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Usine du futur : le pôle nantais de compétitivité EMC2 affirme ses ambitions européennes

Photo de Les correspondants de La Tribune

Frédéric Thual, à Nantes

Publié le 11 décembre 2018 à 14:50 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:11

IRT Jules Verne, expérimentation d'un robot à câble, Nantes

IRT Jules Verne, expérimentation d'un robot à câble, à Nantes

Frédéric Thual

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Devenu en une douzaine d’années une référence nationale et internationale dans le domaine des technologies avancées de production, le pôle EMC2 veut doper l’innovation collaborative et renforcer ses positions en Europe. C’est tout le sens de la feuille de route "Spirit 2025" établie par le pôle nantais et ses partenaires pour prétendre à la labellisation de l’acte 4 des pôles de compétitivité.

« L'ambition est clairement de devenir un pôle porteur de projets européens et de figurer parmi les pôles moteurs en Europe », affirme Laurent Manach, directeur général du pôle de compétitivité EMC2, spécialisé dans les technologies avancées de production, qui vient de finaliser le programme "Spirit 2025". Une feuille de route concoctée avec l'IRT Jules Verne, l'Université de Nantes, à travers la labellisation I-Site-Next, et la Satt Ouest Valorisation, créée en 2012, dans le cadre des Investissements d'avenir pour valoriser les travaux de la recherche publique dans le secteur industriel.

Un partenariat fondé pour satisfaire à l'une des exigences de l'appel à candidature ouvert en juin dernier par le Premier ministre Édouard Philippe, en vue de la phase 4 de la labellisation des pôles de compétitivité attendue d'ici la fin de l'année. Pour le gouvernement, la condition est de faire émerger « des écosystèmes plus forts grâce à des fusions ou des rapprochements, de renforcer l'innovation dans les pôles et de les inciter à se développer au niveau européen...». Des enjeux suivis à la lettre par le pôle nantais.

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Laurent Manach, directeur pôle EMC2 à Nantes
Laurent Manach, directeur pôle EMC2 à Nantes (Crédits : IRT Jules Verne)

[Laurent Manach, directeur général du pôle de compétitivité EMC2, spécialisé dans les technologies avancées de production. Crédits : IRT Jules Verne]

Les technos plutôt que les marchés

En une douzaine d'années, le pôle EMC2 a attiré plus de 700 membres (400 adhérents en 2018) et accompagné plus 500 projets labellisés pour un montant de 2,2 milliards d'euros sur des sujets « pas toujours sexy », quand il s'agit d'aborder les techniques de soudage, la fabrication additive ou les traitements de surface quand d'autres parlent d'industrie du futur.

« Au début, c'était plus compliqué d'embarquer des partenaires européens. À l'heure de l'usine du futur, l'industrie traditionnelle avait du mal à faire passer les dossiers. Jusqu'à ce que l'Europe décide que les technologies avancées de production fassent partie des technos diffusantes. Dès lors, des partenaires comme les Hollandais M2I ou les Allemands de Carbon Composites sont arrivés sur ce créneau », estime Laurent Manach.

Tout en drainant 70% de PME et de petites ETI, le pôle reconnait s'être beaucoup appuyé sur les problématiques soulevées par de grands groupes industriels comme Airbus et le chantier naval STX.

« Ce qui change dans notre feuille de route, c'est que plutôt que de travailler par secteur de marché comme l'aéronautique, le naval ou l'automobile, nous allons aussi avoir une démarche plus transversale et focaliser sur les types de technos qui définissent mieux les technologies avancées de production. Car il y a de l'innovation dans le soudage ! Si, dans certains domaines, nous avons du retard par rapport à la Chine et à l'Allemagne, nous avons aussi des pépites leader à faire valoir, comme Sepro dans la robotique, par exemple. »

Une ambition européenne affirmée

Outre les défis classiques et récurrents de l'industrie, "Spirit 2025" s'articule autour de quatre axes :

