L’Anjou invente le tourisme de demain

SÉRIE TOURISME- PAYS DE LA LOIRE (3/5). Par petites touches, le cluster angevin Tourisme Innovation Lab redessine le contenu touristique des territoires. En s’adaptant aux tendances et comportements de la population, l’activité touristique devient plus verte, plus durable, poussant même à la relocalisation de savoir-faire.

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Avec ses Tiny House, Bucoli propose un nouveau format d’hébergement pour l’hôtellerie de plein air.
Avec ses Tiny House, Bucoli propose un nouveau format d’hébergement pour l’hôtellerie de plein air. (Crédits : Reuters)

« Ce n'est jamais hyper spectaculaire, mais quand on fait émerger une innovation, on veut qu'elle ait du sens économiquement pour le territoire. Qu'elle soit utile à l'entreprenariat, aux entreprises et aux professionnels du tourisme. Quand la plateforme Teodym a permis à un hôtelier du saumurois de trouver un gérant pour le remplacer pendant dix mois, ce n'est pas spectaculaire mais c'est une activité locale qui a pu être maintenue...», explique Jean-Jacques Micoud, co-président de la commission innovation du Tourisme Innovation Lab (TIL).

Lancé il y a trois ans pour favoriser la recherche, la formation et l'innovation dans le secteur du tourisme, ce cluster, soutenu par les collectivités locales et appuyé sur l'université d'Angers (Esthua tourisme et culture), un ensemble de partenaires et les réseaux d'incubateurs régionaux, a accompagné vingt-deux startups depuis sa création. A l'issue d'un appel d'offres annuel, le TIL en sélectionne généralement sept ou huit, ayant au moins un ancrage régional. « L'innovation n'est pas nécessairement technologique, elle peut être sociale, financière, décalée dans son positionnement, dans son offre... en tout cas, apporter une vraie valeur ajoutée au territoire, pour être identifié demain comme un écosystème capable d'accueillir une relocalisation de savoir-faire», souligne Jean-Jacques Micoud, par ailleurs directeur général SPL Saumur Val de Loire tourisme, ouverte à de nombreuses expérimentations de terrain. « Ce fût le cas pour Teodym, les parcours connectés de Baludik, les parapluies connectés d'Akken ou de la start-up nantaise Vox Culturae qui grâce à une recontextualisation cartographique nous permet de déployer un outil de valorisation et visualisation des troglodytes du saumurois étendues sur une centaine de sites. En tant que membre associé, on fait notre marché parmi ses innovations prometteuses», reconnait Jean-Jacques Micoud. Prometteuses ?

De précieux moments d'expérimentation

Parmi les vingt-deux start-ups soutenues, un peu moins de la moitié n'aurait pas trouver son marché. Les autres ont déployé leur solution régionalement ou nationalement. Fondé en 2018 par deux anciens du groupe Accor, Teodym, devenu le spécialiste du remplacement hôtelier en France, revendique aujourd'hui plus de 3.000 remplacements dans l'Hexagone. La jeune entreprise vient de décliner son offre dans le secteur de la restauration, et projette de lever 600.000 euros dès 2021 pour proposer sa solution à l'ensemble des commerces indépendants dont les absences sont toujours compliquées ou impossibles à gérer. « Le TIL nous a servi de terrain d'expérimentation. C'était le moyen de savoir si le marché était mûr, quel investissement était nécessaire et auprès de qui nous pouvions frapper aux portes pour être financé », explique Anthony Labussière, l'un des co-fondateurs de Teodym, aujourd'hui accompagné par l'accélérateur nantais Novapuls pour préparer sa levée de fonds.

