Bordeaux veut devenir l’une des cités les plus « smart » d’Europe

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Bordeaux d’hier et d’aujourd’hui : le Grand Théâtre de Bordeaux et, en premier plan, le tramway – dans un an,  les Bordelais pourront payer leur ticket avec leur mobile.
Bordeaux d’hier et d’aujourd’hui : le Grand Théâtre de Bordeaux et, en premier plan, le tramway – dans un an, les Bordelais pourront payer leur ticket avec leur mobile. (Crédits : DR)
Paiement sans contact dans les transports, e-administration, données ouvertes… Le maire, Alain Juppé, a ouvert de nombreux chantiers pour rendre sa ville « intelligente » et créer des emplois dans une filière en plein essor. Le défi est désormais que la « smart city » profite à l’ensemble de la population.

Aujourd'hui, le numérique révolutionne le monde de l'entreprise, mais il est aussi en passe de changer en profondeur notre façon de percevoir et d'interagir avec la ville. Avec un objectif : nous rendre la vie quotidienne plus facile. Demain, la ville rêvée de nos concitoyens sera intelligente, innovante, efficace et écoresponsable. Alain Juppé, le maire de Bordeaux, qui veut attirer 250. 000 nouveaux habitants dans la métropole d'ici à 2030, l'a compris très tôt.

Pionnière pour l'usage du mobile sans contact

Pionnière, la ville a été labellisée « territoire leader du mobile sans contact » par le ministère de l'Économie en 2011. Résultat, aujourd'hui « les Bordelais peuvent déjà régler le stationnement pour leur voiture, des achats chez les commerçants de l'hyper-centre, mais aussi louer un VCub [le vélo de la métropole, ndlr] avec un smartphone équipé de la technologie NFC, dite sans contact », met en avant Pascale Avarguès, directrice générale de l'innovation numérique et des systèmes d'information à la Mairie.

Dans un an, ils pourront aussi payer leur ticket de tramway avec leur téléphone portable. Il y a quelques mois, la municipalité a encore étoffé son offre de e-services (à savoir le paiement de la crèche municipale et de la cantine scolaire, les inscriptions sur les listes électorales) avec une application symboliquement baptisée « Bordeaux en poche », qui permet de réserver à distance un livre à la bibliothèque, d'acheter un billet pour la piscine ou encore de signaler un incident sur la voie publique.

Au bénéfice de l'ensemble de la population

Mais, pour que Bordeaux devienne une véritable ville intelligente « il faut aider l'ensemble de la population à innover dans sa vie quotidienne, à développer son "agilité", grâce au numérique. Et il ne faut pas tout attendre de la puissance publique », prévient Virginie Calmels, adjointe au maire chargée de l'économie, de l'emploi et de la croissance durable. C'est l'enjeu majeur des prochaines années pour réussir la transition vers une ville intelligente.

« Dans les transports, par exemple, on peut développer des kilomètres de tramway, mais si le système est rattrapé par une surabondance d'utilisateurs qui ne sont pas "agiles" dans leurs déplacements, il perd de son efficacité », explique l'élue.

C'est pourquoi, Alain Juppé s'est attaché à créer une culture numérique dans sa ville, en « stimulant » les Bordelais avec des événements comme la « Semaine digitale », lancée il y a cinq ans. Une semaine pendant laquelle les Bordelais peuvent assister, dans les locaux de l'hôtel de ville, à des débats pour mieux comprendre les enjeux du numérique et découvrir les dernières nouveautés technologiques au « village de l'innovation », qui a accueilli 5 .000 personnes de tout âge en 2014. L'an dernier, toutes les conférences ont affiché complet. Et Bordeaux a réussi à attirer parmi ses invités le puissant vice-président de Google Europe, Carlo d'Asaro Biondo, qui a aussi rencontré en tête à tête une dizaine de start-up locales.

Lutter contre la « fracture numérique »

La smart city n'est pas un concept pour geeks.

« Elle doit s'adresser à tous », insiste Virginie Calmels.

Afin d'éviter toute « fracture numérique » pour les classes sociales défavorisées, Bordeaux encourage les pratiques numériques, dès le plus jeune âge, mais aussi auprès des seniors pour améliorer leur lien social. Dans les écoles bordelaises, les tableaux numériques ont remplacé les tableaux noirs. Et depuis plus de trois ans, des tablettes, conçues spécialement pour l'Éducation nationale par l'entreprise bordelaise Stantum, ont été déployées dans plusieurs classes à Bordeaux. Des tablettes, qui permettent une meilleure individualisation de la pédagogie.

« Sur ce projet de tablettes pour l'école, nous avons choisi de signer un accord de recherche-développement avec la société Stantum, plutôt que de passer par une procédure classique de marché public. Cela nous apporte plus d'agilité et permet de promouvoir des start-up locales », met en avant Virginie Calmels, qui voit dans la smart city une opportunité pour la collectivité de repenser et d'innover dans ses procédures administratives.

Toujours dans cette volonté de démocratiser les outils numériques, un accès Wi-Fi gratuit a été installé sur les quais de Bordeaux, et des espaces de travail collaboratif consacrés aux acteurs du numérique ont ouvert, comme le Node en 2012, en plein centre historique. Et, désormais, tous les nouveaux quartiers de la ville, Ginko, Brazza, bassins à flots... bénéficient du très haut débit.

Le « citoyen numérique » est plus actif dans la cité

Autant de services et d'équipements qui changent progressivement la relation entre les élus et la population. À l'heure où le fossé se creuse entre le politique et les citoyens, le candidat à la primaire UMP pour la présidentielle de 2017 voit dans le numérique un moyen d'impliquer davantage les citoyens dans la vie de la cité. Son objectif est clair : rendre la ville plus participative.

