Humanicité, un beau projet lillois à la peine

Geneviève Hermann, à Lille

Geneviève Hermann, à Lille
Sur le chemin d'une coulée verte entourée d'immeubles neufs, un jeune homme promène son chien en saluant les passants. Sur une route avoisinante, un automobiliste roule au ralenti derrière une personne qui se déplace en fauteuil roulant. Un peu plus loin, une maman et son bébé entrent dans une crèche, deux personnes âgées sortent d'un Ehpad et une jeune élève infirmière se dirige vers son école. La vie de l'écoquartier Humanicité commence à ressembler au rêve qu'en avait Thérèse Le Brun dans les années 1980.
Chercheur de l'Inserm spécialiste de l'économie de la santé, elle dirigeait alors le Cresge (Centre de recherche économique, sociologique et de gestion) au sein de « La Catho », l'Université Catholique de Lille.
Avec Jean-Claude Failly, un collègue chercheur qui lui succédera à la direction du Cresge, et Michel Falise alors recteur de La Catho, elle propose la création d'un nouveau « quartier de vie et de ville » où l'espace public serait vecteur de lien social. Le projet se monte sans commande publique, en partenariat avec Lille Métropole, la commune de Lomme et celle de Capinghem. L'université va jusqu'à tenir le rôle d'aménageur pour accélérer le processus. Ce n'est pas son métier, mais le temps presse. Humanicité veut accueillir des établissements de santé. Pour chacun d'entre eux, il faut au préalable obtenir l'autorisation de l'Agence régionale de la santé et démarrer les travaux dans les trois ans qui suivent. Sinon les autorisations deviennent caduques.
Elle est alors recteur de La Catho. Situé au pied du métro Saint-Philibert, à quelques mètres du centre commercial Carrefour et de Kinépolis Lomme, le plus grand complexe cinématographique de Lille, l'écoquartier Humanicité voit ses premiers habitants arriver en janvier 2013. Il y en a un millier aujourd'hui. Ils seront plus de 2.000 d'ici à la fin 2016. De quoi attirer les commerces de proximité. Déjà plus de 1.200 personnes y travaillent et 600 étudiants s'y forment aux métiers de la santé. Il y a un Ehpad, un foyer d'accueil médicalisé, une maison de soins palliatifs, un service d'accompagnement d'adultes handicapées, un institut médico-éducatif pour enfants et un foyer d'accueil de personnes souffrant de traumatismes crâniens.
Un réseau de chauffage urbain alimenté par une chaudière biomasse alimente tout le site. Lieu d'échanges, les Ateliers Humanicité réunissent les personnes qui habitent sur le site et celles qui y travaillent pour qu'ensemble elles améliorent leur cadre de vie.
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Cet outil donne à Humanicité une dimension de living lab grâce auquel des services innovants pourront être mis en oeuvre en matière de transports, de chauffage, de sécurité, et pourquoi pas d'échanges intergénérationnels.
Lieu de formation dédié aux métiers de l'environnement, ce campus est situé à deux pas d'Humanicité. Ouvert en 2011 par Veolia avant la reprise par EDF des activités du groupe Dalkia en France, il forme plus de 4.000 personnes par an aux métiers de la gestion de l'énergie, de l'eau, des déchets et des transports.
Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais ce n'est pas l'avis de Christian Mathon, maire de Capinghem.
Un projet de voie douce d'environ un kilomètre pour piétons et vélos est à l'étude. L'école ne serait plus qu'à dix minutes de marche. Les parents n'auraient plus à prendre leur voiture et à faire un détour de plusieurs kilomètres pour y déposer leurs enfants.
Élu pour mettre un frein à la densification urbaine prévue par Lille Métropole sur le site de Tournebride, au coeur duquel s'inscrit Humanicité, le maire de Capinghem dénonce le manque de mixité sociale de ce nouveau quartier.
En septembre 2013, les premiers logements en accession à la propriété privée ont été inaugurés. Mais les propriétaires n'y vivent pas. Ils se sont empressés de les louer. Ceux des appartements à livrer à la fin 2016 sur le dernier îlot en construction feront sans doute de même, sachant que ces logements s'inscrivent dans le cadre de la loi de défiscalisation Pinel.
La Catho rêvait de construire un quartier de mixité et d'innovation sociales. La mixité sociale des personnes qui y habitent n'est malheureusement pas au rendez-vous. Les personnes à haut revenu boudent ce nouveau quartier. L'obligation de densification des zones urbaines y serait-elle pour quelque chose ?
Geneviève Hermann, à Lille
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