Un fablab en Provence, moteur du développement local

Jean-Pierre Gonguet

Jean-Pierre Gonguet
Georges Bonnici a été chercheur d'or. Douze ans durant, un peu partout dans le monde, il a cherché des filons pour le compte du gouvernement français. Superbe métier, mais pas franchement une formation diplômante. Georges Bonnici avoue donc aujourd'hui un niveau Bac. Mais un chercheur d'or, c'est un débrouillard. Bidouilleur dans l'âme, autodidacte de l'informatique et du numérique, il est devenu, pour la mairie de Lourmarin, animateur et formateur multimédia.
Désormais, il est chef du fablab. Un parcours singulier. Pour un projet qui l'est tout autant : une mairie de 1.000 habitants qui mobilise 3,5 millions d'euros pour le développement économique d'un territoire rural, dont 3 millions qu'elle apporte elle-même, c'est rare. Çà l'est encore plus sur un projet entièrement numérique. Question d'opportunité et de conviction.
Maire de Lourmarin depuis 2001, Blaise Diagne a toujours été persuadé que son village, le plus fort PIB touristique par habitant du Vaucluse, ne devait pas s'endormir sur ses lauriers mais profiter de sa bonne santé économique pour dynamiser un territoire agricole un peu fatigué. Et surtout le faire vivre, même en hiver. Il inaugure donc ce qui est probablement le premier vrai grand fablab en territoire rural au milieu d'un espace numérique multi-usages de 1.100 m2 avec 1.900 m2 de plateforme aménageable au gré des événements. Imprimantes 3D et fraiseuses numériques d'un côté, coworking et galerie d'art numérique de l'autre, en passant par, en 2016, une salle de conférences entièrement connectée et numérisée : « La Fruitière numérique », c'est son nom, est installée dans l'ancienne coopérative agricole en plein cœur du village.
A Lourmarin, le mètre carré est cher, et la commune a quand même déboursé 2 millions d'euros pour avoir ce bâtiment. Puis 1,5 million pour le mettre aux normes et, dans l'ancien frigo, installer le fablab comme la grande galerie de 400 m2 pour les expositions numériques, d'artistes ou d'entreprises.
La mairie a financé aux deux tiers cette rénovation, le conseil départemental et le conseil régional le reste. Le moins que l'on puisse dire est que les élus municipaux de Lourmarin, unanimes pour voter chaque euro dépensé dans le projet, sont très volontaristes et tiennent à leur idée numérique. Pour eux, c'est du développement local, pour Lourmarin comme pour les communes proches du sud du Luberon, de Lauris à Cucuron.
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D'ailleurs, personne ne râle contre la Fruitière.
Il n'y a nul besoin d'être surdiplômé pour apprendre la 3D ou même développer. L'autodidacte Georges Bonnici s'est donc entouré de jeunes tout aussi peu diplômés que lui et la Fruitière numérique fonctionne avec 3 jeunes en emploi d'avenir numérique et deux stagiaires. Des jeunes de Lourmarin, Bonnieux ou Salon, sans aucun diplôme, mais qui à la fin de leur contrat auront leur CDI. Et ils sont plutôt bons et motivés.
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La Fruitière numérique ne cherche à être en concurrence avec personne, elle travaille avec la French Tech d'Avignon dont elle est devenue le versant rural. Elle travaille aussi avec Marseille. Elle est aux portes de la métropole Aix Marseille comme d'Avignon. «Nous sommes partis un peu avant tout le monde, raconte monsieur le maire. Nous commençons donc à avoir une petite expérience et suffisamment de matériel pour assurer par exemple la formation de ceux qui vont travailler dans les fablabs d'Avignon et de Marseille ».
Lourmarin n'est pas un village bien desservi mais sa capacité d'hébergement est largement suffisante pour que les entreprises envoient leur personnel découvrir ces nouvelles technologies.
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