Anne Hidalgo  : "La mutation apportée par le changement climatique doit être accompagnée socialement"

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La maire de Paris a clôturé le Forum Smart City La Tribune en dialoguant avec le philosophe Dominique Bourg sur la transition énergétique et comment la financer sans aggraver les inégalités.

Les Gilets Jaunes doivent-ils accepter les répercussions de la transition écologique sur leur vie quotidienne? Pour Anne Hidalgo, maire de Paris, « la mutation apportée par le changement climatique doit être accompagnée socialement. Et elle ne l'est pas, ni à l'échelle de la France ni à celle de l'Europe ». L'ancienne inspectrice du travail évoque les années 80 et 90, une époque durant laquelle il existait un accompagnement social avec le fonds national pour l'emploi (créé en 1963) :

« tout n'était pas parfait, mais la politique industrielle visait à réindustrialiser et aider les entreprises et territoires touchés par la crise ».

Aujourd'hui, selon Anne Hidalgo, les aides existantes ne suffisent pas. Elle suggère que l'ensemble des investissements énergétiques au niveau européen soit sorti du calcul de la dette.

Une proposition qui fait écho aux mille milliards d'euros par an pour la transition énergétique réclamés par l'économiste Pierre Larrouturou. Pour Dominique Bourg, philosophe et professeur à la faculté des géosciences et de l'environnement de l'université de Lausanne, « ce qui serait dramatique, ce serait d'opposer la fin du mois et la fin d'un monde. C'est le résultat de 30 ans de politique qui ont  fait exploser les émissions de gaz à effet de serre (GES) et les inégalités dans une logique purement comptable aussi indifférente à la planète qu'aux gens ».

Avec 10% de la population mondiale qui émet 50 % des GES, on ne peut pas arrêter de taxer les sources de pollution, dont les véhicules, mais les gens « sont pris dans la nasse » selon le vice-président de la Fondation Nicolas Hulot. Et si la solution venait des collectivités locales ?

« Je n'ai vu aucune référence aux territoires dans les propositions du Président de la République », regrette Anne Hidalgo, qui est aussi présidente du C40 Cities Climate Leadership Group, une organisation qui rassemble 81 des plus grandes villes du monde responsables de 70% des émissions de GES.

La ville, le bon échelon pour lutter contre la pollution

Pour la maire de Paris, la ville est le bon endroit pour nouer des alliances avec le secteur privé dans la construction, l'énergie, les mobilités, qui peuvent avoir un impact direct. Selon elle, la politique de la ville de Paris consistant à réduire le nombre de véhicules n'est pas rejetée par une majorité de la population comme on pourrait le croire.

« J'ai souhaité une votation citoyenne sur des sujets majeurs comme la sortie du diesel en 2024 et l'interdiction des véhicules thermiques en 2030. Les deux ont récolté un oui massif. Malgré les recours contre la fermeture des voies sur berge, une véritable autoroute au cœur de  Paris, nous avons fini par gagner. Et parmi tous ces élus de la périphérie qui ont essayé de nous empêcher de prendre ces décisions, aucun n'a fait de recours à l'échelle de la Métropole », se félicite la maire de Paris, qui salue la détermination de Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris, dans sa lutte contre la pollution atmosphérique en région parisienne.

Celui-ci a détaillé un peu plus tôt dans la journée son projet de mise en place d'une Zone à Faibles Émissions (ZFE) qui interdira les véhicules polluants arborant les certificats Crit'Air 5 et non classés à l'intérieur du périmètre de l'A86 à partir du 1er juillet 2019.

« Cette mesure sera financée par une taxe de 0,76 euros sur la taxe d'habitation. Près de 6.000 personnes décèdent prématurément à cause de la pollution atmosphérique dans les communes situées à l'intérieur de l'A86 », rappelle Patrick Ollier, qui admet qu'une telle réforme sera compliquée à instaurer et qu'il n'utilisera pas la contrainte mais « la pédagogie et la concertation ».

« D'ici juillet 2019, nous allons lancer des actions de communication à destination des populations et ouvrir un guichet unique pour faciliter le changement de véhicule avec des aides cumulables de 16.500 euros maximum en fonction des revenus » détaille le président de la Métropole du Grand Paris. Fin 2021, l'interdiction des véhicules Crit'Air 4 et 5 sera effective, avec d'ici là des contrôles aléatoires.

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