La Corse, à l'esprit conquérant

Suite de notre audit des 13 régions avec la Corse. Elle fait de son insularité à la fois son principal avantage et un inconvénient dont elle veut gommer les effets. Terre de tourisme, elle est aussi bien placée en termes d'exportations et encourage la création d'entreprises. Lire aussi la mini-interview de Charles Zuccarelli président du Medef corse, en fin d'article.

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L'île de Beauté est une terre attractive, tout au moins pour le tourisme qui représente quelque 35 millions de nuitées et pas moins de 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit l'équivalent d'un tiers du PIB régional.
L'île de Beauté est une terre attractive, tout au moins pour le tourisme qui représente quelque 35 millions de nuitées et pas moins de 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit l'équivalent d'un tiers du PIB régional. (Crédits : Reuters)

Sauvage « mais au sens noble du terme », comme le souligne le président du Medef Corse, Charles Zuccarelli. Telle est l'île de Beauté, une terre attractive, tout au moins pour le tourisme qui représente quelque 35 millions de nuitées et pas moins de 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit l'équivalent d'un tiers du PIB régional. Pour mettre à profit au maximum cette particularité - son caractère touristique et insulaire - et ses compétences, la région a recours à l'inévitable et incontournable innovation, « facteur de compétitivité », comme le souligne l'Agence de développement économique (Adec, que préside Jean Zuccarelli), notamment dans les activités du nautisme et de la plaisance. Une innovation qui doit permettre l'invention de services inédits à destination du plaisancier et, si possible, permettre l'allongement de la saison touristique. Deux façons de permettre à la Corse de tirer son épingle du jeu face aux autres territoires.

Sauf que - même si le raccourci est tentant - la Corse ne se résume pas au tourisme. Et que l'attractivité passe aussi par des opportunités entrepreneuriales autres. Pour cela, rien de mieux qu'un incubateur qui permette aux jeunes pousses de germer, grandir et devenir des PME solides. C'est le rôle d'Inizià, incubateur effectif depuis 2006, qui compte 40 projets depuis sa naissance tous secteurs confondus, de la biotechnologie aux technologies de l'information et de la communication (TIC), des énergies renouvelables à l'artisanat.

TIC et énergie, symboles du dynamisme de l'île

Les TIC justement, véritables facteurs d'impulsion et d'accélération de la compétitivité pour l'économie corse, bénéficient d'un pôle d'excellence pour elles toutes seules. C@p'ticorse est assez récent, porté sur les fonts baptismaux depuis 2010, mais il est un maillon essentiel du développement économique de la région, tant d'un point de vue de la diversification de celui-ci que de l'attractivité du territoire. D'autant que la cartographie établie il y a cinq ans montrait bien le réel dynamisme des PME de ce secteur, dont seules 5 % reconnaissaient des difficultés quand 47,5 % affirmaient être sur un marché de croissance et 62,5 % envisageaient une évolution de leur stratégie.

Et puis, il y a la collaboration avec Capénergies, pôle de compétitivité consacré aux énergies, qui rayonne en Provence-Alpes-Côte d'Azur, en Guadeloupe, à La Réunion, en Principauté de Monaco et donc en Corse. Une coopération large qui donne une évidente visibilité aux initiatives insulaires, lesquelles regroupent une cinquantaine d'adhérents pour près de 35 projets labellisés depuis dix ans. L'exportation, voilà un autre facteur de bonne santé de l'économie régionale et le dispositif Corsexport, porté par l'Adec, avait décidé dès 2006 d'encourager les entreprises locales à tenter d'accroître leur chiffre d'affaires sur des marchés extérieurs à l'île.

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[ENCADRE 1/3]

L'Île-de-Beauté en chiffres

Population : 323 092 habitants

Taux de chômage : 11 %

64 880 emplois dans le secteur privé

95 % des entreprises sont des TPE

Tourisme : 31 % du PIB en 2014

2,5 millions de touristes dont 25 % d'étrangers

BTP : 10,8 % du PIB

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[ENCADRE 2/3]

Pour "une attitude constructive"

Différente des autres territoires régionaux par son insularité, la Corse n'est pas préservée du chômage et des effets de la crise. Des sujets qui inquiètent les chefs d'entreprise et le premier d'entre eux, le président du Medef régional, Charles Zuccarelli, qui plaide pour une « attitude constructive » de la part de la Collectivité territoriale de Corse, l'organe exécutif régional, exhorté à créer les conditions d'une meilleure compétitivité et d'un écosystème bien structuré, le tout dans un contexte de « sobriété en matière de dépenses publiques ». Car ici, la fiscalité locale a fait un bond de 24 % quand cette même évolution n'est « que » de 11 % au niveau national. De quoi ralentir la bonne dynamique enclenchée et les efforts fournis pour stimuler le développement des entreprises insulaires. C'est ce qu'en physique on appelle les effets contraires. Alors que la demande des acteurs économiques est claire : seules la coopération et la mutualisation des efforts permettront de faire émerger la région dans le concert national. En sport, cela se nomme l'esprit d'équipe. (L. B.)

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[ENCADRE 3/3]

"L'insularité ne doit plus être un handicap"

Entretien avec Charles Zuccarelli, prédisent du Medef corse.
Propos recueillis par L. B.

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LA TRIBUNE - Quelles sont les forces de la région et ses faiblesses ?

CHARLES ZUCCARELLI - Nous bénéficions d'un tissu économique vif et d'une capacité des entrepreneurs à réagir en fonction du contexte. Nous avons des filières comme la plaisance et le nautisme, les produits régionaux, la gastronomie. Nous avons aussi des pépites comme Corse Composites Aéronautiques, spécialiste du développement des pièces complexes en matériaux composites pour l'aéronautique, ou encore la bière Pietra, à base de châtaigne de Corse, qui exporte 50 % de sa production. Notre spécificité, c'est l'insularité, c'est aussi ce côté naturel, cet environnement préservé qui sont une force, notamment pour ce qui concerne le tourisme. Mais notre faiblesse, c'est aussi l'insularité...

Quels sont les secteurs sur lesquels les efforts doivent porter ?

Il existe des priorités en matière de développement économique et d'emploi. Par exemple, nous sommes à l'ère du numérique et certaines zones d'activités n'ont même pas la fibre optique. En matière touristique, l'investissement a pour l'heure été essentiellement privé. Il faut améliorer les dessertes à l'international de nos aéroports. Faire de la Corse une île branchée, développer les énergies renouvelables, les transports et les infrastructures pour que l'insularité ne soit plus un handicap. Il est également essentiel d'accompagner la structuration des filières d'excellence et relever l'un des défis de la Corse : la transmission des entreprises.

Comment imaginez-vous la région à l'horizon 2030 ?

J'imagine la Corse comme une région dans le mouvement, pôle d'excellence dans le numérique et les nouvelles technologies, avec un tourisme qui sache conserver l'aspect écologique de l'île. Une région où notre géographie est la source et la base de développement des énergies renouvelables.

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