Rev3 ou cinq ans d'une démarche inédite en matière d'innovations

Depuis le lancement du « master plan » de Jeremy Rifkin pour mener une transformation de l'ancien territoire minier et industriel, les initiatives se sont multipliées.
Philippe Vasseur a effectué en 2016 une mission expérimentale de 18 mois sur la revitalisation et la réindustrialisation des Hauts-de-France.
Philippe Vasseur a effectué en 2016 une mission expérimentale de 18 mois sur la revitalisation et la réindustrialisation des Hauts-de-France. (Crédits : Antoine Repesse)

En octobre 2013, la région des Hauts-de-France écoutait avec circonspection les propos de Jeremy Rifkin sur la troisième révolution industrielle. Mais qu'est-ce que ce prospectiviste américain venait-il faire dans le Nord-Pas-de-Calais ? Appelé à la rescousse par Daniel Percheron, le précédent président de région, et Philippe Vasseur, alors président de la CCI régionale, le chantre de l'économie verte lançait un master plan pour faire de cet ancien territoire minier et industriel un laboratoire de la transition énergétique.

L'objectif de l'époque ? « Manifester notre volonté collective : réunir élus, chefs d'entreprises et monde académique, qui n'étaient pas forcément du même bord politique, était inédit », rappelle l'ancien ministre de l'Agriculture (1995-1997), qui a effectué en 2016 une mission expérimentale de 18 mois sur la revitalisation et la réindustrialisation des Hauts-de-France.

Une démarche unique en France

Cinq ans après le lancement de ce mouvement de troisième révolution industrielle, il s'est mué en Rev3, repris dans le programme du nouveau président de région, Xavier Bertrand. La démarche est unique en France.

« Rev3 avec le R de robotique mais aussi l'intelligence artificielle et le numérique ; le E de énergie qui regroupe également l'environnement ; le V de vivant », décode Philippe Vasseur.

Rev3 comptabilise plus 800 projets accompagnés. « Certains auraient pu se faire sans nous, d'autres ont été faits avec nous, nous avons été à l'origine de certaines actions », tempère Philippe Vasseur.

Pour lui, l'une des réussites est la création d'une filière régionale autour du biométhane, à travers le cluster Méthania qui réunit des acteurs de la chambre d'agriculture au monde industriel. La région ambitionne d'être la première d'Europe pour le biogaz injecté. Un collectif se monte actuellement sur le solaire, un autre sur les réseaux électriques intelligents.

D'autres thématiques ont été relancées en 2018. Comme le projet d'autoroute A1 connectée pour recharger les véhicules électriques ; la création d'une filière hydrogène permettant de stocker les énergies renouvelables afin de remplacer les rames de TER ; le développement de l'Internet de la logistique.

Rev3 a mis en place un certain nombre d'outils, comme un accompagnement à la création via des accélérateurs et une aide avec le Fonds Cap 3RI (ticket d'investissement de 1 à 3 millions d'euros, assistance technique à hauteur de 100.000 euros). Le groupe Airflux, spécialiste de l'air comprimé, a ainsi pu racheter l'entreprise lilloise Chaumeca, spécialiste de l'épuration de gaz brut et de la méthanisation.

Cap 3RI a également investi dans Gazonor, afin de produire de l'énergie à partir de gaz de mine ; dans Astradec, acteur de la collecte et du traitement des déchets ou encore Drekan, qui prévoit l'installation d'un technocentre consacré au reconditionnement d'éoliennes. L'ingénierie et les réseaux de Rev3 sont souvent d'une aide précieuse pour faire évoluer la réglementation, pas toujours adaptée à l'innovation.

Des territoires démonstrateurs

Du côté des collectivités, Rev3 a structuré un réseau de territoires démonstrateurs : l'agglomération du Saint-Quentinois avec la smart agri et un réseau contre le gaspillage, Tourcoing avec son projet de pôle d'excellence sur l'éco-innovation, l'union des communautés de communes de l'Aisne et son projet de ferme photovoltaïque, etc. « Le réseau va permettre que, si un territoire possède une expertise précise, il puisse en faire profiter un autre », résume Philippe Vasseur.

Impossible de prédire si, d'ici à 2050, la région aura réduit ses consommations de 60% mais elle a indéniablement pris une longueur d'avance. Et Philippe Vasseur de conclure :

« Cette volonté collective repose sur ce que j'appelle le consensus relatif : vous ne pouvez pas vous mettre d'accord sur tout, [...] concentrons-nous sur les choses qui peuvent nous rassembler ».

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