Le nouveau directeur général d'Entreprises & Cités affiche les ambitions du plus grand campus patronal de France
Gaëtane Deljurie, à Lille
Gaëtane Deljurie, à Lille
La passation va durer quatre mois. Quatre mois pour que Marc Verly, entré à la Maison des professions en 1976 et faisant valoir ses droits à la retraite à 66 ans, transmette l'essentiel des enjeux et des rouages d'E&C à un énarque de 49 ans, Olivier Pagezy. Le recrutement du nouveau directeur général arrive à point nommé avec le changement de statut d'E&C, transformée en fin d'année dernière en un fonds de dotation au service de « l'excellence territoriale et de la recherche disruptive ».
Quand Pascal Boulanger évoque les deux monuments, il fait référence à Jean-Pierre Guillon, qui a longtemps cumulé les présidences d'E&C et du MEDEF régional et Marc Verly, une éminence grise aidant les entreprises au sein de l'IRD, un réseau d'entrepreneurs investisseurs évoluant dans la sphère d'E&C.
On peut imaginer que les débats ont été nourris (et les candidatures nombreuses), mais les recruteurs sont tombés d'accord sur le profil d'Olivier Pagezy, débauché de Siparex, un fonds de capital investissement indépendant basé à Lyon où il gérait un portefeuille de 650 millions d'euros. L'énarque diplômé de Sciences Po Paris, inspecteur des finances, affichait déjà avant un brillant CV. Ancien directeur général devenu gérant associé du cabinet-conseil Ricol Lasteyrie Corporate Finance, il avait occupé des postes importants comme secrétaire général au sein de l'entreprise de communication Cégetel en 2001. Dans la haute fonction publique, il a été directeur financier du commissariat à l'énergie atomique en 2003, mais aussi directeur de cabinet, en 2010, de la ministre des Universités Valérie Pécresse (il a également travaillé dans les cabinets de Jacques Barrot au ministère du Travail ou d'Hervé Gaymard au secrétariat d'État à la santé).
Un parcours à la fois privé et politique de haute volée qui colle aux ambitions actuelles d'E&C : se structurer efficacement pour se développer et devenir un pôle d'influence encore plus incontournable dans la région.
En filigrane, on comprend que l'objectif de la création du fonds de dotation était de « sécuriser l'outil », mais aussi d'empêcher l'appropriation de cette confédération de structures patronales par un seul homme ou un seul réseau comme le MEDEF.
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Avec ce fonds de dotation « non consumptif », seuls les résultats peuvent être distribués : impossible de toucher aux actifs. Autre aspect plus pratique de l'opération, le fonds de dotation permet de défiscaliser les bénéfices d'E&C puisqu'ils sont mis au service de l'intérêt général. « Le Fonds de dotation E&C se positionnera en défenseur des savoir-faire régionaux, voire en instrument anti-OPA, en soutenant la compétitivité de nos entreprises », avait résumé le communiqué officiel. « Nous assumons le choix d'aider les meilleurs à être encore meilleurs », ajoute Pascal Boulanger.
Les quinze administrateurs de ce fonds de dotation font partie des personnalités économiques régionales : Hervé Allard (Trenois-Decamps), Pascal Boulanger (Groupe Boulanger spécialisé dans la propreté, immobilier et depuis peu la restauration haut de gamme), Eugène Deleplanque (Dickson-Constant), Philippe Descamps (Alliances Emploi/ex-RH Monde de Renault), Luc Doublet (Doublet SAS/ président de la Chambre de commerce et d'industrie de Lille Métropole), Jean-Pierre Guillon (Resalliance et IRD), Arnaud Lefort (Indelec/ président MEDEF Grand Lille), Jean-Pierre Letartre (EY/président du comité Grand Lille), Gérard Meauxsoone (Café Meo), Frédéric Motte (Medef Hauts de France et Lille Métropole, Cèdres Industries), Arnaud Mulliez (ex- Auchan France, fils de Gérard Mulliez, fondateur d'Auchan), Jean-Christophe Minot (président de l'aéroport de Lille Lesquin, PDG de Minot Recyclage Textile), Olivier Verley (Theolaur Peintures), Marc Verly (IRD et futur ex-directeur général d'E&C ), Jean-Luc Soufflet (co-fondateur d'ÏDKids), Jean-Pierre Sterneim (Rabot-Dutilleul/ MEDEF Lille Métropole).
Un comité de trois sages (Marc Verly, Eugène Deleplanque et Patrice Abelé, chef d'entreprise du Réseau Entreprendre Nord) a même été créé pour veiller au respect des principes fondateurs d'E&C, en restant hors des clous du politique, du religieux ou du syndical. Jusqu'à un comité d'éthique et même d'investissement avec Éric Cotte du CIC Nord-Ouest et l'expert-comptable Alexandre Herbeau (Axis).
Olivier Pagezy sera-t-il à la hauteur pour cerner tous les enjeux et ménager les susceptibilités de ces grands chefs d'entreprises ? La nouvelle recrue va dans un premier temps devoir appréhender cette structure unique en France qu'est E&C. Né en 2000 à l'initiative du syndicat patronal MEDEF Lille Métropole et de l'ex-Maison des professions proposant des services aux entreprises (elle-même née d'un Groupement patronal interprofessionnel datant de 1933 et à l'origine de nombreuses innovations sociales), E&C, c'est à la fois un groupement d'employeurs Alliance Emploi (1.300 salariés), un groupe de capital-développement IRD comptant plusieurs fonds d'investissement (320 millions d'euros de haut de bilan, 60 salariés), un bailleur social Vilogia (avec 65.000 logements gérés et 1.200 collaborateurs) et une Cité des échanges, centre névralgique de toutes les réunions de patrons en métropole. Sans oublier la dizaine de réseaux d'entrepreneurs, dont le Clubs Gagnants, le Comité Grand Lille ou le World Forum Lille. À la tête de cet empire, Marc Verly était devenu la pierre angulaire des affaires dans la région. Le compte à rebours a commencé : Olivier Pagezy a quatre mois pour relever le défi.
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