E-Neo s’engage sur les poids lourds retrofités à l’hydrogène

ENQUÊTE SUR L'HYDROGÈNE (1/3). Précurseur dans le « rétrofit » -la conversion de véhicules thermiques à l’électrique ou à l’hydrogène- de poids lourds, de tracteurs et de bus, la start-up vendéenne E-Neo entend accompagner la mutation de la filière de la réparation mécanique et l’intégrer dans une démarche d’économie circulaire.

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E-Neo base son modèle économique sur les poids lourds, les bennes à ordures ménagères, les autobus, les tracteurs et engins de chantier et l’hydrogène, et veut pouvoir former les garages de réparation de poids lourds existants.
E-Neo base son modèle économique sur les poids lourds, les bennes à ordures ménagères, les autobus, les tracteurs et engins de chantier et l’hydrogène, et veut pouvoir former les garages de réparation de poids lourds existants. (Crédits : Reuters)

En mai prochain, e-Neo fournira le premier poids lourd propulsé à l'hydrogène pour livrer les premiers kilos d'hydrogène vert produits, non loin de là, par la start-up Lhyfe dont l'exploitation opérationnelle est prévue au printemps prochain. Un DAF de 44 tonnes appartenant au transporteur Gariou. « Suivra, le mois suivant, un Scania pour les transports Derocq, et vraisemblablement au cours de l'été un autobus, rétrofité à l'hydrogène », explique Jérémy Cantin, dirigeant de Brouzils Auto, aux Brouzils (85) et fondateur de e-Neo, devenu le premier centre de rétrofit de poids lourds en France.

Tout commence en 2015 avec la rénovation et l'électrification d'une VW Coccinelle, dévoilée lors du Vendée Energie Tour de 2017, et mise en avant lors du Mondial de l'auto de 2018. «En plein Dieselgate, nous nous posions beaucoup de questions sur l'avenir de notre métier », se souvient le garagiste Jérémy Cantin, sollicité par des transporteurs locaux. « C'est bien ce que tu as fait sur la Cox, mais si tu pouvais réfléchir à nos véhicules qui consomment beaucoup de carburant ?», suggèrent-ils. Le mécano fonde e-Neo en 2019, et fait entrer les six salariés du garage dans le capital de la start-up. « Pour qu'ils profitent pleinement de l'aventure », indique Jérémy Cantin. Une première réalisation est remarquée avec la participation de deux buggys électriques sur l'édition 2019 du rallye Aicha des Gazelles. « En juin dernier, nous avons fait rouler, en dehors des routes, le premier 44 tonnes 100% converti à l'électrique. Il recevra au premier trimestre 2021 une pile et un réservoir à hydrogène pour une homologation en mars, de manière à être prêt pour le lancement de Lhyfe», précise Jérémy Cantin, qui a mis au point le système de conversion et d'intégration dans les poids lourds. « Pendant deux ans, on a levé des verrous technologiques pour respecter la répartition des charges du véhicules, contrôler la gestion électronique du système qui communique avec le dispositif d'origine », explique-t-il. L'équipement s'appuie sur un pack Batterie Novum Tech. La pile est fournie par Plug Power (100 kW pour l'électrique, 150 kW pour l'hydrogène). Pionnière, la démarche intéresserait de nombreux donneurs d'ordres. Et pas seulement dans les transports... Les secteurs du BTP, de l'agriculture ou des déchets... y sont aussi très attentifs.

Pouvoir nommer des garagistes agréés

Engagée dans la transition énergétique, e-Neo, qui revendique une vision de l'économie circulaire poussée à l'extrême, veut aller beaucoup plus loin. « D'abord, le système que nous avons développé est standard, c'est-à-dire qu'il peut s'adapter à tout type de véhicule quelle que soit la marque. Dans une flotte de véhicules qui roulent pendant cinq à sept ans au national, cela permet de doubler la durée de vie quand ils sont affectés en régional où les distances sont plus courtes. On peut aussi récupérer et transférer le système sur un autre camion, comme on le fait avec un don d'organe. Cela permet d'entretenir la flotte et de pousser au maximum l'économie circulaire », argumente Jérémy Cantin, sollicité l'hiver dernier, par le ministère des Transports pour contribuer à la rédaction du texte autorisant la conversion de véhicules thermiques. Attendue de longue date, la loi a été publiée le 3 avril dernier en plein confinement. Elle permet à des garagistes homologués de transformer des véhicules.

