Régionales : Matthieu Orphelin défend une écologie de solutions dans les Pays de la Loire

Connu dans les sphères médiatiques et politiques parisiennes, Matthieu Orphelin l’est un peu moins dans les Pays de la Loire où il entend ravir le siège de la LR Christelle Morançais. Zoom sur le parcours de la tête de liste d’Ecologie ensemble, citoyenne et solidaire, partie très tôt dans la campagne.

10 mn

Matthieu Orphelin a envie de faire en région ce que le gouvernement n'a pas réussi à faire avec une loi Climat, trop peu ambitieuse, à ses yeux.
Matthieu Orphelin a envie de faire en région ce que le gouvernement n'a pas réussi à faire avec une loi Climat, trop peu ambitieuse, à ses yeux. (Crédits : Benjamin Boccas)

A 48 ans, Matthieu Orphelin pourrait-il devenir le futur président de la région des Pays de Loire ? « Ce sera Morançais ou nous », affirme le candidat de la liste L'Ecologie ensemble, citoyenne et solidaire. « L'écart porte sur un point.... Nous sommes à 18-19%. Les socialistes nous rejoindront au second tour... », calcule-t-il. Un résultat qui serait alors bien loin des 7,82% réalisés en 2015 par Sophie Bringuy. L'écologiste avait finalement rejoint la liste de Christophe Clergeau (PS), battu au deuxième tour par Bruno Retailleau, qui, deux ans plus tard, déserte l'hémicycle régional au profit du Sénat, et refile le bébé à la sarthoise Christelle Morançais pour... « un mandat sans ambition qui a consisté en un saupoudrage de mesures économiques, sans volontarisme, sans ligne politique... », considère le député angevin Matthieu Orphelin, ex-cadre de l'Agence de l'Environnement et de la Maitrise l'Energie (Ademe), ayant contribué au Grenelle de l'environnement, entré dans l'arène politique en 2009. « Quand Sarkozy revient sur pas mal des engagements du Grenelle et détruit tout, là, je me dis ce n'est pas possible et j'ai contacté Europe Ecologie, en leur disant, si vous avez besoin de moi pour les régionales...», se souvient-il.

« Ce n'est pas ce qui était prévu »

L'année suivante, sous la présidence du socialiste Jacques Auxiette, il décroche la vice-présidence de la région, en charge de l'éducation et de l'apprentissage et un budget de 400 millions d'euros. «Ça m'a permis d'être aux manettes politiques et d'appliquer plein de choses dans la restauration scolaire, la rénovation des bâtiments, la solidarité, la mise en place d'Ordipass pour les personnes dépourvues d'ordinateur... La région est vraiment une échelle pour déployer des politiques de façon concrète. Et aujourd'hui, c'est le chef de file de l'économie, du climat, de l'éducation, des mobilités ... Alors, j'ai envie de faire en région ce que le gouvernement n'a pas réussi à faire avec une loi Climat, trop peu ambitieuse qui patine sévère...», explique celui qui, en février 2019, quitte La République en Marche qu'il avait rejoint deux ans plus tôt.

« Je ne marche plus !», écrit-il la même année dans un livre paru aux éditions L'Archipel. Impatience ou erreur d'aiguillage ? « Ce n'est pas de l'impatience, c'est juste que ce n'est pas ce qui était prévu. Assez vite dans le début du mandat, je me rends compte qu'il y a un truc qui cloche. Il y a eu la nuit du glyphosate où la majorité fait n'importe quoi... Je n'ai pas prévu les gilets jaunes, mais très tôt on a eu des alertes sur le prix du gas oil... », regrette le député qui défend la PMA pour toutes, l'IVG, le congé de parenté, l'accueil, l'intégration des migrants, l'insertion ou encore la justice fiscale. « Sur aucun des chantiers, on était au bon rythme », dit-il, lassé d'être, à ses yeux, insuffisamment entendu. Un an après le fracassant départ du ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, le porte-parole de sa fondation, Matthieu Orphelin, refusant d'apparaitre comme une caution verte, lui emboite le pas. C'est la rupture avec LREM et un retour aux sources.

