Usine du futur : le pôle nantais de compétitivité EMC2 affirme ses ambitions européennes

Frédéric Thual, à Nantes

IRT Jules Verne, expérimentation d'un robot à câble, à Nantes
Frédéric Thual

Frédéric Thual, à Nantes

IRT Jules Verne, expérimentation d'un robot à câble, à Nantes
Frédéric Thual
« L'ambition est clairement de devenir un pôle porteur de projets européens et de figurer parmi les pôles moteurs en Europe », affirme Laurent Manach, directeur général du pôle de compétitivité EMC2, spécialisé dans les technologies avancées de production, qui vient de finaliser le programme "Spirit 2025". Une feuille de route concoctée avec l'IRT Jules Verne, l'Université de Nantes, à travers la labellisation I-Site-Next, et la Satt Ouest Valorisation, créée en 2012, dans le cadre des Investissements d'avenir pour valoriser les travaux de la recherche publique dans le secteur industriel.
Un partenariat fondé pour satisfaire à l'une des exigences de l'appel à candidature ouvert en juin dernier par le Premier ministre Édouard Philippe, en vue de la phase 4 de la labellisation des pôles de compétitivité attendue d'ici la fin de l'année. Pour le gouvernement, la condition est de faire émerger « des écosystèmes plus forts grâce à des fusions ou des rapprochements, de renforcer l'innovation dans les pôles et de les inciter à se développer au niveau européen...». Des enjeux suivis à la lettre par le pôle nantais.
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[Laurent Manach, directeur général du pôle de compétitivité EMC2, spécialisé dans les technologies avancées de production. Crédits : IRT Jules Verne]
En une douzaine d'années, le pôle EMC2 a attiré plus de 700 membres (400 adhérents en 2018) et accompagné plus 500 projets labellisés pour un montant de 2,2 milliards d'euros sur des sujets « pas toujours sexy », quand il s'agit d'aborder les techniques de soudage, la fabrication additive ou les traitements de surface quand d'autres parlent d'industrie du futur.
Tout en drainant 70% de PME et de petites ETI, le pôle reconnait s'être beaucoup appuyé sur les problématiques soulevées par de grands groupes industriels comme Airbus et le chantier naval STX.
Outre les défis classiques et récurrents de l'industrie, "Spirit 2025" s'articule autour de quatre axes :
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« Il s'agira notamment d'appréhender comment les nouvelles technos, à l'instar des exo-squelettes, et les nouvelles méthodes de travail, à l'image de l'innovation managériale peuvent mieux toucher les PME et les opérateurs », explique Laurent Manach, pour qui ce plan (2019-2022) doit permettre d'atteindre 500 adhérents et d'accompagner 800 projets labellisés dont 200 projets européens.
Parmi eux, le pôle EMC2 et ses partenaires voudraient initier ou porter deux ou trois projets. « Jusque-là, soit nous avons seulement accompagné des groupes, soit nous avons été intégrés dans des projets », précise-t-il. Pour mieux connaître et être plus présents sur les appels d'offres européennes, le pôle et ses partenaires ont co-financé le recrutement d'un chargé d'affaires basé à Bruxelles. Un moyen d'être plus présent à l'international et de transformer des essais qui jusque-là ont connu un taux de transformation très faible.
Si l'innovation existe dans les laboratoires de recherche ou dans les PME, il lui a parfois manqué ce supplément d'âme pour aller au bout des choses. C'est la mission relevée par la Satt Ouest Valorisation, devenue partenaire du pôle. Objectif : mettre de l'huile dans les rouages et emmener les innovations sur le marché. L'ambition est de favoriser la synergie entre les acteurs du pôle pour faire ressortir l'innovation du territoire en adoptant une stratégie de continuum des TRL (Technology readiness level), une échelle d'évaluation à neuf niveaux (imaginée à l'origine par la Nasa), pour mesurer le degré de maturité d'une technologie, et amener les financements ad'hoc entre les phases de R&D et la mise sur le marché.
