Angers à fond vers la "smart city"

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Angers a accueilli en octobre 2017 le World Electronic Forum, rappelle volontiers le maire, Christophe Béchu (à droite avec le youtuber Amixen).
Angers a accueilli en octobre 2017 le World Electronic Forum, rappelle volontiers le maire, Christophe Béchu (à droite avec le youtuber Amixen). (Crédits : Reuters)
Président de la communauté urbaine, Christophe Béchu est venu comme chaque année prendre le pouls des nouvelles technologies au CES de Las Vegas, où La Tribune l'a rencontré.

Puisque, selon lui, la smart city n'existe encore réellement nulle part, c'est au CES que le jeune et dynamique maire (depuis 2014) d'Angers, préfecture du Maine-et-Loire de 150.000 habitants, vient chercher l'inspiration. D'ailleurs, c'est dans la foulée de sa dernière visite, en janvier 2018, que Christophe Béchu a décidé de se lancer bille en tête dans l'aventure. « Devant la quantité de solutions technologiques parvenues à maturité, nous avons pensé que le moment était venu d'entamer une démarche globale de territoire. »

Convaincu que les projets de smart city seront un élément clé des prochaines élections municipales, en 2020, il est bien décidé à prendre de l'avance, afin d'être en mesure à cette échéance de montrer de premières réalisations. Christophe Béchu se lance dans l'aventure, fort du soutien des 28 autres maires de la communauté urbaine Angers Loire Métropole, qu'il préside, un territoire de 300.000 âmes.

Bien sûr, comme à peu près partout, il y existe déjà de nombreuses briques de ce qui rend un territoire durable : du photovoltaïque (notamment une centrale de 10 hectares à La Petite Vicomté) ; des bennes à collecte de déchets équipées d'écran ; une optimisation grâce à des capteurs, des flux de poids lourds intervenant sur le chantier de la patinoire ; des bus géolocalisés ; le contrôle du stationnement minute à la gare ; des lampadaires intelligents dans le jardin du Mail ; des détecteurs de fuites d'eau ; une analyse détaillée des usages électriques de l'hôtel de ville...

Une étude comparative avec Lyon, Bordeaux, Toulouse ou Nantes a permis de mettre en exergue certains points sur lesquels Angers est particulièrement compétitive, tout particulièrement ce qui ressort de l'environnement (surfaces d'espaces verts, production de biogaz...) et de la participation citoyenne (budget participatif, conseils de quartiers, etc.)

Fief de l'électronique depuis les années 1950

Mais l'ambition de Christophe Béchu est tout autre. « Il s'agit d'intégrer toutes ces briques à l'échelle du territoire, en faisant passer à l'échelle les expérimentations concluantes et en croisant les thématiques. » Comme le rappelle le président de la communauté de communes, ce territoire possède d'ores et déjà de solides atouts, notamment grâce à son passé de fief de l'électronique qui remonte aux années 1950.

Choisie par Arnaud Montebourg dans le cadre de la Nouvelle France industrielle, Angers a inauguré en 2015 la Cité de l'objet connecté. « C'est l'un des seuls incubateurs doté d'une unité de prototypage », souligne Christophe Béchu.

Au-delà de cette vitrine, l'héritage de ce passé a marqué le territoire en profondeur.

« Quand nous sommes arrivés aux affaires en 2014, le territoire comptait 900 entreprises spécialisées dans l'électronique, employant 8.000 salariés », se rappelle-t-il.

Parmi celles-ci, quelques stars de la filière telles que Lacroix Electronics, premier électronicien à avoir obtenu le label "Vitrine Industrie du Futur" pour son site industriel de Montrevault-sur-Evre, Neolane ou encore AllCircuits, spécialisé dans l'assemblage de cartes électroniques automobiles. Un dynamisme couronné par un coup de maître : l'accueil en octobre 2017 du World Electronic Forum, « dont ce n'était que la deuxième édition en Europe en 22 ans », se réjouit Christophe Béchu.

S'il évoque l'expérience de Dijon, qui en septembre 2017 a attribué son projet de ville durable à un consortium d'entreprises (le groupe Bouygues allié à la filiale d'EDF Citelum, ainsi qu'à Suez et CapGemini), c'est pour mieux souligner la différence de méthode.