« Tout sauf l'écolo décroissant »

Au printemps 2020, des discussions reprennent avec EELV. Les régionales pointent le bout de leur nez. « Ici, le bilan écologique de la droite ligérienne me semblait assez faible », juge-t-il. Dans la même semaine, les instances régionales et nationales se concertent. Les journées d'été d'EELV permettent de ficeler l'Appel, un mouvement de rassemblement lancé avec un poignée de militants d'EELV, Génération S, Génération écologie et de la convention citoyenne. « A l'époque, on n'était même pas une centaine », dit-il. Le 9 octobre dernier, à Nantes, lors de la conférence de presse inaugurale d'Ecologie ensemble, citoyenne et solidaire organisée sur la guinguette flottante Au Petit Baigneur, il lance la machine. « Et ce matin, à cinq semaines du premier tour, on est 2.830 personnes impliquées dans la campagne », s'étonne encore la tête de liste, quasiment plus connue dans les sphères médiatique et politique parisiennes que sur le terrain ligérien qu'il arpente depuis plus de six mois.

« J'ai deux vies... », admet du bout des lèvres l'intéressé. « Je suis un produit 100% Pays de la Loire. Tout sauf l'écolo décroissant que mes adversaires essaient de caricaturer. Je suis le contraire de ça... », revendique-t-il. Il prône une écologie de solutions, propre à créer de l'emploi comme avec la réindustrialisation d'une usine de semi-conducteurs à Avrillé (49) où il projette d'investir dix millions d'euros au capital. Ecolo, sûrement. Décroissant, sans doute pas. « Nous avons été les premiers dès janvier à proposer que la collectivité investisse vingt millions d'euros au capital des Chantiers de l'Atlantique », dit-il. Une proposition diversement appréciée. «C'est important que les collectivités aident l'écosystème à être performant. Doivent-elles pour autant être actionnaires ? Je ne suis pas sûr que ça emballe des clients qui, par nature, sont américains et qui préfèrent largement avoir un opérateur privé majoritaire comme fournisseur », raisonne Bruno Hug de Larauze, président de CofiPME, qui réunit une vingtaine de PME co-traitances des chantiers de l'Atlantique.

Le déclic en forêt d'Escoublac

Né à Saint-Nazaire, fils d'un père ingénieur au Chantier de l'Atlantique et d'une mère employée au centre hospitalier de Saint-Nazaire, petit-fils de commerçants mayennais à la Baule, Matthieu Orphelin, a grandi aux côtés de trois sœurs et un frère. Et, n'a visiblement rien oublié de ses racines. Ni ses huit années de flûte traversière à l'école de musique de Saint-Nazaire ni ses vingt ans, quand il poussait la voix dans les cafés concerts nantais au sein d'un groupe de rock d'Indie Pop... Encore moins ses années de CM1 où un « fabuleux instituteur » les emmenait ramasser les déchets en forêt de la Baule-Escoublac. Fidèle lecteur de la Hulotte, connue pour être « la plus marrante et la plus savante des petites encyclopédies de la Nature », il obtient sa première carte d'adhérent à la SEPMB (Société pour l'étude et la Protection de la Nature en Bretagne). C'est le déclic. Seconde piqure, au lycée Aristide Briand, où le professeur d'économie lui fait découvrir les inégalités mondiales. Le combat pour l'écologie et la solidarité se dessine. Plutôt « bon élève », un peu timide, il monte à Nantes. Math, prépa, et intègre l'Ecole Centrale, spécialité « Energie et environnement », l'Ecole des Mines Paris Tech suivra. Titulaire d'un DEA sur la mécanique des fluides, il est l'auteur d'une thèse sur la maitrise de l'énergie... « Vraiment, à ce moment-là, je sens que la consommation des ressources me passionne », se souvient-il. Avec des chercheurs européens, il écrit sur l'effet des ilots de chaleur en ville. « Des choses qui, à l'époque où l'on travaillait sur les climatisations, n'intéressaient personne, et que l'on retrouve aujourd'hui au cœur du changement climatique», se rappelle-t-il. Ces collègues de promo entrent chez les grands énergéticiens comme EDF, Total... lui préfère l'Ademe. « Le rêve absolu !», dit-il. Un métier en phase avec ses combats. Il va y rester une quinzaine d'années. Chef du service économie, directeur de la recherche puis directeur de l'économie circulaire.

