Covid-19 : la biotech nantaise Ose Immunotherapeutics sur la piste d’un vaccin préventif

 |  | 1050 mots
Lecture 5 min.
Pour Ose Immunotherapeutics, la stratégie vaccinale passe par les lymphocytes T.
Pour Ose Immunotherapeutics, la stratégie vaccinale passe par les lymphocytes T. (Crédits : Ose Immunotherapeutics)
Ose Immunotherapeutics annonce le lancement un programme de vaccin pouvant prévenir l'apparition, la propagation ou l'aggravation du Covid-19. Inspirés par des résultats prometteurs sur le traitement du cancer du poumon, les immunologistes de la biotech nantaise misent sur les lymphocytes T, efficace sur les tumeurs, plutôt que sur les anticorps, habituellement ciblés par les épidémiologiques. Cette stratégie pourrait conduire à la création d’un vaccin contre tous les coronavirus, et s’il est toléré, de mener des campagnes de vaccination mondiales, comme pour la grippe.

C'est une question de stratégie. Alors que 90% des programmes de recherche engagés dans le monde pour lutter contre le Covid-19 portent sur les anticorps pour stimuler le système immunitaire, la biotech nantaise Ose Immunotherapeutics mise sur les lymphocytes T. « Couramment, face à ce type de virus, les épidémiologistes pensent anticorps. Ça marche.... Parfois, ça ne marche pas. Notamment sur les virus respiratoires où, pire, ils peuvent aggraver la maladie. Ce fût le cas sur le SARS CoV en 2003 lors des essais menés sur l'homme et l'animal. C'est pourquoi nous n'avons pas de vaccins aujourd'hui. C'est ce qui m'a alerté il y a un mois et demi. Nous devions essayer quelque chose de différent. Parce que si la maladie continue de s'aggraver malgré le développement d'anticorps, on sera content d'avoir une alternative », explique Nicolas Poirier, directeur scientifique d'Ose Immunotherapeutics, société nantaise de biotechnologie de quarante personnes, spécialisée dans les immunothérapies innovantes en oncologie, cotée depuis 2015 sur le marché Euronext.

Constitué en grande partie d'immunologistes issus de la transplantation, l'équipe de la biotech nantaise fonctionne avec un logiciel différent des épidémiologistes. « Si l'on ignore, aujourd'hui, s'il y aura un rebond, une seconde vague, si le virus serait saisonnier ou s'il va disparaitre de lui-même, ce que l'on sait, c'est que l'on aura besoin d'un vaccin pour tous les coronavirus. Depuis une dizaine d'années, les scientifiques nous alertent sur nos modes de vie. La densification des mégalopoles est devenue un terrain de jeu idéal pour l'émergence de virus respiratoires. On a eu le CoV en 2003, le MERS en 2012, le Covid en 2019, la question n'est pas de savoir si demain il y a aura un autre coronavirus, mais quand et comment on se prépare ? »

Un vaccin élaboré avec l'intelligence artificielle

Pour Ose Immunotherapeutics, la stratégie vaccinale passe par les lymphocytes T. Une arme capable de sélectionner et tuer les cellules infectées et le virus. « Ce sont les mêmes mécanismes que pour une greffe », détaille Nicolas Poirier. Contrairement aux vaccins à base d'anticorps, comme celui contre la grippe, qui deviennent inopérants six mois ou un à deux ans après, les lymphocytes T seraient capables d'agir pendant une dizaine d'années. « C'est une nécessité pour éliminer les cellules infectées et éviter le développement de formes graves. Si l'on veut jouer sur tous les coronavirus, on a besoin d'avoir une mémoire à long terme», indique-t-il. Un processus qu'Ose Immunotherapeutics a mis en exergue avec le développement de Tedopi®, une solution prometteuse, conçue pour le traitement du cancer du poumon, dont les essais cliniques de Phase 3 (préalable à l'Autorisation de Mise sur le Marché) ont dû être interrompus courant mars, à la demande d'un comité indépendant, en raison de la pandémie du Covid-19 qui aurait pu compromettre l'intégrité des données déjà accumulées.

« Déjà, on a vu que les lymphocytes T pouvaient s'attaquer avec un certain succès aux cellules tumorales du poumon. Un an après traitement , on avait 46% de patients en vie en plus et un gain de survie de 10% supplémentaire par rapport à la chimiothérapie », explique Nicolas Poirier. Des résultats qu'Ose Immunotherapeutics souhaite faire valider par l'agence du médicament américaine et en Europe. Une autre histoire. Mais la technologie a révélé l'intérêt des lymphocytes T dans le poumon et de l'optimisation des épitopes et des peptides, ces « bouts de protéines » reconnus par les lymphocytes.

Fort de son savoir-faire, Ose Immunotherapeutics a donc identifié les peptides communs les plus immunogènes pour chacun des coronavirus. Soit 20.000 milliards de combinaisons... « Même avec les ordinateurs de la NASA , ça aurait pris plus d'un an. Notre connaissance de neoépitotes nous a permis d'en tester 20.000 déjà optimisées », indique Nicolas Poirier. Pour cela, l'entreprise a fait appel aux algorithmes de l'intelligence artificielle développés par son partenaire MAbSilico, une start-up de la deeptech, issue du CNRS et de l'INRA. La synergie entre les connaissances scientifiques acquises en cancérologie, en immunologie... depuis dix ans, et les nouvelles technologies, ont permis à la biotech nantaise de réaliser en à peine deux mois ce qu'elle aurait mis habituellement un an, voire trois à quatre, à faire. Des règles « maison » ont ensuite été appliquées aux trois coronavirus ciblés (CoV, Mers, Covid-19). « Si ces virus ont peu évolué depuis quinze ans, la probabilité est forte que ceux qui émergeront à l'avenir auront les mêmes caractéristiques. L'idée, c'est que l'on ait sur étagère un vaccin prêt à être utiliser. S'il est bien toléré, on peut imaginer une campagne de vaccination mondiale pour prévenir l'émergence de nouveaux virus et créer une immunité collective.»

