120 minutes pour décarboner : les industriels face à la transition écologique

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L'industrie est souvent présentée comme responsable d'une grande partie de la pollution. Mais pour les groupes présents au Forum Smart City La Tribune, les industriels peuvent aussi apporter des solutions.

Selon l'ONG internationale Carbon Disclosure Project, plus de 70% des émissions de gaz à effet de serre (GES) émaneraient de seulement 100 entreprises, principalement pétrolières. Mais les autres industriels ne veulent pas être mis dans le même sac et revendiquent des pratiques plus respectueuses de l'environnement.

C'est le cas chez Saint-Gobain, dont le pdg Pierre-André de Chalendar explique que « c'est un raccourci de présenter l'industrie comme le problème. On sait déjà fabriquer du verre sans énergie fossile, mais il faudrait fixer un prix du carbone (1) à 120 euros la tonne contre 30 euros aujourd'hui. Dans certains pays, comme l'Inde, le prix du carbone est même négatif ! ».

L'idéal serait pour lui de décorréler la croissance économique de la consommation d'énergie fossile. Dans le bâtiment (44 % de la consommation d'énergie), on sait construire des immeubles neufs bas carbone. Mais le parc ancien de 30 millions de logements est très énergivore.

« Les aides à la rénovation devraient être concentrées à certains moments, quand on engage des travaux. Il faut également plus de constance pour ces aides dont les modalités changent trop souvent » réclame Pierre-André de Chalendar.

Pour Franck Bruel, directeur général adjoint du groupe Engie qui vient de publier « l'Energie Efficace : quand moins et mieux font plus » chez Débats Publics, « la transition énergétique passe d'abord par la rénovation des bâtiments. Chez nous, les deux tiers des effectifs travaillent sur l'optimisation de la consommation d'énergie. Notre vision d'entreprise change, mais la transition énergétique n'a de sens que si elle est rentable. À confort égal, une voiture de 1975 consommait 15 litres au cent contre 4 litres aujourd'hui ».

La technologie à la rescousse

Chez Suez, le premier objectif est de réduire la consommation énergétique du pompage de l'eau. « Nous avons mis en place des outils informatiques pour mieux gérer la pression dans les réseaux de distribution et éviter les fuites » explique Marie-Ange Debon, directrice générale France.

Suez possède aussi des stations d'épuration qui produisent 9 millions de tonnes de boues qui, grâce au processus de méthanisation, peuvent servir d'énergie de substitution pour l'alimentation des flottes de véhicules roulant au bio méthane. Le secteur bancassurance n'est par épargné par les critiques, après la parution du récent rapport d'Oxfam indiquant que les banques françaises financent de plus en plus les énergies fossiles au détriment des énergies renouvelables. Jacques Richier, président directeur général d'Allianz France rappelle que l'assureur a investi 450 millions d'euros dans les parcs éoliens et 500 millions en « green bonds » (obligations vertes). Et Allianz compte aller plus loin :

« nous n'investirons plus dans les industries carbonées. Nous sommes sur une projection de deux degrés supplémentaires, ce qui va aggraver les événements climatiques. Un jour, nous n'assurerons plus les conséquences de ces catastrophes naturelles ».

La technologie est appelée à la rescousse par les industriels qui sont dans leur rôle. Franck Bruel évoque le train à hydrogène et Marie-Ange Debon l'évolution dans le traitement des déchets, passé du tout enfouissement à la captation des biogaz et au recyclage. L'essor du télétravail peut-être un autre moyen de faire baisser les émissions de GES. « L'Internet des objets qui permet de gérer des installations à distance change notre façon de travailler » estime Marie-Ange Debon. Chez Allianz, 24 % des employés font du télétravail, et le rythme s'est accéléré ces deux dernières années, surtout en région parisienne.

Des incitations au covoiturage

Frédéric Mazella, fondateur du service d'auto-partage Bla Bla Car, n'est pas à la tête d'un grand groupe industriel. Il a rappelé aux patrons présents que deux degrés de plus conduiraient à la fonte du permafrost (sol qui reste gelé pendant au moins deux années consécutives), qui pourrait alors relâcher des éléments nocifs comme le dioxyde de carbone, des virus et des bactéries mortels. Et les océans commenceraient alors à relâcher du CO2 dans l'atmosphère au lieu de l'absorber.

« Il faut changer de comportement. La voiture, c'est tellement pratique qu'on l'utilise pour tout : on rentre dedans et ça marche. Nous devons envisager d'autres formes de mobilités, même si c'est difficile. En province, certains n'ont jamais pris les transports en communs ».

Problème : l'énergie n'est pas assez chère sur une planète finie : « la logique de croissance exponentielle, à un moment, ça dérape » affirme Frédéric Mazella, qui propose des incitations pour développer le covoiturage. Par exemple, les conducteurs qui travaillent à 10 km de leur domicile et proposent une place dans leur véhicule pourraient recevoir 100 euros par an, 500 euros si c'est à 50 km. L'évolution des mentalités des jeunes est aussi un signe d'espoir pour le fondateur de Blablacar :

« le manifeste étudiant pour un réveil écologique qui dit aux entreprises « si tu tournes le dos à l'écologie, je ne travaillerai pas pour toi » circule dans les écoles d'ingénieurs et a déjà recueilli 17.000 signatures dont 600 polytechniciens.

Ils ont raison. Il faut influencer le monde de l'entreprise ». Cette table ronde du Forum Smart City La Tribune était le bon endroit pour adresser ce message aux dirigeants présents qui pèsent à eux quatre plus de 130 milliards d'euros de chiffre d'affaires et emploient 430 000 personnes.

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(1) outil économique destiné à intégrer dans les prix de marché les coûts cachés des dommages causés par les émissions de gaz à effet de serre afin d'orienter les décisions des agents économiques vers des solutions à bas contenu en carbone

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Commentaires
a écrit le 11/12/2018 à 13:38 :
"celui qui possède peu est d'autant moins possédé" Nietzsche

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