« Le fiasco du groupe EDS »

A  Angers, au siège de l'Ademe, on se souvient d'un manager, vif, à l'esprit de synthèse qui allait de l'avant. «  Tout en allant au fond des choses, il a fait avancer pas mal de sujets. C'était une locomotive », reconnait un membre de l'agence où le temps long de l'expertise prévaut. « Ici, les carrières se façonnent plutôt sur cinq, dix ou quinze ans. Lui préférait changer de poste tous les trois ans. Ce qui a pu soulever des critiques... C'est un homme de conviction mais aussi un pragmatique qui va lâcher sur tel ou tel point pour que les sujets avancent. C'est sans doute ce qui déplait à certains puristes écologistes, mais qui permet d'accompagner et d'emmener la société sans la brutaliser », dit-il, d'un ton feutré.

Dans les allées de l'Assemblée nationale, le discours du député François Michel Lambert, président de l'Institut de l'économie circulaire, est lui, pour le moins, beaucoup plus tranché. « Ses combats s'arrêtent à sa g.... La fondation du groupe parlementaire Ecologie , Démocratie, Solidarité (EDS) est un fiasco. C'est la démonstration de son incapacité à travailler en équipe... Il a monté et torpillé le groupe Accélérons qu'il avait, c'est vrai, mis en œuvre. S'il a réussi à mettre à l'agenda des sujets écologistes, on cherche encore le travail de fond sur l'offre de solutions. A la tête de la région, ce serait la destruction... et l'explosion en vol», estime et « assume » l'ex-député EELV des Bouches du Rhône, co-président du parti Liberté Ecologie Fraternité.

Un sportif impliqué

Dans les Pays de la Loire, le candidat poursuit sa route, écrit aux acteurs de l'automobile, de l'aérospatiale... marque son territoire et présente « cinquante mesures fortes pour réussir le rebond écologique de la région » dont 1 milliard d'euros d'investissements supplémentaires, 100% favorables à l'environnement, durant le mandat et 50.000 nouveaux emplois créés grâce à la transition bas carbone de l'économie. En quelques mois, le discours a convaincu une dizaine de partis et mouvements (1) d'EELV à... La France Insoumise en passant par la liste LGBT venue soutenir un candidat, père de deux enfants qui, en 2018, avait annoncé son homosexualité dans un interview au magazine Têtu. « Par simplicité et transparence, et que c'est banal », dit-il, avalant d'une traite le dernier ouvrage d'Olivier Adam consacré à la séparation des couples mixtes ayant des enfants. La Lecture ? «  La culture comme le sport sont deux facteurs d'apaisement », conclut ce fondu de volley ball et de beach volley. « Il a fait beaucoup de tournois. C'est un compétiteur... » atteste Pierre Moncanis, son ex-entraineur au Sco d'Angers. « C'était quelqu'un de très impliqué et pas seulement dans l'équipe. Il revient encore régulièrement sur les terrains et ne manquerait pour rien au monde les Masters sur le sable de la plage de Pornichet », indique celui qui fût entraineur de l'équipe corporate... de l'Ademe. « C'est ma drogue !», concède Matthieu Orphelin, qui « plus sportif qu'intellectuel », promet aux sportifs ligériens une licence à 10 euros pour les 15-25 ans. Lui, en tous cas, est prêt à monter au filet.

______

(1) (EELV, Génération.s, Génération Écologie, Allons Enfants, Ensemble sur nos territoires, Trajectoires nantaises le cap citoyen, La France Insoumise, Nouveaux démocrates, Nouvel Elan, CES Le Mans et l'association AVEC

10 mn

Banque des Territoires | Partenaires

Les territoires qui se renouvellent face à la crise

Women for Future

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 1
à écrit le 25/05/2021 à 9:28
Signaler
Il serait temps en effet de redonner de la valeur à ce si beau fleuve tandis que les pêcheurs affirment tous en coeur que la vie a quasiment disparu autour de lui. Alors même s'il n'est pas sûr que l'on puisse réparer les colossaux dégâts occasionnés...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.