« Nous cherchons un seul et unique prestataire, capable d'intégrer toutes les solutions et de s'engager sur de substantielles économies de fonctionnement. »

Les entreprises qui s'engageront derrière ce chef de file trouveront des dizaines de kilomètres de fibre optique et un réseau de caméras neuves, précise encore le maire.

Accompagné dans sa démarche par le cabinet Wavestone chargé dans un premier temps d'établir un diagnostic, Christophe Béchu n'est pas peu fier d'être parvenu à convaincre les 28 autres maires de la communauté de communes et les 101 conseillers qui occupent toute la largeur ou presque du spectre politique et représentent des collectivités comptant de 150.000 à 150.000 habitants.

« Le projet a été voté à l'unanimité le 10 décembre », se réjouit-il. Il porte sur un dialogue compétitif pour un marché global de performances, dont les investissements doivent être amortis dans la durée grâce aux économies de fonctionnement générées. L'enveloppe prévue s'établira entre 100 et 150 millions d'euros sur douze ans. Le lauréat - forcément un grand groupe comme Bouygues, Vinci, Suez, Engie, EDF, Orange ou Veolia devra s'engager à mettre à disposition les technologies les plus récentes.

Énorme enjeu de gouvernance

« Il faut d'abord construire un socle de territoire intelligent (une plateforme de monitoring) et des infrastructures, puis définir des usages intelligents, grâce à des capteurs, des data, des centres d'hypervision... décrit Christophe Béchu. Nous allons encourager les initiatives d'entreprises innovantes qui viendront se plugger et tester leurs solutions dans un environnement technologique mature. Tous les groupes sont à la recherche d'un territoire » veut-il croire.

Une consultation citoyenne sera lancée dans un deuxième temps afin de préciser les services souhaités par les habitants.

Entre autres solutions envisageables : des Led et des détecteurs de présence pour les 4.800 candélabres ; des panneaux de limitation de vitesse intelligents ; des conteneurs enterrés et connectés pour optimiser les tournées de collecte de déchets ; des bâtiments publics équipés de thermostats ; un système de stationnement intelligent indiquant les places disponibles... « La ville conservera la propriété des données, qui ne seront pas commercialisées », tient par ailleurs à souligner le président de la communauté urbaine.

Prévoyant cinq à six centres de supervision, il souligne l'importance de l'interopérabilité. Convaincu que le projet apportera de la valeur ajoutée, fera baisser les coûts et améliorera le bienêtre, il reconnaît que l'enjeu de gouvernance est énorme. « Ce sera aussi très positif pour le pays, qui deviendra un laboratoire et une vitrine du territoire intelligent à la française. » Christophe Béchu espère bien attirer les équipes de R&D des spécialistes de la ville intelligente.

Le vote de décembre dernier a donné le coup d'envoi d'un calendrier très serré : pour attribuer le marché en septembre prochain comme prévu, une première sélection des candidats qui participeront à un dialogue compétitif de mai à juillet sera désignée en janvier. « Cela nous donnera une longueur d'avance, en termes de rayonnement et de légitimité, d'autant plus confortable que les municipales de 2020 vont provoquer un tunnel jusqu'en 2021 au moins », conclut Christophe Béchu, qui présidera personnellement le jury.

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Commentaires
a écrit le 05/02/2019 à 16:46 :
Merci pour cet article ! Attention toutefois, il s'agit d' EOLANE et non Neolane... :-)
a écrit le 29/01/2019 à 11:54 :
La ville d'Angers est un cas unique en son genre, un taux relativement élevé de chômage qui ne correspond pas à la réalité, c'est une région de bocage et un habitat diffus, il y a plus de gens qui y travaillent qu'il n'y a d'habitants, un taux particulièrement élevé d'ingénieurs, liés aux nouvelles technologies, sans le mauvais vouloir des gouvernements de l'époque, la ville serait un 2 ème silicon vallée, sont restés quand même de bonnes bases, lycées d'état et privés, universités idem, école arts et métiers, l'inra qui est de niveau mondial, Bull survit encore avec ses calculateurs, le destin de la ville à long terme est de devenir la capitale régionale des Pays de la Loire,d'ou la nécessité d'agrandir l'aérodrôme René Gasnier.

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