« On est capable d'armer le système immunitaire »

Validés in vitro, les premiers résultats doivent maintenant faire l'objet d'une étude pré-clinique in vivo sur l'animal dont les résultats pourraient être connus au début du second semestre. Dès lors, Ose Immunotherapeutics pourrait enclencher la production industrielle d'un médicament pour lancer les premières injections chez l'homme lors d'essais cliniques espérés pour la fin de l'année 2020 ou début 2021. La phase 2 devra alors évaluer la sécurité et permettre d'effectuer des comparaisons avec d'autres vaccins, s'ils existent d'ici là. « La clé, c'est la sécurité. On parle de vacciner des gens qui ne sont pas malades... L'intérêt , c'est que nous avons le recul sur le traitement du cancer du poumon avec des phases 1 et 2 réalisées sur Tedopi®. La phase 3 a été suspendue à cause du Covid-19 mais les résultats montrent que la technologie est bien tolérée, c'est même un avantage par rapport à la chimio, qui fragilise le patient. On sait que nos lymphocytes vont dans le poumon, font leur travail, tuent les tumeurs et restent dans le poumon comme des sentinelles. On montre que l'on est capable d'armer le système immunitaire ». Menés sans appel de fonds, les travaux d'Ose Immunotherapeutics, qui avait levé 20 millions d'euros en 2015 lors de son entrée en Bourse, s'appuieront alors sur un partenariat avec un groupe pharmaceutique capable de diffuser à travers la planète...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/05/2020 à 8:00 :
toutes les idees valables doivent etre testees si c'est possible
apres, sur les innovations, faut tjs etre un peu prudent, et recouper
a écrit le 09/05/2020 à 19:18 :
Pour protéger les populations ils faudrait une loi internationale sur tous les «  vaccins « 
L’obligation des laboratoires d’écrire noir sur blanc le «  nom de l’adjuvant «  dans le vaccin et d’énumérer tous les «  effets secondaires « 

1) question :
En ce moment comment peut on prescrire en dernier stade du coronavirus un médicament qui a un impact direct sur la respiration des malades ? Faut avouer que la science est en déroute .

2) pour revenir au vaccin du col de l’utérus : plusieurs adolescentes dans le monde ont eu des atteintes neurologiques ( handicapés à vie ) pourtant la sonnette d’alarme a été donné par une auteur en Suisse , le vaccin de prévention n’a que pour objectif : l’argent .

Réponse de le 10/05/2020 à 9:53 :
"dernier stade du coronavirus un médicament qui a un impact direct sur la respiration des malades ?"
vous connaissez de telles molécules ? Ça remplacerait les respirateurs. Le virus s'accroche au niveau des transferts d'oxygène air/sang et bloque le système, quelle molécule permettrait d'outrepasser ce "bouchon" (et crée des micro-caillots aussi) ?
On n'a pas encore tout inventé, la Nature est plus forte que nous (vu qu'on la découvre petit à petit, on a des vaccins efficaces contre des maladies anciennes (la variole a disparu, on nous vaccinait même si effets secondaires à craindre, balance bénéfice/risque positif) dont on ignore les méfaits, la diphtérie, poliomyélite, du passé, oublié (comme ceux ayant connu la guerre, rare))
Réponse de le 10/05/2020 à 12:05 :
Bonjour ,
@ Photo75

Je me suis peut être mal exprimé ; la molécule du médicament psychotique donné aux malades réduit la capacité de respiration , d’autre part les respirateurs :
provoque ( si débit d’air trop fort ) ça reste des machines et non de l’air naturelle progressive ( le réglage est important ) détruisent les alvéoles des poumons .

Le vaccin de prévention sur les porteurs sains :
Ça donnera quoi ?
Sur les malades du Covid 19?
Quels seront les effets secondaires ?
l’adjuvant est il nocif ou pas ?

Cordialement,
a écrit le 09/05/2020 à 18:49 :
C'est vraiment pas sympa de donner de faux espoirs aux gens ! Ça fait six mois qu'il circule, et on sait toujours rien, à part qu'il mute et s'accroche partout. C'est maigre. Dire que les IA, deep learnings, algorithmes, robots etc... doivent nous sauver tous et remplacer l'homme, cet incapable.
Réponse de le 10/05/2020 à 9:58 :
L'IA se base sur le big data, des données que vous lui faites ingérer, à partir de rien comment l'IA peut apprendre ? Reconnaitre des grains de beauté douteux, mélanome ou pas, ça se fait avec des dizaines de milliers de photos, ET avec le diagnostic, pas par devinette. La machine apprend et sait ensuite identifier, suite à son apprentissage (mais ne sais faire que ça, 2+2 elle ne saura pas le calculer), aussi bien ou mieux que l'humain qui lui a appris.
On ne sait rien, vous résumez trop, quand y a des infos trop techniques les gens n'y comprennent rien, ou mal-interprètent d'après des idées préconçues. Six mois c'est assez pour bien connaitre un virus "vicieux" (dixit un biologiste) ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :