bras armé financier de la Région se montre avisé. Autrement dit, que l'argent du contribuable n'est pas dépensé en pure perte.

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Commentaire 1
à écrit le 06/04/2019 à 10:03
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Pas facile de nager à contre courant de l'obscurantisme financier, courage à vous.

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