Pour cela, Ouest Valorisation et l'Institut de recherche technologie (IRT Jules Verne) ont passé plusieurs dizaines de projets croisés au crible. « On veut, selon leur degré de maturité, leur faire passer le cap des validations techniques, et mettre en œuvre des niveaux de POC (Preuve de concept) séquencés », explique Vincent Lamande, président de la Satt Ouest Valorisation.
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[Vincent Lamande, président de la Satt Ouest Valorisation. Crédits : OV]
Sur un projet lancé par l'IRT Jules Verne dont la maturité est insuffisante pour intéresser les industriels, la Satt pourrait être amenée à co-investir avec une entreprise pour valider le POC, et faire mûrir la technologie dans les labos de l'IRT et du monde académique.
C'est le cas, par exemple, avec la startup Stirwed, née d'un transfert de technologie d'un grand groupe, et que la Satt a accompagné pour faire de la R&D collaborative et partenariale au sein du pôle EMC2. Stirwed, qui travaillait à la mise au point d'une technique de soudage malaxage par friction consistant à faire fusionner une pièce métallique lors du fraisage, a ainsi permis de rendre accessible aux PME une vieille technologie utilisée par de grands groupes. « Nous nous sommes aperçus qu'il fallait proposer une offre beaucoup plus large sur l'innovation », remarque Vincent Lamande, qui a identifié trois portes d'entrée ; soit sur des projets collaboratifs (avec EMC2, un laboratoire de recherche, via un FUI, etc.), soit sur des projets bilatéraux avec une entreprise, un laboratoire de recherche académique et l'IRT Jules Verne, ou soit sous la forme d'une co-maturation, qui va au-delà de la simple ingénierie financière.
Que ce soit à travers des offres de co-développement (TRL de 1 à 4) ou de maturation ou co-maturation (TRL de 5 à 7), Ouest Valorisation veut bâtir des feuilles de route technologiques avec les grands groupes, les PME, les laboratoires de recherche... « L'essentiel, c'est de produire un jeu collectif pour lever les verrous », indique Vincent Lamande, à l'instar de l'électronicien Tronico-Alcen, venu des secteurs de l'aéronautique et de la défense, dont la diversification est passée par un travail partenarial avec l'Université de Nantes, au sein du laboratoire commun RIMAE, associant par ailleurs le GEPEA, un laboratoire spécialisé dans le génie des procédés, l'environnement et l'agroalimentaire, et une unité du CNRS, intervenant sur les biocapteurs microbiens.
Soutenu pendant cinq ans par l'ANR (Agence nationale de recherche), ce programme a permis à mettre en œuvre un dispositif de mesures de la pollution. Tronico-Alcen s'engageant à poursuivre le financement pendant cinq autres années.
Ce croisement des savoir-faire est aussi tout le sens des partenariats signés avec les pôles "Images et Réseaux", "Mer Bretagne" et "Viameca", qui, lui, vise la création d'un interpole des technologies et procédés pour la production (IT2P) pour améliorer l'organisation dans ces disciplines.
Pour aller plus loin, EMC2, l'IRT Jules Vernes, la Satt Ouest Valorisation, l'Ifremer et l'Université de Nantes ont, en accord avec le fonds French Tech Seed, constitué un consortium pour permettre à des jeunes startups de bénéficier de solutions de financement dès la phase de prototypage et de POC.
« On a va accélérer la phase de financement sur le manufacturing bien avant que ne débarquent les fonds d'amorçage, généralement frileux dans ce domaine. Grâce à BPIFrance qui intervient à hauteur de 60% sur les fonds propres, nous allons chercher les 40% restant pour accélérer les tours de table et les levées de fonds. En somme, on se met en ordre de bataille pour faire émerger des nouvelles technologies de rupture grâce à de nouveaux véhicules juridiques », dit-il. Le consortium pourrait, ainsi soutenir, une dizaine de startups de la Deep Tech dans le Manufacturing.
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Par Frédéric Thual,
correspondant pour La Tribune dans les Pays de la Loire
Frédéric Thual, à Nantes