Martin Malvy : « La bonne santé du secteur aéronautique est un atout pour la France »

 |   |  931  mots
Martin Malvy, président du Conseil régional Midi-Pyrénées © Rémi Benoit
Martin Malvy, président du Conseil régional Midi-Pyrénées © Rémi Benoit (Crédits : Rémi Benoît Objectif News)
À l'occasion du salon Aeromart 2012 de Toulouse (du 4 au 6 décembre), qui se tient en alternance avec le salon du Bourget, le président du Conseil régional de Midi-Pyrénées Martin Malvy évoque l'importance de l'aéronautique dans l'économie française. Il revient sur le déménagement prévu du siège d'EADS à Toulouse et donne sa vision du rôle des régions dans l'organisation de la future BPI.

Quels sont les enjeux d'Aeromart pour une région largement dépendante de l'aéronautique ?
Aeromart est le premier carrefour mondial de l'aéronautique, la rencontre la plus importante au monde entre acteurs de l'industrie aéronautique. Cela donne sa véritable dimension à l'événement et donne également à Toulouse et Midi-Pyrénées leur véritable place dans l'économie française. La région est en effet la 3e de France en termes d'exportation et la 1re au niveau du solde commercial, grâce notamment à l'aéronautique. Aeromart, qui est né à Toulouse, revient dans la Ville rose tous les deux ans, et ce salon est plus important que l'Aerospace&Defense Supplier Summit de Seattle. Cela illustre bien la place et l'image de Toulouse et de la région dans le domaine de l'aéronautique à l'échelon mondial. Par l'intérêt qu'il procure, c'est une véritable vitrine pour l'industrie aéronautique française, mais aussi pour les laboratoires, la recherche et les lieux de formation de la région.


Pourquoi les entreprises sont-elles présentes sur ce salon?
15 000 rendez-vous d'affaires vont avoir lieu cette année, ce qui est assez considérable. 45 pays sont présents, avec le Japon, mis à l'honneur lors de cette édition, et qui n'avait pas participé à Aeromart jusqu'à présent. Nous soutenons 70 entreprises de Midi-Pyrénées sur ce salon. Dans le contexte actuel de crise économique et de révolution technologique, Aeromart prend encore davantage d'importance. Il y a les contrats qui se nouent aujourd'hui mais les laboratoires travaillent sur l'avion de demain. L'A350 va sortir mais il va falloir réfléchir à la nouvelle génération. La bonne santé du secteur est un atout pour la France car c'est un secteur porteur qui, sauf immense crise mondiale, est ouvert pour un certain nombre d'années.


Quels sont alors les sujets de préoccupation de l'aéronautique ?
Il faut que nos sous-traitants travaillent plus avec d'autres constructeurs, d'où l'importance de faire passer nos PME au stade d'ETI. Il faut également accompagner la recherche et rapprocher recherche et industrie. Les acteurs de l'aéronautique doivent faire face aux évolutions énergétiques et environnementales et à la concurrence mondiale. Aujourd'hui, on n'a pas le droit de s'endormir sur nos acquis. Il faut toujours innover. La montée en puissance de nouveaux constructeurs, et notamment de la Chine, ne doit pas être négligée. Récemment, la Chine a fait voler ses nouveaux avions militaires. Elle produira assez rapidement l'équivalent de notre A320. S'imaginer qu'ils vont s'arrêter là, que dans 15 ou 20 ans ils ne seront pas devenus des compétiteurs, ce serait commettre une énorme erreur. S'imaginer que, parce que nous sommes des pays occidentaux, nous n'allons pas voler dans des avions chinois, ce serait une faute. Par ailleurs, les Chinois, quand ils vont être en capacité de produire, vont saturer leur marché et en fermeront leurs portes à nos avionneurs. Comme ils ont une emprise forte sur un certain nombre de pays, en Afrique notamment, ils vont investir sur ces marchés-là avant de venir sur les marchés européens. C'est là que les salons comme Aeromart, qui permettent de rapprocher donneurs d'ordres, PME et laboratoires, prend toute sa valeur. Il s'insère dans un ensemble de dispositif, avec le pôle de compétitivité Aerospace Valley, qui doit maintenir cette région au plus haut niveau de l'aéronautique mondiale

.
Le changement du capital d'EADS peut-il remettre en cause l'installation du siège social à Toulouse ?
Je ne crois pas. C'est une maison qui lorsqu'elle fait des choix, les assume jusqu'au bout. Les décisions que prennent Airbus et Tom Enders pour EADS, ne sont pas prises sans être la conclusion d'un long raisonnement. Je ne crois pas que les évolutions qui vont arriver auront des conséquences. Ces décisions font partie d'un plan stratégique à long terme. Nous ne sommes plus dans l'équilibre de départ, qui voulait que chaque pays ait un pourcentage donné. C'est une histoire ancienne. Aujourd'hui, Airbus et EADS sont dans une véritable compétition où il faut être les meilleurs. Ils recherchent l'organisation optimum. Si celle-là passe par le transfert de la direction sur Toulouse, il se fera.


Lors de sa visite à Toulouse, le futur président de la Banque publique d'investissement (BPI), Jean-Pierre Jouyet, avait insisté sur l'importance du rôle des Régions. Quel sera exactement ce rôle ?

Le débat ne fait que s'ouvrir au niveau du Parlement. Mais ce qui nous paraît indispensable, c'est que la Banque soit régionalisée et cela ne semble pas être remis en cause. Deuxièmement, nous souhaitons qu'un pourcentage important des décisions soient prises au niveau régional. Le président François Hollande a rappelé il y a quelques jours que 90 % des décisions seraient prises régionalement. Après cela, se pose la question de la place des Régions. Les présidents de Région ne prétendent pas être des banquiers. Mais au niveau des orientations de la Banque, des comités d'engagement, elles ont un rôle à jouer pour être dans le tour de table. Aujourd'hui, nous parlons de plateforme. En fait, il s'agit de développer un pool rassemblant nos propres instruments financiers (Irdi, Midi-Pyrénées Croissance, etc.), les autres acteurs du financement (les banques) et les collectivités territoriales qui participent au financement de l'entreprise. Tout ça dans le but d'avoir plus de rapidité, et plus d'efficacité sur les 3 axes de la BPI : prêt à l'investissement, fonds propres et garanties.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 06/12/2012 à 16:11 :
C'est surtout Toulouse qui en profite, et encore, uniquement ceux qui bossent dans le secteur, mais pas les cités de chômeurs de Toulouse.
a écrit le 06/12/2012 à 15:30 :
Vu l'euphorie qui règne dans le secteur Aéronautique depuis quelques années, ne serait il pas temps pour nos politiques d'anticiper et de préparer des temps eventuellement plus dur qui ne manqueront pas d'arriver ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :