Ose Immunotherapeutics annonce le lancement un programme de vaccin pouvant prévenir l'apparition, la propagation ou l'aggravation du Covid-19. Inspirés par des résultats prometteurs sur le traitement du cancer du poumon, les immunologistes de la biotech nantaise misent sur les lymphocytes T, efficace sur les tumeurs, plutôt que sur les anticorps, habituellement ciblés par les épidémiologiques. Cette stratégie pourrait conduire à la création d’un vaccin contre tous les coronavirus, et s’il est toléré, de mener des campagnes de vaccination mondiales, comme pour la grippe.C'est une question de stratégie. Alors que 90% des programmes de recherche engagés dans le monde pour lutter contre le Covid-19 portent sur les anticorps pour stimuler le système immunitaire, la biotech nantaise Ose Immunotherapeutics mise sur les lymphocytes T. « Couramment, face à ce type de virus, les épidémiologistes pensent anticorps. Ça marche.... Parfois, ça ne marche pas. Notamment sur les virus respiratoires où, pire, ils peuvent aggraver la maladie. Ce fût le cas sur le SARS CoV en 2003 lors des essais menés sur l'homme et l'animal. C'est pourquoi nous n'avons pas de vaccins aujourd'hui. C'est ce qui m'a alerté il y a un mois et demi. Nous devions essayer quelque chose de différent. Parce que si la maladie continue de s'aggraver malgré le développement d'anticorps, on sera content d'avoir une alternative », explique Nicolas Poirier, directeur scientifique d'Ose Immunotherapeutics, société nantaise de biotechnologie de quarante personnes, spécialisée dans les immunothérapies innovantes en oncologie, cotée depuis 2015 sur le marché Euronext.
Constitué en grande partie d'immunologistes issus de la transplantation, l'équipe de la biotech nantaise fonctionne avec un logiciel différent des épidémiologistes. « Si l'on ignore, aujourd'hui, s'il y aura un rebond, une seconde vague, si le virus serait saisonnier ou s'il va disparaitre de lui-même, ce que l'on sait, c'est que l'on aura besoin d'un vaccin pour tous les coronavirus. Depuis une dizaine d'années, les scientifiques nous alertent sur nos modes de vie. La densification des mégalopoles est devenue un terrain de jeu idéal pour l'émergence de virus respiratoires. On a eu le CoV en 2003, le MERS en 2012, le Covid en 2019, la question n'est pas de savoir si demain il y a aura un autre coronavirus, mais quand et comment on se prépare ? »
Un vaccin élaboré avec l'intelligence artificielle
Pour Ose Immunotherapeutics, la stratégie vaccinale passe par les lymphocytes T. Une arme capable de sélectionner et tuer les cellules infectées et le virus. « Ce sont les mêmes mécanismes que pour une greffe », détaille Nicolas Poirier. Contrairement aux vaccins à base d'anticorps, comme celui contre la grippe, qui deviennent inopérants six mois ou un à deux ans après, les lymphocytes T seraient capables d'agir pendant une dizaine d'années. « C'est une nécessité pour éliminer les cellules infectées et éviter le développement de formes graves. Si l'on veut jouer sur tous les coronavirus, on a besoin d'avoir une mémoire à long terme», indique-t-il. Un processus qu'Ose Immunotherapeutics a mis en exergue avec le développement de Tedopi®, une solution prometteuse, conçue pour le traitement du cancer du poumon, dont les essais cliniques de Phase 3 (préalable à l'Autorisation de Mise sur le Marché) ont dû être interrompus courant mars, à la demande d'un comité indépendant, en raison de la pandémie du Covid-19 qui aurait pu compromettre l'intégrité des données déjà accumulées.