  • la performance industrielle d'abord, « pour avoir des usines capables de produire et de vendre à international » ;
  • l'industrie durable (contraintes environnementales et sociétales) ;
  • l'industrie numérique (transition et intégration de l'intelligence artificielle, du big data et des nouvelles méthodes de construction) - axe pour lequel un partenariat a été conclu avec le Pôle breton "Images et réseaux" de manière à pouvoir proposer une offre "manufacturing et digital" ;
  • l'humain 4.0 dans l'industrie du futur
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« Il s'agira notamment d'appréhender comment les nouvelles technos, à l'instar des exo-squelettes, et les nouvelles méthodes de travail, à l'image de l'innovation managériale peuvent mieux toucher les PME et les opérateurs », explique Laurent Manach, pour qui ce plan (2019-2022) doit permettre d'atteindre 500 adhérents et d'accompagner 800 projets labellisés dont 200 projets européens.

Parmi eux, le pôle EMC2 et ses partenaires voudraient initier ou porter deux ou trois projets. « Jusque-là, soit nous avons seulement accompagné des groupes, soit nous avons été intégrés dans des projets », précise-t-il. Pour mieux connaître et être plus présents sur les appels d'offres européennes, le pôle et ses partenaires ont co-financé le recrutement d'un chargé d'affaires basé à Bruxelles. Un moyen d'être plus présent à l'international et de transformer des essais qui jusque-là ont connu un taux de transformation très faible.

« On veut être au plus près des émetteurs d'appels à projets, de manière à pouvoir créer rapidement un consortium, quand un projet nous intéresse et pouvoir impliquer des PME ».

Faire émerger l'innovation des territoires

Si l'innovation existe dans les laboratoires de recherche ou dans les PME, il lui a parfois manqué ce supplément d'âme pour aller au bout des choses. C'est la mission relevée par la Satt Ouest Valorisation, devenue partenaire du pôle. Objectif : mettre de l'huile dans les rouages et emmener les innovations sur le marché. L'ambition est de favoriser la synergie entre les acteurs du pôle pour faire ressortir l'innovation du territoire en adoptant une stratégie de continuum des TRL (Technology readiness level), une échelle d'évaluation à neuf niveaux (imaginée à l'origine par la Nasa), pour mesurer le degré de maturité d'une technologie, et amener les financements ad'hoc entre les phases de R&D et la mise sur le marché.

Pour cela, Ouest Valorisation et l'Institut de recherche technologie (IRT Jules Verne) ont passé plusieurs dizaines de projets croisés au crible. « On veut, selon leur degré de maturité, leur faire passer le cap des validations techniques, et mettre en œuvre des niveaux de POC (Preuve de concept) séquencés », explique Vincent Lamande, président de la Satt Ouest Valorisation.

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Vincent Lamande, président Ouest Valorisation, Nantes
Vincent Lamande, président Ouest Valorisation, Nantes (Crédits : Ouest Valorisation)

[Vincent Lamande, président de la Satt Ouest Valorisation. Crédits : OV]

Sur un projet lancé par l'IRT Jules Verne dont la maturité est insuffisante pour intéresser les industriels, la Satt pourrait être amenée à co-investir avec une entreprise pour valider le POC, et faire mûrir la technologie dans les labos de l'IRT et du monde académique.

« Sur des projets que l'on a co-financés, le pôle EMC2 pourra nous permettre d'aller plus loin en intégrant des programmes européens ou des FUI (Fonds unique interministériel), destinés à soutenir la recherche appliquée. Que ce soit pour les académiques et les entreprises partenaires, nous allons leur proposer des stratégies et des solutions de financement depuis le laboratoire jusqu'à la licence, en passant par les phases de R&D industrielle », explique-t-il.