« Le numérique est un formidable outil pour consulter la population sur des projets, créer du lien avec les décideurs », estime Virginie Calmels.

Et cela à moindres frais. Un atout non négligeable dans le contexte actuel. Ainsi, à travers la plateforme jeparticipebordeaux.fr, la Ville a demandé aux Bordelais leur avis sur le vélo municipal « idéal », qui a ensuite été dessiné par le célèbre Philippe Starck.

Dans le même esprit, en octobre 2012, Bordeaux a inauguré son portail de données ouvertes et « libéré » des données publiques sur les lieux accessibles aux personnes handicapées, le stationnement payant, les pistes cyclables, la consommation énergétique des bâtiments publics... Avec l'espoir d'améliorer le dialogue entre administration et grand public. Mais, nous ne sommes qu'aux prémices de l'ouverture des données. Le champ d'informations exploitables est immense.

Une aubaine pour l'économie bordelaise

Le cheminement vers la ville intelligente, qui recouvre donc des formes multiples, est une aubaine pour l'économie bordelaise, qui espère franchir un cap avec l'essor de sa filière numérique et l'arrivée de la ligne à grande vitesse Bordeaux-Tours en 2017. La capitale de l'Aquitaine dispose de nombreuses pépites numériques, reconnues en Europe et bien au-delà, à l'image de Cdiscount, un des chefs de file de l'e-commerce, dont le siège social est sur les bords de Garonne.

Bordeaux a d'ailleurs été labellisée French Tech. Il faut dire que c'est la troisième ville en France en matière de jeux vidéo avec des PME comme Asobo, premier studio de jeux vidéo en France, mais aussi Concoursmania, numéro un des jeux-concours en ligne en Europe, ou encore AT Internet, chef de file européen de la mesure d'audience Web. En outre, dans la géolocalisation, la région compte également des entreprises telles que Helileo ou Insiteo. Sans oublier le secteur des technologies de l'information et de la communication appliquées à la santé, où l'Aquitaine réalise plus de 50 % du chiffre d'affaires national.

L'activité touristique de la capitale aquitaine, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, est elle aussi un peu plus dynamisée par le numérique, grâce à des applications comme « Monument Tracker », qui permet aux touristes d'être alertés et informés en direct au fil de leur promenade sur les sites et monuments traversés. « Nous nous intéressons de près à l'essor de la smart city et des objets connectés », explique, avec ambition, Jean-Dominique Lauwereins, PDG de Be Tomorrow, l'une des meilleures sociétés au monde sur les jeux pour téléphone portable et la retransmission en 3D de courses à la voile pour les télévisions.

En tout cas, « les entreprises bordelaises ont la taille pour ce marché et sont mûres », estime Virginie Calmels, également présidente du conseil d'administration d'Euro Disney, qui apporte ici son réseau, constitué notamment d'entreprises du Cac 40.

25 000 nouveaux emplois espérés d'ici à 2030

Le maire, Alain Juppé, en est convaincu et espère d'ailleurs créer 25 .000 emplois dans le numérique dans l'agglomération bordelaise d'ici à 2030. Aujourd'hui, dans la « métropole » bordelaise, le secteur représente déjà 7. 000 entreprises et 23.000 emplois. À cet effet, la Cité numérique Bordeaux Métropole Aquitaine - portée par la Métropole - qui sera livrée fin 2016, sera précieuse. Elle va aider à catalyser les projets des filières clés du territoire : TIC-santé, animation 3D, jeu vidéo, m-commerce, numérisation et scénarisation du patrimoine. L'investissement total s'élève à 35 millions d'euros. Progressivement, la filière se structure, comme en témoignent le formidable engouement des acteurs bordelais autour de la candidature French Tech et la création du pôle numérique aquitain en novembre dernier, adossé à Cap Digital, le pôle de compétitivité d'Île-de-France.

Mieux structurée, la filière numérique bordelaise espère désormais gagner rapidement en visibilité à l'international. « Le label French Tech va nous apporter ce qui nous manquait jusqu'ici : un meilleur rayonnement à l'international, en nous positionnant comme une capitale numérique », estime Sebastian Wloch, cofondateur d'Asobo. Autant dire que l'émergence de la smart city à Bordeaux sera aussi une formidable vitrine du savoir-faire local.

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Commentaires
a écrit le 02/04/2015 à 20:03 :
Le numérique peut créer des emplois, mais aussi faire des économies énormes pour les collectivités. Un ex: aujourd'hui, lors d'une vente, votre notaire rempli un formulaire CERFA, une DIA (déclaration d'intention d'aliéner). Ce papier est transmis à la commune, qui va le ressaisir dans sa base de données, puis le transférer à l'agglo (si elle a la compétence pour le droit de préemption), qui va à son tour saisir les infos dans sa propre base de données. On pourrait aisément imaginer que le notaire (ou plutôt son salarié) saisisse directement les éléments sur un portail en ligne, et que chaque collectivité compétente vienne y récupérer directement les informations... Pourtant, on en est toujours au bon vieux papier... C'est pareil pour la participation des citoyens aux projets des collectivités. Pour les dossiers d'enquête publique, on est toujours dans 90% des cas aux exemplaires papiers uniquement consultable en mairie, avec un bon vieux registre pour les observations... Le XXI°s, on y rentre tranquillou dans l'administration française!
Réponse de le 03/04/2015 à 8:09 :
Parce que FO veut toujours plus de fonctionnaires
a écrit le 02/04/2015 à 19:23 :
A -t- on jeté un coup d'œil sur le niveau d'endettement, de fiscalité, et de charges de fonctionnaires, et de fonctionnement de la ville de Bordeaux ?,

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