« Notre objectif n'est pas de faire traverser l'Hexagone à des véhicules pour être rétrofités chez nous, ce qui n'aurait aucun sens écologique. Notre modèle économique est basé sur le poids lourd, les bennes à ordures ménagères, les autobus, les tracteurs et engins de chantier et l'hydrogène. Ce que l'on veut, c'est pouvoir former les garages de réparation de poids lourds existants de manière à ce qu'ils puissent intégrer nos systèmes au sein de leur propre atelier », précise Jérémy Cantin, qui attend l'homologation de ses process déposés auprès du Centre national de réception des véhicules (CNRV) et de l'Union technique de l'automobile, du motocycle et du cycle (UTAC), pour être en mesure de proposer des solutions de formation à l'horizon 2021/2022. « Au niveau juridique, nous aurons la même homologation qu'un constructeur originel. Ce qui garantit à l'utilisateur une conformité du véhicule comme s'il était neuf», assure-t-il. Ce qui permettra à e-Neo de nommer des installateurs agréés. En cours d'élaboration, ces formations pourraient durer d'une à trois semaines. « On formera par marque, par type de véhicule. Le garage lambda qui obtiendra le niveau d'habilitation électrique aura la capacité d'effectuer l'entretien sur ces véhicules, où à partir de la boite de vitesse rien ne change. Il y a aujourd'hui une grosse mutation dans la mobilité mais il ne faut pas oublier que l'on a un écosystème d'artisanat dans l'automobile avec des concessionnaires, distributeurs, grossistes de pièces... ça concerne plus d'emplois en France que tous les constructeurs réunis. Il faut être prudent et proposer des solutions à la mutation du parc», explique-t-il, préparant du même coup l'homologation d'un autobus à hydrogène pour l'été 2021, et la création de fermes bas carbone, en relation avec Edf et la chambre d'agriculture de Vendée, de manière à pouvoir réapprovisionner de mini-flottes de véhicules sur un même site, alors que se dessine l'interdiction de circulation des poids lourds thermiques dans les centre-villes à l'horizon 2025.

La location du stockage de l'énergie à l'étude

En imaginant un standard de conversion indépendant des marques de véhicule, e-Neo a aussi voulu créer une solution de stockage pouvant être utilisée en statique. C'est à dire mise à profit dans l'alimentation de bâtiments, à l'instar du projet PhARRE, récemment initié par le Syndicat des énergies vendéennes (Sydev), à la Roche-sur-Yon. « A la différence que notre système de conversion accepte n'importe quelle batterie », assure Jéremy Cantin. Cette solution de « seconde vie » permettrait d'allonger la durée d'utilisation des batteries et de pouvoir les rentabiliser sur le long terme. «Aux dix ans d'exploitation dans un véhicule, s'ajouteraient quinze années pour le stockage d'énergie photovoltaïque dans un bâtiment.» E-Neo se serait rapproché d'organismes financiers pour étudier la mise en place d'un système de location du stockage de l'énergie. « Le transporteur fiancerait simplement le système de conversion. Des groupes financiers pourraient faire l'acquisition de la batterie, de la pile et du réservoir, les louer au transporteur pendant dix ans et à un bâtiment industriel ou une collectivité pendant quinze ans ensuite. Ce qui permet de faire de la rentabilité sur 25 ans, de réorienter vers des placements verts ou éco-responsables et de faire tourner l'économie locale», boucle le fondateur d'e-Neo. Un système de location qui prend son sens au regard du coût du système de conversion, commercialisé entre 130.000 et 140.000 euros, sensiblement 15% à 20% plus cher qu'un tracteur diesel, et des équipements de stockage et d'énergie pour lesquels il faut ajouter 250.000 à 300.000 euros d'investissement. Rédhibitoire ? « Compétitif !», estime, au contraire, Jérémy Cantin, « au regard d'un tracteur à hydrogène Hyundai Xcient Fuel Cell commercialisé 800.000 euros HT en juillet dernier par la firme coréenne, en Suisse, pour une autonomie de 400 km.»

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Commentaires 3
à écrit le 05/10/2020 à 17:02
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Pour faire le buzz, il doit y avoir de l'électrique dedans, Nikola va se libérer... comme marque.

à écrit le 05/10/2020 à 9:23
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La perspective de "rétrofittage" sauvages par des garagistes me rend mal à l'aise. Les grandes entreprises sont très conscientes des dangers aussi bien d'un réservoir à essence, d'une batterie que d'un réservoir d'hydrogène. Un réservoir ou une bat...

le 06/10/2020 à 10:33
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Il existe tjrs je crois, l'étape obligatoire du service des mines pour certifier la conformité et la sécurité routière des véhicules, d'autant plus qu'ils st à usage professionnel. Et puis, en Vendée ( où j'ai vécu à titre professionnel pdt qcqs ann...

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