C'est le cas, par exemple, avec la startup Stirwed, née d'un transfert de technologie d'un grand groupe, et que la Satt a accompagné pour faire de la R&D collaborative et partenariale au sein du pôle EMC2. Stirwed, qui travaillait à la mise au point d'une technique de soudage malaxage par friction consistant à faire fusionner une pièce métallique lors du fraisage, a ainsi permis de rendre accessible aux PME une vieille technologie utilisée par de grands groupes. « Nous nous sommes aperçus qu'il fallait proposer une offre beaucoup plus large sur l'innovation », remarque Vincent Lamande, qui a identifié trois portes d'entrée ; soit sur des projets collaboratifs (avec EMC2, un laboratoire de recherche, via un FUI, etc.), soit sur des projets bilatéraux avec une entreprise, un laboratoire de recherche académique et l'IRT Jules Verne, ou soit sous la forme d'une co-maturation, qui va au-delà de la simple ingénierie financière.

« Là où il y a une carence, c'est sur les technologies de rupture, issues du monde académique et scientifique. Les entreprises veulent bien essayer mais redoutent le risque financier. Alors, nous la Satt, on leur propose de partager le risque de l'investissement et la valeur.»

Une nouvelle façon de travailler

Que ce soit à travers des offres de co-développement (TRL de 1 à 4) ou de maturation ou co-maturation (TRL de 5 à 7), Ouest Valorisation veut bâtir des feuilles de route technologiques avec les grands groupes, les PME, les laboratoires de recherche... « L'essentiel, c'est de produire un jeu collectif pour lever les verrous », indique Vincent Lamande, à l'instar de l'électronicien Tronico-Alcen, venu des secteurs de l'aéronautique et de la défense, dont la diversification est passée par un travail partenarial avec l'Université de Nantes, au sein du laboratoire commun RIMAE, associant par ailleurs le GEPEA, un laboratoire spécialisé dans le génie des procédés, l'environnement et l'agroalimentaire, et une unité du CNRS, intervenant sur les biocapteurs microbiens.

Soutenu pendant cinq ans par l'ANR (Agence nationale de recherche), ce programme a permis à mettre en œuvre un dispositif de mesures de la pollution. Tronico-Alcen s'engageant à poursuivre le financement pendant cinq autres années.

« Ce projet donne lieu à de la R&D croisée, à du co-investissement, de la co-maturation... On a changé les façons de travailler et c'est l'addition des compétences qui donne de la valeur. L'ambition, c'est que cette technologie devienne une référence européenne. Pour cela, on devra trouver d'autres financements, et là, on aura besoin d'EMC2 pour nous aider », éclaire Vincent Lamande.

Ce croisement des savoir-faire est aussi tout le sens des partenariats signés avec les pôles "Images et Réseaux", "Mer Bretagne" et "Viameca", qui, lui, vise la création d'un interpole des technologies et procédés pour la production (IT2P) pour améliorer l'organisation dans ces disciplines.

Un nouveau véhicule juridique pour les startups de la DeepTech

Pour aller plus loin, EMC2, l'IRT Jules Vernes, la Satt Ouest Valorisation, l'Ifremer et l'Université de Nantes ont, en accord avec le fonds French Tech Seed, constitué un consortium pour permettre à des jeunes startups de bénéficier de solutions de financement dès la phase de prototypage et de POC.

« On a va accélérer la phase de financement sur le manufacturing bien avant que ne débarquent les fonds d'amorçage, généralement frileux dans ce domaine. Grâce à BPIFrance qui intervient à hauteur de 60% sur les fonds propres, nous allons chercher les 40% restant pour accélérer les tours de table et les levées de fonds. En somme, on se met en ordre de bataille pour faire émerger des nouvelles technologies de rupture grâce à de nouveaux véhicules juridiques », dit-il. Le consortium pourrait, ainsi soutenir, une dizaine de startups de la Deep Tech dans le Manufacturing.

___

Par Frédéric Thual,
correspondant pour La Tribune dans les Pays de la Loire

Frédéric Thual, à Nantes

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