Le créateur de jeux de pistes numériques Baludik qui avait testé trois parcours dans le saumurois avec notamment la résolution d'une enquête criminelle dans le vignoble propose désormais plus de 400 parcours connectés. Lancée il y a cinq ans avec la mise au point de parapluies connectés, la nantaise Akken, spécialisée dans la valorisation des territoires par le média sonore, a pendant son passage au TIL testé un parapluie connecté pour l'office de tourisme d'Ancenis (44) avant de se diversifier vers un dispositif de confident connecté ; autrement dit, un accoudoir tactile et interactif que l'on déplace de banquette en banquette dans un musée pour écouter la bonne parole. «Ce fût un moment précieux pour une jeune entreprise. Au-delà de l'expérimentation, le TIL et l'Esthua nous ont permis d'analyser et de comprendre les résultats de nos expériences, de travailler sur les usages, de se poser les bonnes questions pour sortir de la R&D perpétuelle », explique Laurence Giuliani, co-fondatrice d'Akken. Si l'accoudoir tactile en tissu est mis en stand-by depuis l'apparition de la Covid-19, la start-up rebondit en proposant des podcasts pour le musée de Cluny, l'île de Nantes ou la prochaine Digital Week à Nantes...

Greffer le tourisme et la recherche

« Sur la première génération, on a des start-ups qui ont à minima une audience régionale voire nationale. Notre rôle est de faire se rencontrer l'offre et la demande », observe Jean-Jacques Micoud. Car les attentes de la clientèle, devenue plus écolo, évoluent. A l'instar de Bucoli et ses Tiny House qui propose un nouveau format d'hébergement pour l'hôtellerie de plein air. Entre roulotte et caravane, la Tiny House est conçue en bois de manière écologique, dotée de panneaux solaires, d'un système de récupération et de filtration de l'eau de pluie, des toilettes écologiques avec de la phyto-épuration, et dispose d'un ensemble de services (petit-déjeuner et panier repas bio en circuit court...) pour passer des séjours en pleine nature. « A terme, l'idée est d'en faire un projet de parc axé sur le développement durable. Ça montre aussi l'adaptation d'un secteur qui traverse les générations », esquisse Jean-Jacques Micoud, pour qui la création d'un diplôme d'entreprenariat au sein du TIL permet aussi à certains candidats, peu ou pas diplômés, de se remettre à niveau et d'acquérir une reconnaissance humaine et sociale. « On répond aux besoins de formation, d'incubation avec les réseaux des quatre technopoles -Nantes, Angers, Laval, Le Mans- , de l'expérimentation in situ, et l'on organise la rencontre entre les promos pour favoriser le retour d'expérience entre-eux », résume le co-président de la commission Innovation du TIL, à l'origine de la création du réseau France Tourisme Lab, géré par la DGE (Direction générale des entreprises) il y a trois ans. « L'objectif est d'aller plus loin que le seul appel à projets. On veut notamment greffer le monde de la recherche au tourisme », précise-t-il.

En 2019, le Tourisme Innovation Lab a ainsi créé un Groupement d'Intérêt Scientifique réunissant 18 établissements de recherche dont le CNRS et 150 chercheurs dont les travaux portent sur le déclassement des littoraux, les destinations touristiques gourmandes, l'intégration territoriale et sociale face au tourisme, l'œnotourisme... «A terme, le projet vise la création d'une chaire universitaire pour la recherche, l'innovation, et la formation », dit-il. Signe de la remise en question et du « pas de côté » entrepris par le territoire, certaines start-ups parties à l'étranger, comme Skyzup (visite virtuelle pour préparer un voyage), Rendair (visite virtuelle dans les monuments fermés au public) ou la Fenêtre Immersive Angevine (installation numérique) viennent de décider de relocaliser tout ou partie de leur activité en Anjou !

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Commentaires 3
à écrit le 06/08/2020 à 14:10
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Dommage vous ne retrouverez pas la Loire de mon enfance et ses merveilleuses grèves de sable blanc et l'eau transparente des lagons, les barrages de montagne ont pollué le fleuve roi. N'empêche passer en Anjou et zapper l'île de Behuard la plus joli...

à écrit le 06/08/2020 à 13:07
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ce "cluster" d'innovation, il fait vraiment peur...

à écrit le 06/08/2020 à 9:24
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Vu comme les hommes d'affaires ont fait exploser les prix dans les régions historiquement touristiques il est bien évident que le tout le pays a intérêt à développer une économie du tourisme mais respectueuse afin de ne pas refaire les erreurs de ce ...

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