CEA Tech enfonce sa brique dans les Pays de la Loire
Frédéric Thual
Frédéric Thual
Venus en Pays de la Loire il y a quatre ans, les experts du transfert de technologies de CEA Tech ont d'abord dû maitriser un outil basique : le bâton de pèlerin.
Celui-ci a rejoint en janvier 2013, le Technocampus Océan, plateforme de recherche et de R&D mutualisée pour les filières navale et EMR (Énergie Marine Renouvelable) à Bouguenais, à la périphérie nantaise où sont regroupés ALSTOM, Dassault Systemes, Naval group, l'École Centrale de Nantes, l'École Nationale Supérieure Maritime, Hydrocéan, l'ICAM, l'IRT Jules Verne, le pôle de compétitivité EMC2, le chantier naval STX France, l'Université de Nantes... et CEA Tech Pays de la Loire.
Pour ce dernier, c'est l'une des six implantations régionales voulues en 2013 par le gouvernement qui a confié au CEA la mission de déployer son modèle sur les territoires pour accélérer l'innovation dans l'industrie. Dans un une, située en queue de classement pour la R&D et le dépôt de brevets (425 en 2014), le socialiste Jacques Auxiette saisit l'opportunité. D'emblée, la région des Pays de la Loire soutient l'opération à hauteur de 650.000 euros. Quatre ans plus tard, la collectivité n'a pas molli et c'est au tour du LR Bruno Retailleau, devenu Président de la région, d'inaugurer officiellement cette arrivée.
Des besoins traduits à travers trois plateformes dédiées à la navale et aux EMR, à l'aéronautique et à l'agroalimentaire pour répondre aux enjeux régionaux.
L'une est tournée vers la robotique collaborative utilisée pour une assistance aux gestes des opérateurs dans l'industrie pour limiter, par exemple, les TMS (troubles musculosquelettiques). L'autre, centrée sur la Tomographie X robotisée, c'est-à-dire l'analyse non destructive de pièces de grandes dimensions pouvant atteindre 6 à 8 mètres pour en révéler d'éventuels défauts. La dernière, enfin, destinée à étudier le vieillissement, le prototypage et l'intégration en réseau des systèmes énergétiques marins pour en déterminer les contraintes dans l'environnement.
Inédit en Europe, cet ensemble déployé sur 2.200 m2, a été fortement soutenu par la région qui a investi 7,5 millions d'euros pour l'aménagement des trois plateformes. À travers les programmes engagées avec les structures académiques pour le développement de briques technologiques, le financement de thèses, de post-doc, d'équipements structurants et de démonstrateurs, l'intervention régionale s'élève, à ce jour, à 18 millions d'euros.
Rien à voir avec un mille feuilles à ses yeux. « On peut toujours redouter une ambiguïté ou un conflit d'intérêt. Mais un industriel ne peut pas se satisfaire uniquement de l'IRT Jules Vernes. Nous sommes attentifs à diverses technologies. Certaines thématiques, comme les systèmes d'informations, ne sont pas couvertes. CEA Tech vient en complément des structures existantes », estime-t-il.
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Pour lui, « l'intérêt premier de l'implantation de CEA Tech, c'est de pouvoir engager une collaboration dans la durée, explique Patrick Pirrat. Notre organisation nous conduit à avoir une veille permanente sur l'innovation. Nous sommes évidemment très présents dans l'écosystème industriel régional, mais jusque-là, nous avions des relations très fragmentées avec CEA Tech. Souvent au coup par coup, par l'intermédiaire de laboratoires de recherche. »
Cette fois, la relation est allée beaucoup plus loin. Avec un engagement sur un programme de recherche pluriannuel de cinq ans où STX a mis plusieurs centaines de milliers d'euros sur la table. Un investissement en contrepartie des compétences, des équipements et brevets mis à disposition par CEA Tech.
Concrètement, les deux parties se sont mises d'accord sur un programme d'investigation autour d'une douzaine de thématiques.
Les recherches menées dans la cobotique, -l'assistance des robots- ont, par exemple, été suspendues, faute de trouver une rentabilité cohérente avec la situation industrielle du moment.
Présent auprès des grands groupes, des ETI, des PME et TPE, CEA Tech, dont l'équipe est passée de 5 à 40 personnes aujourd'hui, est allée à la rencontre de 350 entreprises pour expliquer comment la structure pouvait les accompagner dans l'accélération vers l'innovation. De fait, soixante-quinze contrats de partenariats industriels (Valeo, Bénéteau, Diana Food, Lemer Pax, Holvia Porc...) ont été signées, dont 83% auprès de PME (48%) et d'ETI (35%). Ce qui représente 34 millions d'euros de programmes de recherche.
A l'instar de la Pme vendéenne SMTC (150 personnes C.A 26 millions€), fabricant de matériaux composites pour le ferroviaire (Bombardier, Hitachi, Siemens, SNCF...), qui cherche à pénétrer le marché de l'aéronautique.
Pour la mise au point du process de fabrication, l'entreprise buttait sur un problème d'énergie.
Le prix à payer pour prendre pied sur le marché des longs courriers où SMTC, intégré en mai dernier au groupe Finaero, pourrait réaliser des portes bagages, des coques de siège pour les premières classes, du mobilier, les toilettes, des cloisons... Dont le poids et le coût auraient baissé de 20%. De quoi devenir compétitif.
Au regard des contrats de partenariat qui s'étalent sur 12 à 36 mois, CEA Tech Pays de la Loire n'a pour l'instant pas évalué l'influence de ses interventions en emploi pur et dur ou en nombre de brevets en cours de dépôts, préférant observer, dans l'immédiat, les gains de compétitivité acquis par les entreprises. Une attractivité indéniable si l'on en juge par les 300 candidatures reçues par Matthieu Guesné pour chaque création de poste en Pays de la Loire.
Frédéric Thual
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